Tuberculose (TB) : un nouveau rapport fait état de politiques et de pratiques obsolètes et inefficaces contre la propagation de la TB résistante

Le rapport appelle à faire cesser l’hospitalisation obligatoire des patients les reprises de traitement inadaptées et l’utilisation de moyens de diagnostic peu performants.
©Helmut Wachter/13photo

Le rapport appelle à faire cesser l’hospitalisation obligatoire des patients, les reprises de traitement inadaptées et l’utilisation de moyens de diagnostic peu performants.

Médecins Sans Frontières (MSF) et le partenariat Stop TB présentent aujourd’hui la deuxième édition du rapport « Out of step », revue des politiques et pratiques de dépistage et de traitement de la tuberculose (TB) dans 24 pays.

Ce rapport souligne que, pour atteindre l’objectif de réduction de 90% de l’incidence de la TB et des décès associés dans les 20 prochaines années, des efforts doivent être déployés pour pouvoir mettre en œuvre les 14 stratégies-clé recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Bien qu’elle soit curable, la TB reste la maladie infectieuse la plus mortelle (1,5 million de décès chaque année dans le monde).

“Il faut proscrire les politiques obsolètes de traitement de la TB, politiques qui exposent les patients à davantage de souffrance et à des risques accrus de décès. C’est le cas par exemple des reprises de traitement pouvant entraîner l’apparition de résistances, ou de l’hospitalisation obligatoire des patients, explique le Dr. Grania Brigden, spécialiste de la TB à la Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels (CAME) de MSF. L’utilisation des tests moléculaires rapides, capables de diagnostiquer les résistances aux médicaments antituberculeux, n’est toujours pas suffisamment développée. Si les stratégies ayant démontré leur efficacité dans la prévention de la transmission et la réduction des décès ne sont pas appliquées dans tous les pays, il sera impossible de pallier les manques existants en matière de diagnostic et de traitement“.

Selon les données publiées par l’OMS en octobre dernier, en 2014 seul un quart des 480 000 personnes qu’on estime souffrir de TB multi-résistante (DR-TB) dans le monde ont été diagnostiquées, et 111 000 personnes seulement ont commencé un traitement adapté. Parmi elles, moins de la moitié a guéri. Pourtant, seuls 8 des 24 pays cités dans le rapport « Out of step » ont mis en place l’utilisation systématique - et en première intention - des tests moléculaires de dépistage de la TB et des résistances aux antibiotiques. Bien que cette stratégie soit très coûteuse, les pays devraient en assurer un accès le plus large possible. Ceci permettrait de diagnostiquer les cas et de les mettre sous traitement plus rapidement, de réduire la transmission de la TB et les coûts associés sur le long terme et de diminuer la propagation des formes résistantes de la maladie ainsi que le nombre total de cas.

“S’ils veulent atteindre les objectifs ’90 – (90) – 90’ [i] fixés par le Plan Global ‘End TB’ 2016-2020, les programmes nationaux de lutte contre cette maladie doivent mettre leurs politiques en conformité avec les recommandations internationales pour le diagnostic et de traitement de la TB, poursuit le Dr. Lucica Ditiu, directrice générale du partenariat Stop TB. Nous comprenons que l’adoption de ces recommandations au niveau national et local puisse prendre du temps, mais certains pays montrent qu’il est possible d’avancer. Ainsi, 30% des pays pris en examen/passés en revue dans le rapport « Out of step » ont déjà adopté les nouvelles recommandations TB chez les enfants et ce un an à peine après leur publication. Nous espérons que notre rapport contribuera à souligner l’importance des politiques TB car elles sont le point de départ pour les pays dans les efforts à mener pour combattre la maladie ».

Près de 60% des pays cités dans le rapport proposent encore aujourd’hui une reprise de traitement avec des médicaments dits ‘de catégorie II’[ii], qui n’ont que peu d’impact dans les contextes où la DR-TB et les coïnfections VIH/TB sont les plus fréquentes. Selon les recommandations de l’OMS, dès que les pays auront mis à disposition de tous les patients TB des tests rapides moléculaires en première intention ce traitement ne devrait plus être proposé.

Par ailleurs, le rapport souligne que 9 pays sur 24 obligent toujours les patients atteints de DR-TB à être hospitalisés pendant toute ou une partie de leur maladie. “Dans les projets MSF et ailleurs, il a été démontré qu’hospitaliser les patients atteints de DR-TB n’est pas nécessaire ;  même dans les pays en développement les malades peuvent recevoir leur traitement à domicile, précise le Dr. Vivian Cox, coordinatrice adjointe du projet TB de MSF en Afrique du Sud. La décentralisation de la prise en charge de la DR-TB est moins coûteuse et médicalement tout aussi valable que l’hospitalisation. Mais elle est surtout bien plus confortable pour les patients, leurs familles et leurs communautés. Afin d’offrir de meilleures chances de survie aux patients, les médecins doivent pouvoir également avoir accès à tous les médicaments antituberculeux – récents comme plus anciens. Car, sans accès aux traitements les mieux adaptés, l’issue est trop souvent le décès“.

Seuls 12% des pays cités dans le rapport « Out of step » ont intégré l’ensemble des traitements existants contre la DR-TB dans leurs listes nationales de médicaments essentiels. Bien que 65% des pays disposent d’un mécanisme d’accès aux nouveaux médicaments pour les patients n’ayant plus d’options thérapeutiques, il est urgent que les laboratoires pharmaceutiques demandent l’enregistrement de leurs médicaments dans les pays où ils sont les plus nécessaires et ce afin qu’ils puissent être utilisés, conjointement avec des médicaments ‘requalifiés’, pour le traitement de la DR-TB.“ Si nous voulons vraiment avoir un impact rapide sur le nombre de cas et de décès liés à la TB, les pays les plus touchés doivent commencer par donner accès aux tests rapides, arrêter les reprises de traitement obsolètes (d’ici un an au plus tard) et abandonner l’hospitalisation obligatoire, poursuit le Dr. Brigden. Puis, il faudra que tous les pays alignent leurs politiques nationales sur les recommandations de l’OMS (d’ici trois ans) “.



[i]Le Plan Global ‘End TB’ 2016-2020 du partenariat Stop TB de MSF vise à obtenir les résultats suivants, dits ’90 – (90) – 90’ : 1. Diagnostiquer au moins 90% de toutes les personnes atteintes de TB et les mettre sous un traitement adéquat (première ligne, deuxième ligne ou traitement préventif) ; 2. Dans le cadre du premier objectif, dépister au moins 90% des personnes dans les groupes les plus à risque et vulnérables ; 3. Obtenir un taux de guérison d’au moins 90% par des options thérapeutiques abordables, le soutien à l’observance du traitement et des activités de soutien social.

[ii]La reprise de traitement avec des médicaments dits ‘de catégorie II’ a été longtemps recommandée pour les patients ayant déjà été traités pour une TB. Un médicament – la streptomycine – était ajouté aux traitements de première ligne et la durée du traitement était portée à 8 mois. Mais, selon les dernières recommandations de l’OMS, la reprise de traitement avec des médicaments de 1ère ligne n’est pas efficace contre les formes résistantes de la TB et ne devrait être proposée que dans des pays où la DR-TB reste peu fréquente. Afin d’initier un traitement efficace, il devient donc fondamental de pouvoir diagnostiquer une DR-TB le plus rapidement possible.

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