Soudan du Sud : des patients assassinés à l’hôpital de Malakal

Malakal au Soudan du Sud : environ 21 000 personnes ont été entassées dans ce camp. Mars 2014
Malakal, au Soudan du Sud : environ 21 000 personnes ont été entassées dans ce camp. Mars 2014 ©Anna Surinyach/MSF

En l’espace de 100 jours, plus de 800 000 personnes ont quitté leur village au Soudan du Sud, suite aux affrontements et aux vagues de violences dans les États d’Unité, de Jonglei et du Nil Supérieur. Des dizaines de milliers de personnes se retrouvent dans des camps surpeuplés, dispersés dans le pays, et vivent dans des conditions déplorables.

Dans l’État du Nil Supérieur, au Soudan du Sud, les affrontements entre le gouvernement et les forces de l’opposition ont transformé la ville de Malakal en ville fantôme.

Lors des combats de février, Ronyo Adwok, 59 ans, a été blessé. Il s’est donc rendu à l’hôpital universitaire de Malakal pour se faire soigner. Il s’y croyait en sécurité, mais il avait tort.

« Chaque jour, 10 à 15 hommes, armés de fusils, entraient dans l’hôpital, dit Ronyo. Ils voulaient de l’argent ou des téléphones cellulaires. Si on ne leur donnait rien, ils nous tiraient dessus. Dans le service où j’étais, ils ont tué beaucoup de monde. Ils ont même emmené des femmes. »

Depuis le début de la crise à la mi-décembre, ce n’est pas la première fois que des structures médicales sont prises d’assaut au Soudan du Sud. À Leer, un hôpital de Médecins Sans Frontières a été pillé et incendié. Le complexe de MSF à Bentiu a également été pillé. Les attaques ont eu lieu pendant une vague de violences qui prenait les hôpitaux pour cible, tout comme les marchés, les places publiques et parfois même des villes entières.

Des patients tués dans leur lit

Le 17 février, l’équipe de MSF a dû interrompre temporairement ses activités à Malakal à cause de la violence. Lorsqu’elle a pu retourner à l’hôpital cinq jours plus tard, elle y a découvert une scène d’horreur.

« Il y avait 11 cadavres dans l’hôpital, des patients tués dans leur lit, explique Carlos Francisco, chef de projet à Malakal.  Nous avons trouvé trois autres corps près d’une des entrées de l’hôpital. Le centre de nutrition avait été incendié et les réserves pillées. L’hôpital était méconnaissable. »

Durant plusieurs jours, 53 patients ont été bloqués dans l’hôpital, sans aide médicale. L’équipe de MSF a immédiatement pris des mesures pour les faire transférer dans l’enceinte des Nations Unies de Malakal. Avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), MSF a mis en place un hôpital provisoire sous tente pour leur offrir des soins d’urgence.

Cependant, la situation dans le complexe est épouvantable. « Plus de 20 000 personnes sont entassées dans un camp surpeuplé, dans de terribles conditions », déclare Carlos Francisco. Les réfugiés manquent cruellement d’espace et d’eau potable et les conditions sanitaires sont mauvaises.

Le camp se trouve dans une zone inondable, et la saison des pluies qui approche est source de grande inquiétude. La surpopulation augmente les risques d’épidémies et elle exacerbe les tensions. En février, des dizaines de personnes ont été blessées dans le camp lorsque des combats ont éclaté. En tout, MSF et le CICR ont traité 152 personnes blessées lors de ces violences, dont 32 par balle.

Près d’un million de personnes déplacées en 100 jours

En l’espace de 100 jours, 803 000 personnes ont dû quitter leur village au Soudan du Sud. Selon les Nations Unies, environ 254 000 personnes se sont réfugiées dans les pays voisins. Le conflit englobe une bonne partie des États d’Unité, de Jonglei et du Nil Supérieur. Des dizaines de milliers de réfugiés se retrouvent dans des camps surpeuplés, dispersés un peu partout dans le pays.

« Nous sommes incapables d’atteindre tous ceux qui ont besoin d’aide, indique Llanos Ortiz, coordonnateur des urgences de MSF au Soudan du Sud. La violence nous empêche de nous rendre dans des secteurs où se trouvent bon nombre de réfugiés. Nous craignons des épidémies et la malnutrition, surtout devant l’imminence de la saison des pluies. »

La fuite par le Nil

Tous ceux qui ont échappé aux attaques de Malakal décrivent ces dernières comme soudaines et brutales, séparant les familles et les communautés en les forçant à se sauver pour survivre.

Nombreux sont ceux qui ont fui par le Nil. À 200 kilomètres au nord, dans le comté de Melut, plus de 18 000 fugitifs se sont retrouvés dans l’un ou l’autre des trois camps. Ils n’ont reçu que très peu d’aide humanitaire jusqu’à maintenant. MSF a installé une clinique dans le plus grand des camps. Les équipes y effectuent 100 consultations médicales par jour et ont déjà vacciné contre la polio et la rougeole 4500 enfants de moins de cinq ans.

Le camp compte de nombreux enfants, femmes et personnes âgées, mais peu d’hommes. Selon les dires des réfugiés, la plupart des hommes sont soit morts dans les combats, soit toujours au front ou encore restés sur place.

Ajith Athor, 45 ans, a fui avec son mari la ville de Baliet vers Malakal. « Dans les deux villes, des maisons ont été incendiées et des édifices détruits », explique-t-elle. Elle a fui à pied vers le nord et a été séparée de son mari.

Ajith loge dans une grande tente avec une trentaine de femmes et d’enfants ; tous attendent l’aide humanitaire. Ils n’ont pas de nouvelles de la situation à Malakal et ne peuvent qu’imaginer ce qui est arrivé à leurs proches.

« Nous attendrons encore cinq jours au camp, dit Ajith. Si nos proches n’arrivent pas, nous supposerons qu’ils sont morts. »

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