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Utilisation éthique des images : les mesures mises en place par MSF

Vue d'un drapeau MSF depuis un véhicule de l'association à Madagascar.
Vue d'un drapeau MSF depuis un véhicule de l'association à Madagascar. © Djann Jutzeler/MSF

Ces dernières semaines Médecins Sans Frontières (MSF) a été interpellée à juste titre, tant en interne qu'en externe, sur l'utilisation d’un certain nombre de photographies de patients pris en charge dans nos projets, posant question. En tant que directeurs de la communication de MSF à travers le monde, nous tenons à remercier celles et ceux qui ont mis en lumière ces images problématiques et questionné nos pratiques.  Leur analyse nous a incités à prendre des mesures immédiates, comme expliqué le mois dernier par le président international de MSF . En parallèle, nous lançons une réflexion plus poussée sur la façon dont nous montrons et décrivons les personnes victimes de crises humanitaires. 

L’activité de témoignage doit être guidée par les principes humanitaires et l'éthique médicale, en respectant la dignité et le libre arbitre des personnes auxquelles nous apportons notre aide.

Nous travaillons autour de différents axes pour mieux gérer la production, l'utilisation, la diffusion et le stockage des photographies et des vidéos prises dans nos projets médicaux. Cela inclut le matériel commandé par MSF à des producteurs externes, ainsi que les documents et images produites par des agences de presse et des photographes indépendants dans nos projets. Nous avons le devoir de préserver la sécurité et le bien-être des patients à qui nous apportons des soins.

Parmi les mesures mises en place :


• Nous allons accélérer l’examen complet des archives photographiques et audiovisuelles de MSF, composé de près de 200 000 images et vidéos. Ce projet de révision, lancé fin 2021, devrait s'achever d'ici décembre 2022. Nous avons mobilisé des membres du personnel MSF pour identifier des images dont le contenu peut être considéré comme problématique (nudité, exposition gratuite de la souffrance, …), parce qu’elles peuvent représenter une menace pour la sécurité des personnes ou la protection des mineurs, parce qu’elles portent atteinte à la dignité des personnes ou encore parce qu’elles participent à renforcer des stéréotypes. Un groupe d'experts multidisciplinaire, dont certains externes à MSF, sera en charge de finaliser la sélection. Toutes les images seront conservées à des fins de documentation historique, mais tout contenu considéré comme inapproprié ne sera plus disponible pour publication sur les canaux et supports MSF ou pour utilisation par des médias.

• Nous avons entrepris de contacter les agences photo et les photographes détenant les droits d'auteur sur des images prises dans nos projets et qui posent question. Il est important de rappeler que MSF ne détient pas les droits d'utilisation de ces images, et que nous ne tirons aucun profit de leur vente par les agences photo. Néanmoins, nous demandons aux agences et professionnels concernés de se conformer à notre demande de restreindre l'accès à ces images, comme les photographies montrant des mineurs et des victimes d'abus et d'exploitation. L’accès à une partie des images que nous avons signalées a été rapidement restreint, et certaines ont été supprimées des plateformes commerciales, mais d’autres restent librement accessibles et/ou en vente. Nous sommes en train de développer un processus plus systématique pour gérer ce dossier complexe.

• Nous sommes en train de revoir nos contrats et nos procédures de gestion des droits sur les images, ainsi que les termes de référence pour les photographes et vidéastes visitant les projets MSF. Nous considérons que le photojournalisme est un vecteur formidable pour faire connaître les histoires des personnes qui subissent les conséquences de conflits et de crises humanitaires. Cependant, en tant qu'organisation médicale, notre obligation première est de nous assurer que la dignité et la sécurité des patients qui reçoivent des soins dans nos structures sont respectées.

• Nous avons entrepris un processus de révision de nos politiques de production de contenu, pour qu’elles soient les plus inclusives et équitables possibles, et qu’elles prennent en compte et promeuvent la diversité de notre personnel et de nos bénéficiaires. Nous avons déjà adopté plusieurs mesures, telles que la clarification de nos politiques de consentement, et des considérations spécifiques relatives aux mineurs dont nous nous occupons.

• Nous souhaitons renforcer la formation et la sensibilisation à ces questions des personnes qui produisent des photos et des contenus audiovisuels à MSF, des équipes de communication et de collecte de fonds. Notre objectif est d'assurer l’appropriation de nos politiques en matière de production de contenus et de partager les meilleures pratiques en matière de consentement éclairé. Nous comptons également stimuler des moments d’échange et de réflexion sur ces questions avec des patients et des victimes de traumatismes, des experts médicaux et en éthique, des journalistes et des universitaires.
MSF reste déterminée à maintenir son activité de témoignage, élément essentiel de sa mission sociale, et à travailler avec les patients et les communautés pour raconter – et leur faire raconter - leurs histoires.

L'attention publique sur ces questions importantes est utile, et nous offre l’opportunité d'améliorer nos politiques et nos pratiques. Toute personne souhaitant signaler des images liées au travail de MSF qui posent question peut nous contacter par e-mail : [email protected].


 

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