Récit de réfugiés syriens - Avec la guerre derrière eux

Une famille de réfugiés syriens vivant dans un garage en Turquie. Juillet 2013
Une famille de réfugiés syriens vivant dans un garage en Turquie. Juillet 2013 ©Anna Surinyach/MSF

Les Syriens qui trouvent refuge dans le sud de la Turquie souffrent de blessures physiques et psychologiques du conflit.

Ahmed Beidun montre un certificat médical. C’est le document qui atteste de la gravité de ses blessures et qui lui a permis de quitter la Syrie et d’être admis en Turquie. Lorsqu’il a eu connaissance de sa situation, un voisin a été touché et lui a proposé un garage pour l’héberger de façon provisoire. « Les Turcs se sont conduits très bien avec nous, dit Ahmed reconnaissant, emmitouflé fans une veste de sport. Le problème c’est que je n’ai pas de pied. Je ne peux pas travailler », explique-t-il pendant que son fils lui fait des caresses.

Un raid aérien sur la ville d’Alep, la principale ville du nord de la Syrie, a changé la vie d’Ahmed. « Trois missiles sont tombés. Mes cousins m’ont emmené à l’hôpital d’Alep, mais il était saturé. J’avais peur des représailles si je me rendais dans un hôpital public car je viens d’un village qui était contrôlé par les rebelles. Finalement, je suis allé dans un hôpital privé syrien et là-bas on m’a amputé un pied ». Après l’opération, Ahmed a pu convaincre sa famille de fuir le pays pour se réfugier à Kilis, dans le sud de la Turquie.

Des tapis, des couvertures et des assiettes s’entassent dans le garage. Une corde avec du linge étendu sépare la zone commune de la cuisine improvisée où se trouvent des récipients en plastique et un réchaud. En attendant de pouvoir rejoindre le camp de réfugiés, c’est le lugubre espace qu’Ahmed a trouvé pour se loger à Kilis, le premier lieu de passage pour de nombreux Syriens qui fuient la guerre vers le nord. Ahmed vit avec sa famille et celle de deux de ses cousins : au total, seize personnes qui s’entassent dans un garage d’à peine cinquante mètres carrés.

Les soins de santé sont un besoin urgent

Plus de 380 000 Syriens ont déjà trouvé refuge en Turquie. La plupart (plus de 350 000) sont enregistrés et peuvent vivre dans les camps de réfugiés installés par le Croissant-Rouge de Turquie. Les autres attendent d’être admis rapidement ou ont décidé de ne pas s’enregistrer car ils préfèrent être libres de leurs mouvements pour se rendre autre part en Turquie. « De nombreuses personnes passent la frontière illégalement. Elles arrivent avec très peu d’argent. Pour elles, il est difficile de trouver un endroit où vivre si elles ne sont pas dans les camps. Les soins de santé sont un besoin urgent », résume Alison Criado-Pérez, infirmière d’une clinique de Médecins Sans Frontières à Kilis fréquentée par de nombreux réfugiés qui survivent hors des camps.

Dans cette clinique, les histoires de patients qui arrivent sans documents parce que leur passeport a expiré ou a été perdu sont nombreuses. « C’est très dangereux. On court le risque de recevoir des coups de feu », explique une jeune syrienne qui est passé entre les oliviers qui peuplent la frontière.
Quelle que soit leur situation économique, les réfugiés assistent à l’effondrement de leur vie passée et font face avec incertitude à leur avenir. « Les affaires marchaient très bien, évoque un Syrien qui tenait une boutique de meubles à Alep et qui a été détruite par un char. Je regrette beaucoup la vie d’avant la guerre », renchérit-il alors qu’il attend que son épouse sorte de la consultation gynécologique de MSF. La vie quotidienne de ce réfugié a radicalement changé : avant le conflit, il voyageait à Istanbul ou à Athènes à la recherche d’inspiration pour le design de minibars et de décorations de chambres ; à présent, il n’a pas de travail. La guerre syrienne a aussi frappé les familles les plus aisées.  

Passer la frontière ne représente pas la fin des souffrances pour les Syriens, mais le début d’un long processus de récupération émotionnelle, en particulier pour ceux qui ont subi de graves blessures ou qui ont laissé un membre de la famille derrière eux. Parmi les réfugiés se trouve une majorité de femmes et d’enfants, ce qui montre bien le grand nombre de familles éclatées qui espèrent ardemment la fin des violences pour reprendre le cours de leur vie. Ils ont besoin d’une prise en charge médicale et psychologique. Sonya Mounir, qui supervise une équipe de psychologues de MSF à Kilis pour les réfugiés syriens, croit que l’avenir constitue la principale motivation pour tous. « Notre objectif est de faire en sorte qu’ils apprennent à gérer leur nouvelle situation, qu’ils gardent espoir, qu’ils aient des idées et des rêves », résume-t-elle.

Ahmed doit mener à bien cette tâche : il doit s’adapter à une vie loin de son pays et ceci après avoir vécu un bombardement. Bientôt il passera du garage à un camp de réfugié aux conditions de vie plus dignes, mais ses béquilles, appuyées contre le mur, rappellent l'épisode traumatique qu’il n’a pas encore surmonté. « Je veux un pied orthopédique », répète-t-il encore et encore. Avec la tête baissée, Ahmed ne sait pas comment répondre à la question sur ce qu’il aimerait faire dans le futur : « Avant je jouais avec mon fils, maintenant je ne peux plus ».

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