Soudan du Sud : un an après les massacres de Bentiu, violences et déplacements de population se poursuivent

le site de « protection des civils » de l’ONU Bentiu il y a un an en avril 2014
le site de « protection des civils » de l’ONU, Bentiu, il y a un an en avril 2014 ©Hosanna Fox/MSF

Au Soudan du Sud, un an après les massacres de civils dans la ville pétrolière de Bentiu (et que les populations aient trouvé refuge dans un hôpital au sein duquel MSF menait des activités de prise en charge du VIH/sSida et de la tuberculose), violences et déplacements de populations se poursuivent et l’accès aux soins de base ainsi qu'à la nourriture reste problématique pour les habitants des zones rurales.

Après les combats d'il y a un an, MSF a soigné plus de 230 blessés par balle. Pour échapper à la mort, des milliers d’habitants de la ville ont fui vers la base de maintien de la paix de l’ONU, où la population est passée de 6 000 à plus de 22 000 personnes en quelques jours.

Un an plus tard, le nombre de personnes en quête de protection a encore considérablement augmenté avec désormais plus de 53 000 déplacés vivant sur un rayon de 1 km² encerclés de barbelés et sous la garde des troupes de l’ONU.

À l’origine, en raison de la surpopulation et du manque d’eau et d’assainissement, les conditions de vie sur ce site étaient très problématiques. Avec l'arrivée de la dernière saison des pluies et l'inondation du camp, ces conditions se sont encore dégradées. Le niveau de l'eau montait au-dessus du genou, de nombreux déplacés ont dû dormir debout, leurs enfants dans les bras. Plusieurs ont péri noyés. Depuis le retour de la saison sèche, les conditions de vie au sein du site se sont améliorées et diverses organisations d’aide fournissent désormais des services de base aux milliers de personnes vivant dans le périmètre.

MSF a installé un hôpital sous tente afin de fournir des soins secondaires de qualité et garantir un accès suffisant à l'eau potable et aux équipements d’assainissement. Pour MSF, fournir une aide humanitaire dans l'enceinte d'une base de l’ONU représente un ultime recours. En tant qu’organisation d’aide médicale indépendante, impartiale et neutre, nous devons pouvoir nous distinguer des acteurs politiques et militaires. Mais, dans ces circonstances exceptionnelles, il est essentiel pour les populations d’avoir accès à des services médicaux là où ils se sentent en sécurité.

MSF travaille également en dehors du site de « protection des civils » de l’ONU car la majorité des populations victimes du conflit en cours sont dispersées dans des régions rurales difficiles d’accès. Nombre d’entre elles ont été déplacées à plusieurs reprises. MSF gère des dispensaires mobiles à Ding Ding, Nhialdiu et dans la ville de Bentiu, et concentre son action sur les consultations externes et les soins maternels. Les évaluations se poursuivent dans la région, dernièrement à Nimni (comté de Guità) et à Ngop (Comté de Rubkona). Une jeune femme de 28 ans résidant à Ngop - dont l’enfant gravement malnutri a été hospitalisé par MSF en février - nous a confié : « les gens ont énormément souffert à cause des inondations qui ont détruit toutes nos récoltes. Il n’y a rien à manger. Si vous êtes malade, il n’y a nulle part où aller. La structure de santé le plus proche, à laquelle nous avions accès avant la crise, est à court de médicaments. »

Dans les zones rurales, le conflit a en effet nettement réduit l’accès aux soins. Les structures de santé locales manquent d'un soutien adéquat et d'approvisionnements médicaux adaptés. Du fait des déplacements de la ligne de front, des mouvements militaires, des bombardements permanents et des tirs, les malades ont peur de parcourir de longues distances pour rejoindre les quelques rares structures médicales qui fonctionnent encore.

Bentiu, ancienne capitale très animée, est devenue une ville de garnison et la plupart des entreprises et des commerces sont maintenant tenus par des soldats du gouvernement. Si les cadavres civils qui jonchaient les rues ont été enlevés, les carcasses de véhicules abandonnés jalonnent toujours les bas-côtés. La plupart des maisons ont été incendiées et n’ont pas été reconstruites. Une télécommande fondue ou un sommier en ferraille posé sur de la terre roussie : les seuls indices de ce qu’il y avait là auparavant.

L’hôpital de la ville dans lequel MSF prenait en charge la tuberculose et le VIH/sida a été pillé, les fenêtres et les portes arrachées, les équipements médicaux et les médicaments dispersés. Infesté de chauve-souris et de vermine, il n’est plus en état de fonctionner mais MSF continue d'y envoyer un dispensaire mobile axé sur les soins anténataux et qui se tient dans un bâtiment nettoyé.

Le conflit au Soudan du Sud s’éternise et aucune amélioration de la situation humanitaire ne se profile à Bentiu. L’insécurité permanente, les combats, les bombardements et les violences contre les civils font que nombre de déplacés vivant actuellement sur le site de « protection des civils » n’ont d’autre choix que de rester là pour le moment. Le besoin d’aide de ces populations, dans un endroit où elles se sentent en sécurité, reste inchangé.

Parallèlement, MSF continue de fournir des soins à plus de 100 000 personnes dans les environs de Bentiu. Mais garantir le respect des équipements humanitaires et médicaux, des personnels et des patients représente toujours un réel défi.

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