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Somalie - La population confrontée à la violence et à un manque d'accès aux soins

Hôpital MSF de Jamaame juillet 2009.
Hôpital MSF de Jamaame, juillet 2009. © Javier Roldan

En 2009 , les conditions de vie déjà épouvantables de la population se sont encore dégradées : violences continues, effondrement de l'économie locale, difficultés d'acheminement et de distribution de l'aide alimentaire, sécheresse, prix élevés des denrées alimentaires sur les marchés internationaux.
Dans ce contexte de risques et d'instabilité, les difficultés à fournir des secours ont fortement réduit et entravé l'action humanitaire.
 

En 2009, la population somalienne continue de subir la violence indiscriminée, alors que certaines régions du pays ont été ravagées par une grave sécheresse.

Bien que des millions de personnes aient un urgent besoin de soins, l'écart ne cesse de croître entre les soins requis par les Somaliens et l'assistance fournie dans le pays.

Tandis que les travailleurs somaliens et étrangers des organisations humanitaires continuent d'être exposés aux enlèvements ou aux assassinats, le système de santé publique du pays témoigne d'un état d'effondrement presque total.

Cette situation perdure malgré le nouvel élan politique provoqué au début de l'année par l'élection du nouveau président Sheikh Sharif Sheikh Ahmed.

Dans la capitale, Mogadiscio, les combats continuent entre les forces du gouvernement fédéral de transition, appuyées par les Nations unies et l'Union africaine, et les groupes d'opposition.

 

Il est toujours impossible de connaître le nombre exact de vies humaines perdues durant le conflit, mais les groupes de défense des droits de la personne et les organismes des Nations unies estiment que depuis 2007, entre 20 000 et 25 000 personnes ont été tuées durant les combats, un nombre incalculable d'autres personnes ayant été blessées.

À cela s'ajoute le déplacement de plus de 1,5 million de Somaliens qui, au cours des douze derniers mois, ont fui la reprise des affrontements sanglants à Mogadiscio et dans d'autres régions du centre-sud de la Somalie.

Une équipe chirurgicale de MSF établie à l'hôpital de Daynile, situé en périphérie de la capitale, a contribué à soigner plus de 2 400 personnes blessées lors des combats, ce qui démontre l'intensité du niveau de violence régnant dans la ville.

En février, cette équipe a traité de nombreux civils blessés lors d'un regain spectaculaire des hostilités, l'hôpital ayant admis en une seule journée 121 patients blessés, dont 47 étaient des femmes et des enfants de moins de douze ans.

La capitale n'est pas le seul endroit touché par des actes de violence. À Galcayo, une ville du nord, une équipe chirurgicale de MSF a traité au cours de l'année plus de 320 personnes ayant subi un traumatisme violent. « L'explosion s'est produite après minuit, et l'hôpital a ensuite été inondé de blessés, a affirmé le Dr Maslah, chirurgien de MSF.

Nous pratiquons des interventions chirurgicales de toutes sortes, mais les patients souffrant de blessures de guerre représentent environ la moitié des personnes que nous opérons. » Au début de 2009, la recrudescence des combats à Guri El et à Dhusa Mareb, dans le centre de la Somalie, a forcé des milliers de civils à quitter leur maison pour fuir la guerre. MSF a fourni de l'eau et des soins médicaux à la population déplacée de cette région.

Les répercussions d'un tel niveau de violence et d'insécurité s'étendent bien au-delà des unités chirurgicales de MSF et ont engendré à l'échelle du pays un manque généralisé d'accès aux soins médicaux de base qui permettraient de sauver des vies. Les capacités de MSF à porter assistance aux victimes de la guerre ont connu un nouveau recul lorsqu'en avril, deux membres du personnel de MSF ont été enlevés à Huddur dans la région de Bakool, engendrant la fermeture des deux plus importants centres de soins de santé de MSF dans le centre et le sud de la Somalie, ainsi que de quatre postes sanitaires.

