Tabka, en Syrie, une lente reconstruction pour ses habitants et les personnes déplacées

Des déplacés devant leur campement de fortune dans une école désaffectée à Takba en novembre 2017.
Des déplacés devant leur campement de fortune dans une école désaffectée, à Takba, en novembre 2017. ©Edward Amstrong/MSF

Dans le nord de la Syrie, des personnes continuent de chercher refuge à Tabka. Il n’y a cependant pas de camps pour les accueillir dans cette ville du gouvernorat de Rakka qui a été reprise au groupe État islamique, en mai 2017. Mais Tabka, qui doit son importance au grand barrage situé en amont sur l’Euphrate, n’a pas été complètement détruite. Sa situation en dehors des zones d’affrontements entre forces syriennes, kurdes et turques et la possibilité d’y trouver un abri même précaire, en dépit du risque lié à la présence de mines, exercent une force d’attraction.

« Les gens viennent d’un peu partout, des régions de Rakka, Deir-er-Zor, de zones situées près de la frontière irakienne, mais aussi des région d’Alep, Idlib et Hama à l’ouest », explique Moctar, coordinateur d’urgence MSF dans le nord de la Syrie. Certains ne font toutefois que transiter comme les Irakiens qui ont fui des zones contrôlées par l’État islamique et essayent de passer par la Turquie pour retourner dans leur pays. D'autres restent parce qu’ils ne peuvent pas rentrer chez eux ou parce que le conflit se poursuit. Dans un mouvement incessant des populations fuyant les violences en Syrie, de nombreuses personnes se sont déplacées à plusieurs reprises alors qu'elles cherchaient à se protéger de l'offensive des forces gouvernementales dans le sud et l'ouest du pays.

La population de la ville est aujourd’hui estimée à 40 000 résidents et 100 000 déplacés, dont bon nombre vivent dans des conditions précaires. « L’été dernier, beaucoup de personnes déplacées dormaient dans la rue, maintenant c’est l’hiver, explique Moctar, il fait froid et les gens se sont installés là où ils pouvaient, dans des bâtiments publics comme des écoles, ou des immeubles en partie détruits et n’ont qu’un accès très réduit à l’eau et l’électricité. »

Dans l’hôpital public de Tabka qui avait été endommagé par les combats, une salle d’urgence pour les soins maternels est maintenant opérationnelle. Accouchements et césariennes peuvent y être pratiqués. Quelques petits cabinets médicaux réapparaissent dans la ville, mais les soins y sont payants. MSF a donc ouvert, en septembre, un dispensaire pour donner des consultations médicales aux adultes et aux enfants, que ce soit des personnes déplacées ou d’autres personnes vulnérables habitant la ville de Tabka ou des villages des environs. L’équipe y donne entre 200 et 300 consultations médicales chaque jour et prend notamment en charge de nombreux cas de leishmaniose cutanée. MSF dispense en outre des soins de santé mentale dans ce centre ainsi que, depuis début décembre, des soins de kinésithérapie.  

MSF effectue aussi chez les enfants un dépistage de la malnutrition qui n’a toutefois pas mis en évidence une situation critique. Pour les quelques cas observés de malnutrition aiguë modérée, l’équipe distribue du lait maternisé pour les bébés de moins de six mois et des aliments thérapeutiques nutritionnels à ceux qui sont plus âgés.

En revanche, dans le domaine de la santé mentale, les besoins sont très importants. « Notre psychiatre voit un enfant qui peut par exemple être atteint d’autisme et plusieurs autres qui sont incontinents. Dans ce cas, leur état est clairement lié aux violences dont ils ont été les témoins », note Moctar. De plus, beaucoup d’adultes présentent des symptômes psychiatriques : schizophrénie, dépression sévère, syndrome post-traumatique aigu… Car ces derniers mois de guerre ont laissé des traces profondes.

Certes le calme prévaut aujourd’hui à Tabka et contribue à améliorer la prise en charge de ces patients. Mais la situation reste fragile dans le nord de la Syrie et la reconstruction de la ville se fait à pas comptés. Très peu d'acteurs humanitaires sont présents. Signe d’une certaine normalisation, la réouverture des écoles est à l’ordre du jour. Cela pose cependant problème car ces établissements sont occupés par des familles qui ont dû fuir leur foyer.

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