Menace sur les génériques : des millions de vies en jeu

Les malades du sida dans les pays en développement sont privés des innovations thérapeutiques qui pourraient leur sauver la vie. MSF refuse la pratique courante des sociétés pharmaceutiques qui commercialisent en Afrique en Asie et en Amérique Latin
©MSF

Principal fournisseur de médicaments antirétroviraux (ARV) génériques, à des prix abordables, pour les malades du sida dans les pays pauvres, l'Inde s'apprête à durcir sa loi sur les brevets pour se mettre en conformité avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Les nouvelles molécules pourraient être protégées contre la copie pour 20 ans. L'accès au traitement des plus pauvres s'en trouverait compromis. Aujourd'hui, sur les 40 millions de séropositifs dans les pays en développement, 6 millions ont un besoin urgent d'ARV. Seuls 12% en bénéficient.

Alors que le Parlement indien s'apprête à discuter de la transposition, dans la loi du pays, de l'accord de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les brevets relatifs aux médicaments, Médecins Sans Frontières demande aux décideurs indiens de s'assurer que les patients dans les pays en développement continueront d'avoir accès à des traitements à des prix abordables. Ainsi, c'est la disponibilité d'antirétroviraux (ARV) génériques indiens peu chers qui a rendu possible la mise sous traitement de malades en Afrique. Les modifications envisagées de la loi indienne de 1970 sur les brevets restreignent drastiquement, voire rendent impossible la production et l'exportation de médicaments indiens vitaux vers d'autres pays en développement.

L'avenir incertain des patients séropositifs

MSF soigne aujourd'hui avec des ARV 25 000 malades du sida dans 27 pays. Parmi ces patients, 70% reçoivent des médicaments génériques indiens. Parce qu'ils sont peu coûteux et simples d'utilisation, ces traitements recommandés par l'OMS ont permis à MSF d'augmenter fortement, au cours des trois dernières années, le nombre de patients traités dans ses programmes. Mais que deviendront ces patients et les centaines de milliers d'autres malades sous ARV dans les pays en développement lorsqu'ils auront besoin de médicaments qui seront alors protégés par des brevets en Inde ? De plus, l'existence de génériques à permis, par le jeu de la concurrence, de faire baisser le niveau général des prix. Qu'en sera-t-il lorsque l'absence de génériques créera des situations de monopole ? Des millions de malades risquent de se trouver dans l'impossibilité d'accéder aux traitements dont ils dépendent pour survivre.

MSF a fait parvenir au Président et au Premier ministre indiens, ainsi qu'à Sonia Gandhi, des courriers leur demandant de veiller à ce que les populations qui dépendent des médicaments génériques indiens - non seulement en Inde, mais aussi dans le monde entier - puissent continuer à en bénéficier.

Dossier spécial accès aux médicaments essentiels

Pour plus d'informations sur les difficultés concernant l'accès aux médicaments essentiels, consultez notre dossier spécial "Menace sur l'accès aux médicaments essentiels"

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