En juin, un employé de MSF a perdu la vie dans une explosion survenue à Belet Weyne, dans la région de Hiraan. L'explosion a également causé la mort de 30 autres personnes. En juillet, MSF s'est vu dans l'obligation, pour la première fois en 17 ans, de cesser les activités de son hôpital pédiatrique et de trois autres dispensaires de santé dans le nord de Mogadiscio en raison d'une intensification du climat d'insécurité ayant forcé les membres du personnel de ces établissements à fuir pour assurer leur propre sécurité.

Le manque de personnel médical qualifié constitue un autre des graves problèmes touchant la Somalie, alors qu'on compte un nombre important de travailleurs de la santé parmi les personnes ayant fui le pays, et que toutes les universités médicales ont fermé leurs portes.

En décembre 2008, une lueur d'espoir est née lorsque l'université Benadir de Mogadiscio a décerné à 20 étudiants un diplôme de médecine, constituant la première promotion de médecins en 20 ans. Cette lueur s'est cependant rapidement éteinte : le 3 décembre 2009, durant la deuxième cérémonie de remise de diplômes, un attentat à la bombe a tué 23 personnes dont une majorité de diplômés, et blessé plus de 50 autres personnes.

Le manque d'accès à des soins médicaux gratuits dans l'ensemble du pays aggrave les problèmes de santé et d'hygiène engendrés par la pauvreté chronique et la sécheresse qui a frappé le pays cette année. Bien qu'il existe peu de données fiables à l'échelle nationale, les indicateurs de soins de santé en Somalie figurent parmi les pires en ce qui concerne l'immunisation, la mortalité maternelle, la malnutrition et l'accès aux services de soins de santé de base.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, le risque des femmes de mourir en couche ou durant une grossesse et d'un sur dix, et la proportion des enfants de moins de cinq ans qui souffrent de malnutrition aiguë est d'un sur cinq.

Ces statistiques se vérifient tous les jours dans les centres de traitement de la malnutrition et les hôpitaux que gèrent les 1 400 membres somaliens du personnel de MSF qui, avec l'appui d'une équipe internationale établie dans la ville voisine de Nairobi, au Kenya, fournissent un accès vital à des soins gratuits à la population somalienne dépourvue de tout autre choix.

Des patients doivent parfois parcourir des centaines de kilomètres pour se rendre dans un hôpital ou un dispensaire MSF, alors que d'autres souffrent seuls de maladies qui pourraient être facilement évitées, comme la rougeole. Entre avril et juillet, une vague de rougeole a balayé la ville de Guri El et ses environs dans la région de Galgaduud, au centre et au sud de la Somalie.

MSF a traité dans cette région 403 patients pour des complications liées à cette maladie, mais n'a pas pu entreprendre une campagne de vaccination de masse en raison du climat d'insécurité qui y règne. MSF a néanmoins réussi à vacciner 30 000 enfants contre la rougeole à Hawa Abdi, où ont convergé des milliers de personnes fuyant Mogadiscio.

La sécheresse et la mort de nombreux animaux d'élevage ont précipité Galcayo et les régions environnantes dans une crise alimentaire. « Je sais que beaucoup sont morts au village », s'est désolée Ubah, la mère de l'un des 1 300 enfants souffrant de malnutrition sévère inscrits dans le programme de MSF à Galcayo au début décembre.

Ces enfants représentent près de la moitié de tous les cas de malnutrition traités dans le cadre du programme en 2008. « Le voyage n'est pas seulement long, mais également coûteux, et beaucoup n'en ont pas les moyens », a également indiqué Ubah.

Les Somaliens ont continué de fuir par dizaines de milliers vers les pays voisins que sont Djibouti, le Kenya et le Yémen. MSF porte assistance aux réfugiés dans ces trois pays, ainsi qu'à Malte et jusqu'à récemment l'Italie.

Dans le nord du Kenya, on estime que 270 000 nouveaux réfugiés somaliens sont venus s'établir en 2009 dans les environs des camps de réfugiés déjà surpeuplés de Dadaab, où chacun doit lutter pour obtenir l'aide la plus élémentaire, comme un accès à la nourriture, à l'eau et à des installations sanitaires.

 

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