URGENCE GAZA

MSF appelle à répondre à la flambée de rougeole parmi les Sud-Soudanais fuyant le conflit au Soudan

Vue d'un centre de nutrition thérapeutique à l'hôpital MSF du camp de déplacés internes de Bentiu, dans l'État d'Unity. Avec l'arrivée des rapatriés suite au conflit au Soudan, l'hôpital MSF a enregistré une augmentation des admissions au centre en juillet 2023.
Vue d'un centre de nutrition thérapeutique à l'hôpital MSF du camp de déplacés internes de Bentiu, dans l'État d'Unity. Avec l'arrivée des rapatriés suite au conflit au Soudan, l'hôpital MSF a enregistré une augmentation des admissions au centre en juillet 2023. © Nasir Ghafoor/MSF

Au Sud-Soudan, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) observent une progression inquiétante des cas de rougeole et de malnutrition, en particulier parmi les Sud-Soudanais installés au Soudan voisin qui ont dû retourner au Sud-Soudan pour fuir le conflit, et leurs communautés hôtes. Alors que de plus en plus de Sud-Soudanais passent la frontière, MSF appelle les bailleurs de fonds et les organisations humanitaires à renforcer les mesures de dépistage et de prise en charge de la rougeole et de la malnutrition, depuis les points d’entrée jusqu’aux lieux de réinstallation.

« Les capacités de prévention et de prise en charge de la rougeole et de la malnutrition doivent être renforcées de toute urgence. Les tests de dépistage ainsi que les vaccins doivent être disponibles 24 heures sur 24 aux points d’entrée et des équipes mobiles de vaccination doivent être déployées dans les lieux de transit, les sites d’accueil mais également au sein des communautés hôtes pour assurer un dépistage continu et une vaccination de rattrapage. La sensibilisation de la population permettra également de lutter contre la propagation de la rougeole », déclare Mohammad Ibrahim, chef de mission MSF au Sud-Soudan.

Entre le 15 avril et la première semaine d’août, plus de 200 000 personnes ont passé la frontière vers le Soudan du Sud, dont plus de 90% sont Sud-Soudanais, principalement des femmes et des enfants, qui arrivent épuisés et extrêmement vulnérables. Qu’elles soient dans des camps de transit proches de la frontière ou réintégrées dans les communautés partout dans le pays, ces personnes ont besoin de services de base : des soins, un accès à l’eau potable et à des infrastructures sanitaires, de la nourriture, un abri et des services de protection.

« Nous sommes dans une situation terrible. Il n'y a pas de nourriture et nous vivons sous les arbres », explique Nyakiire Nen, dont la fille de deux ans reçoit un traitement contre la rougeole à l'hôpital MSF du camp de déplacés de Bentiu, dans l'État d'Unity. « Pour survivre, nous avons besoin de trois choses : de la nourriture, des bâches en plastiques pour construire un abri et des médicaments. »

Face à l'afflux alarmant de patients atteints de rougeole à Renk et Bentiu, les équipes de MSF ont mis en place des salles d'isolement spécialisées, tandis qu’à Aweil, Leer et Malakal, les structures MSF ont augmenté leurs capacités afin de traiter davantage de patients. Dans le comté de Twic, MSF a participé à l’ouverture d’un centre d’isolement de la rougeole de 25 lits à l’hôpital Mayen Abun, ainsi qu’à la formation de soignants sur le dépistage et la prise en charge de la rougeole dans huit centres de soins primaires à travers le comté. 

Dans l’Etat du Nil-Supérieur, Renk est une ville frontalière avec l’état du Nil-Blanc au Soudan voisin où MSF a identifié plus de 1 300 cas présumés de rougeole au cours du mois dernier, et le point d’entrée le plus fréquenté par les rapatriés fuyant le conflit. Depuis le 20 juin 2023, le service d’isolement mis en place par MSF à l’hôpital du comté de Renk a reçu 317 patients, dont 75% de rapatriés. Plus de 80% des patients sont des enfants de moins de quatre ans, et moins de 15% d’entre eux étaient vaccinés contre la rougeole. Les rapatriés vivent dans des camps de transit surpeuplés et voyagent dans des camions ou des bateaux surchargés, accélérant la propagation de la maladie. Dans le camp de rapatriés de Paloich, où vivent 3 000 personnes, MSF a lancé une intervention d’urgence le 27 juillet focalisée sur l’accès aux soins et le traitement de la malnutrition.

« Mes enfants étaient en bonne santé lorsque nous étions à Khartoum. Mais en chemin, ils ont commencé à avoir la diarrhée et se sont affaiblis. A Malakal, nous buvions l’eau presque rouge de la rivière. Sur le trajet en bateau de Malakal à Bentiu, les enfants ont commencé à avoir des symptômes de la rougeole », explique Martha Nyariek dont les deux enfants d’un et trois ans font partie des centaines de patients pris en charge par les équipes médicales de MSF dans l’état d’Unity.

La situation des rapatriés dans le camp de transit de Bulukat à Malakal est désastreuse et exacerbée par le manque de nourriture et de possibilités de déplacement vers leur destination finale. Nombre d’entre eux sont malades en arrivant, en particulier les enfants, et MSF observe une augmentation continue de la malnutrition. MSF a mis en place une clinique mobile dans le camp de transit, tandis que l’hôpital MSF, seule structure de soins de niveau secondaire pour les enfants, fonctionne au-delà de sa capacité d’accueil. De même, l’hôpital MSF de Aweil a enregistré une augmentation de 65% de cas de malnutrition au cours des six premiers mois de 2023 par rapport à l’année précédente.

« Si un enfant est malnutri, il est plus à même de contracter la rougeole et le risque de mortalité est plus élevé », explique Ran Jalkuol, médecin MSF. « La plupart de nos patients sont des enfants non-vaccinés. Pour éviter que la rougeole fasse d’autres victimes, il est urgent d’intensifier l’aide alimentaire et de procéder à des vaccinations de rattrapage afin d’immuniser la population, particulièrement les rapatriés à partir de six mois. Les enfants entre six mois et quatre ans sont les plus vulnérables. »

Le Sud-Soudan était déjà sujet à des épidémies régulières de rougeole. En 2022, les autorités sanitaires du pays ont déclaré deux épidémies, la dernière ayant touché l’intégralité du territoire. L'afflux de rapatriés et l'augmentation des cas de rougeole parmi les populations déplacées et les communautés hôtes constituent un fardeau supplémentaire pour un système de santé déjà fragile.

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