VIH : le prix des antirétroviraux est en baisse, mais les traitements ‘de rattrapage’ restent hors de prix

Une jeune patiente de 26 ans reçoit ses traitements ARV pour 2 mois des mains d'une conseillère MSF à Eshowe, en Afrique du Sud. © MSF ©MSF

Les médicaments ‘de troisième ligne’ coûtent 18 fois plus cher que ceux utilisés en première intention. La concurrence des producteurs de génériques a permis de réduire le prix des antirétroviraux de 90% en quinze ans. Mais les accords commerciaux et la pression sur l’Inde, ‘pharmacie des pays en développement’, risquent de compromettre ces avancées.

MSF présente aujourd’hui, à la conférence internationale sur le VIH/Sida en cours à Durban, en Afrique du Sud, la 18ème édition de son rapport sur les prix des traitements contre le VIH, « Untangling the web of antiretroviral price reductions ». Ce rapport documente la baisse des prix des anciens traitements, tandis que les nouveaux traitements demeurent hors de prix.

Le prix le plus bas pour une combinaison en dose fixe de première intention[1], est de 100 dollars (environ 90 euros) par personne et par an. Ceci représente une diminution de 26% depuis 2014. Un traitement de deuxième intention[2] coûte quant à lui, au minimum, 286 dollars (258 euros) par personne et par an – 11% de moins par rapport à il y a deux ans.

Ces prix continuent de diminuer grâce à la concurrence des producteurs de médicaments génériques dans certains pays-clé, comme l’Inde. Mais le prix des médicaments les plus récents –  nécessaires pour les patients qui n’ont plus d’autres options thérapeutiques – demeure très élevé, notamment à cause du monopole exercé par les compagnies pharmaceutiques.

Le prix le plus bas pour un traitement dit ‘de rattrapage’[3] est de 1 859 dollars (1 681 euros) par personne et par an, soit 18 fois plus cher qu’un traitement de première intention, et plus de six fois plus cher que les traitements de deuxième intention. Le prix d’un traitement ‘de rattrapage’ a diminué de seulement 7% depuis 2014. Ces prix représentent les prix les plus bas disponibles à l’échelle mondiale, mais de nombreux pays, et notamment ceux dits ‘à revenus intermédiaires’, achètent ces médicaments à des prix bien plus élevés, les brevets pharmaceutiques ne leur permettant pas d’avoir accès aux médicaments génériques.

« Nous devons pouvoir accéder aux nouvelles combinaisons thérapeutiques dont les patients vont avoir besoin  à l’avenir, explique le Dr. Vivian Cox, médecin référent du projet MSF à Eshowe, en Afrique du Sud. Nous devons faire pression maintenant pour être sûrs qu’à l’avenir nous ne vivrons pas une autre crise d’accès aux antirétroviraux comme celle des années 90 et 2000 ».

Dans les pays en développement, le nombre de personnes ayant besoin d’un traitement ‘de rattrapage’ est aujourd’hui relativement faible. Mais l’utilisation croissante de la mesure de la charge virale pour le suivi du traitement permet d’identifier davantage de patients en situation d’échec thérapeutique, des patients qui doivent donc recevoir une autre combinaison de médicaments. Ainsi, dans les projets VIH de MSF, le nombre de patients recevant un traitement ‘de deuxième ligne’ a presque doublé depuis 2013.

L’Inde, premier producteur au monde de médicaments génériques contre le VIH, représente ‘la pharmacie des pays en développement’ ; plus de 97% des traitements antirétroviraux utilisés par MSF dans ses programmes sont des médicaments génériques indiens. La politique indienne en matière de brevets pharmaceutiques est très stricte, ce qui a permis la concurrence entre producteurs de génériques et a entraîné à son tour la diminution de 99% du prix des traitements de première ligne – de 10 000 dollars (environ 9 000 euros) par personne et par an en 2000, à environ 100 dollars (environ 90 euros) aujourd’hui.

Aujourd’hui les Etats-Unis, soutenus par leur lobby pharmaceutique, font pression sur l’Inde pour qu’elle revoie sa politique actuelle en matière de brevets. D’autres pays, comme l’Union Européenne, le Japon et la Corée du Sud, sont en train de négocier des accords commerciaux qui restreindraient la production de médicaments abordables.

« L’Inde fait face à des demandes pressantes de ‘fermer le robinet’ des médicaments abordables,explique Leena Menghaney, responsable de la Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels (CAME) de MSF en Asie du Sud. Mais le gouvernement indien doit résister aux pressions des Etats et des compagnies pharmaceutiques et ne pas changer ses lois et politiques en matière de brevets. Les génériques indiens sont vitaux pour des millions de personnes en Inde, mais aussi dans tous les pays en développement ».


[1]Ténofovir / emtricitabine / éfavirenz 

[2]Zidovudine / lamivudine + atazanavir / ritonavir

[3]Raltégravir + darunavir / ritonavir + étravirine.

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