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Kenya : face à la fermeture des camps de Dadaab, il est urgent de trouver des solutions et de maintenir une assistance aux réfugiés

photo aérienne
Le camp de Dagahaley existe depuis 1990 sur le territoire kényan.  © Lindokhule Sobekwa / Magnum Photos for MSF

A un peu plus de six mois de la date butoir pour la fermeture des camps de réfugiés de Dadaab, au Kenya, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur le manque de perspectives pour les personnes qui y vivent, et qui risquent d’être privées du peu d’assistance qu’elles reçoivent actuellement.

« La fermeture des camps prévue en juin 2022 doit être l’occasion d’accélérer la recherche de solutions durables pour ces réfugiés, explique Dana Krause, directrice nationale de MSF au Kenya. A l’heure actuelle, les réfugiés de Dadaab, originaires de Somalie principalement, et dont beaucoup sont piégés dans les camps depuis trois décennies, reçoivent déjà moins d’assistance, et n’ont pas beaucoup d’options pour vivre dignement et en sécurité. »

Dans un rapport publié aujourd’hui, MSF appelle le Kenya et ses partenaires internationaux à respecter les engagements pris lors de la signature du Pacte mondial pour les réfugiés en 2018, en permettant aux réfugiés somaliens leur intégration dans la société kényane ou une réinstallation à l’étranger.

Ce rapport révèle que le nombre de réfugiés retournant en Somalie depuis le Kenya de manière volontaire a fortement diminué au cours des trois dernières années. Moins de 200 d’entre eux sont retournés en Somalie en 2020, contre 7 500 en 2018, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le pays faisant face à une augmentation de la violence et des déplacements de population, couplés à une grave sécheresse. Dans le même temps, les offres de réinstallation dans des pays développés se sont largement taries, ne laissant aux réfugiés d’autre choix que de rester au Kenya, où leurs droits sont limités. Les réfugiés de Dadaab n’ont actuellement pas le droit de travailler, de voyager ou d’étudier hors des camps.

La récente signature de la législation sur les réfugiés au Kenya pourrait permettre une meilleure intégration des réfugiés dans le pays, mais elle doit être mise en œuvre de manière à inclure tous les réfugiés, y compris les Somaliens.

« Le Kenya fait face à un choix simple : laisser les réfugiés s’enfoncer dans la précarité, ou défendre leurs droits en leur offrant la possibilité d’étudier, de travailler et de se déplacer librement, déclare Dana Krause. Les bailleurs de fonds internationaux devraient accroître l’aide au développement qu’ils accordent au Kenya, afin que le pays puisse garantir l’accès des réfugiés aux services publics. »

Le plan de fermeture des camps a déjà provoqué une diminution drastique de l’assistance humanitaire, et le Programme alimentaire mondial a prévenu en septembre qu’il pourrait être contraint d’arrêter complètement la distribution de rations alimentaires d’ici la fin de l’année faute de contribution supplémentaire.

« La fermeture des camps sans contrepartie risque d’entraîner une catastrophe humanitaire, explique Jeroen Matthys, coordinateur de projet pour MSF à Dagahaley, l’un des trois camps qui composent Dadaab. Il est vital que les réfugiés aient un accès ininterrompu à l’aide tout au long du processus de fermeture des camps, jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de prévoir leur avenir et d’assurer leur survie. »

« Alors même que les pays riches ont bafoué les droits des réfugiés, le Kenya a accueilli des centaines de milliers de réfugiés pendant des années, déclare Dana Krause. Nous célébrons cette année le 70ème anniversaire de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés. Le Kenya devrait saisir cette occasion pour trouver des solutions durables, qui prennent en compte avant tout l’intérêt des réfugiés. »

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