Soudan : près d’un million de réfugiés sud-soudanais vivent dans des conditions difficiles

Des femmes attendent près du nouvel hôpital MSF, dans le camp de réfugiés d'Al Kashafa, dans l'État du Nil blanc, au Soudan.
Des femmes attendent près du nouvel hôpital MSF, dans le camp de réfugiés d'Al Kashafa, dans l'État du Nil blanc, au Soudan. ©Igor Barbero/MSF

En décembre 2019, les équipes MSF ont ouvert un nouvel hôpital dans l'État du Nil Blanc, au Soudan, pour fournir des soins aux réfugiés sud-soudanais et à la communauté locale. L'hôpital, situé dans le camp de réfugiés d'Al Kashafa, prend en charge les patients souffrant d'affections complexes, notamment les enfants sévèrement malnutris et les personnes atteintes de maladies infectieuses chroniques, comme le VIH et la tuberculose.

861 000 réfugiés sud-soudanais au Soudan

Environ 2,2 millions de Sud-Soudanais ont fui la guerre civile dans leur pays et vivent actuellement dans les pays voisins. Aujourd'hui, on estime à plus de 861 000 le nombre de réfugiés sud-soudanais vivant au Soudan, selon le Haut Commissariat pour les réfugiés (UNHCR). 

C’est dans l’Etat de Khartoum, la capitale soudanaise, et dans les Etats frontaliers avec le Soudan du Sud, que la plupart des réfugiés se sont installés. L'État du Nil blanc accueille à lui tout seul 248 000 réfugiés, dont 162 000 vivent dans des camps comme Al Kashafa.

Malgré le processus de paix en cours au Soudan du Sud, leur nombre n’a pas baissé dans l’Etat du Nil blanc. Beaucoup disent qu'ils espèrent rentrer chez eux et mener une vie normale, mais ils préfèrent rester au Soudan tant que la situation ne s’est pas stabilisée.

Julia Odok, 24 ans, réfugiée sud-soudanaise de Malakal


« Je suis arrivée dans l’état du Nil Blanc avec 18 membres de ma famille en 2017. Nous avons fui la guerre. Il nous a fallu un mois pour rejoindre le Soudan à pied. C'était difficile et certains des enfants qui voyageaient avec nous sont morts en chemin parce qu'il n'y avait pas assez de nourriture, ni assez d'eau. La vie est difficile. Nous n'avons rien : pas de maison, pas d'argent et pas de travail. La seule chose qu’on peut faire, c’est attendre. » 

 

Julia Odok, assise avec son fils Emmanuel âgé de 3 ans, souffrant de malnutrition.
 © MSF/Igor Barbero
Julia Odok, assise avec son fils Emmanuel âgé de 3 ans, souffrant de malnutrition. © MSF/Igor Barbero

Des camps de réfugiés insalubres

Dans les camps, où les conditions de vie sont précaires, les équipes MSF de promotion de la santé réfèrent les enfants souffrant de malnutrition et sensibilisent la communauté locale aux maladies comme le choléra, la tuberculose, le VIH et le paludisme.

La plupart des pathologies rencontrées à l'hôpital d'Al Kashafa sont liées aux conditions de vie des réfugiés. Les cas de malnutrition, de diarrhée, les infections des voies respiratoires (y compris la tuberculose), le paludisme et les maladies de la peau sont fréquents. 

Un enfant, accompagné d'un membre du personnel MSF dans la zone de triage du nouvel hôpital MSF du camp de réfugiés d'Al Kashafa, dans l'État du Nil blanc, au Soudan.
 © MSF/Igor Barbero
Un enfant, accompagné d'un membre du personnel MSF dans la zone de triage du nouvel hôpital MSF du camp de réfugiés d'Al Kashafa, dans l'État du Nil blanc, au Soudan. © MSF/Igor Barbero

En 2019, les équipes MSF ont effectué près de 120 000 consultations à Al Kashafa – soit près de 10 000 par mois – et admis plus de 5 000 patients. Plus de 670 femmes ont accouché à l’hôpital, avec une moyenne de deux naissances par jour. 

« Nous offrons également aux gens un soutien psychosocial jusqu'à ce qu'ils se sentent en sécurité, jusqu'à ce qu'ils puissent reprendre une vie normale et réintégrer la société », explique Alfatih Alsadig, conseiller en santé mentale, qui accompagne au quotidien les réfugiés qui ont été confrontés aux horreurs de la guerre.

Des pics récurrents de malnutrition

Un accès insuffisant à la nourriture, associé notamment à de mauvaises conditions de vie, entraîne des pics saisonniers de malnutrition. « Les admissions pour les cas de malnutrition augmentent de juin à septembre, durant la saison des pluies où il n’y a rien à récolter », explique Zakina Adam, responsable nutritionnelle.

Zakina Adam Ali, superviseure nutritionnelle, vérifie l'état du fils de Julia, Emmanuel, 3 ans, qui est traité pour malnutrition dans le centre d'alimentation thérapeutique du nouvel hôpital MSF à Al Kashafa, dans l'État du Nil blanc au Soudan.
 © MSF/Igor Barbero
Zakina Adam Ali, superviseure nutritionnelle, vérifie l'état du fils de Julia, Emmanuel, 3 ans, qui est traité pour malnutrition dans le centre d'alimentation thérapeutique du nouvel hôpital MSF à Al Kashafa, dans l'État du Nil blanc au Soudan. © MSF/Igor Barbero

L'hôpital MSF d'Al Kashafa dispose du seul centre de stabilisation pour le traitement de la malnutrition dans la région. En 2019, près de 1 000 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition sévère y ont été traités.

« Certains enfants souffrent d'autres problèmes médicaux en parallèle de la malnutrition, comme la diarrhée chronique, la pneumonie ou les maladies de la peau. Cela aggrave leur état. Certains présentent des œdèmes, ce qui peut entraîner une septicémie », explique Zakina.

 

MSF travaille au Soudan depuis 1978. Au cours des dernières années, nos opérations se sont concentrées sur six États : Al Gedaref, le Sud-Kordofan, l'Est du Darfour, le Nord-Darfour, le Nil Blanc et Khartoum, avec des équipes d'urgence qui ont lancé des interventions dans d'autres régions selon les besoins. MSF gère des établissements de santé et fournit des soins médicaux gratuits aux réfugiés, aux personnes déplacées et aux communautés d'accueil.

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