Libye : à Tripoli de nombreux migrants et réfugiés pris au piège de l’aggravation du conflit

Nos équipes présentes à Tripoli avec les personnes présentes dans les centres de détention.
Une conseillère MSF joue et discute avec une jeune fille du centre de détention d'Abu Salim à Tripoli. Avril 2019.  ©Sam Turner/MSF

Médecins Sans Frontières (MSF) est extrêmement préoccupée par le sort des civils à Tripoli, alors que l’aggravation du conflit contraint des milliers de familles libyennes à fuir leurs foyers et à se réfugier chez des membres de la famille ou dans des abris temporaires dans des écoles ou d’autres bâtiments. Pour les plus de trois mille migrants et réfugiés coincés dans des centres de détention qui risquent de se retrouver pris entre deux feux, MSF appelle de toute urgence à ce qu’ils puissent être immédiatement évacués du pays.

Le 17 avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a dénombré 1118 victimes au total, dont 205 morts et 913 blessés. Le personnel et les services de santé sont touchés par des bombardements aveugles et des frappes aériennes quotidiennes, qui se sont accrus ces derniers jours dans les zones plus densément peuplées. Depuis le début du conflit, deux médecins et un conducteur d’ambulance ont été tués, un autre médecin a été blessé et neuf ambulances ont été endommagées ou détruites, toujours selon l’OMS.

 

Des civils vivent sans eau ni électricité depuis plusieurs jours.

Les structures médicales dans et en dehors de Tripoli font état de capacités limitées et de stocks insuffisants ne leur permettant pas de tenir deux semaines. Certains civils vivent sans eau ni électricité depuis plusieurs jours. Pour les plus de trois mille migrants et réfugiés actuellement coincés dans des centres de détention dans ou à proximité des zones de conflit et qui restent exposés au risque imminent de tirs croisés, la fourniture de services basiques, tels que de la nourriture et de l’eau, reste extrêmement limitée - certains étant même privés de nourriture pendant plusieurs jours d’affilée.

En outre, les affrontements ont également eu un impact dramatique sur la santé mentale des personnes en détention. En effet, les équipes de MSF constatent un sentiment d’anxiété et de peur aigu chez de nombreux patients, dont certains ont confié avoir entendu des coups de feu et des frappes aériennes éclater à proximité, alors qu’ils sont coincés dans des centres de détention.

Les équipes médicales de MSF sont présentes sur le terrain depuis le début du conflit, proposant des soins de santé primaire et des services d’urgence d’approvisionnement en nourriture, en eau et de transferts médicaux aux migrants et aux réfugiés détenus dans quatre centres à travers Tripoli. Les équipes ont fourni trois semaines de traitements contre la tuberculose ainsi que d’autres médicaments essentiels aux patients en centres de détention afin de garantir la continuité des soins malgré la poursuite du conflit.

La semaine dernière, les équipes de MSF ont effectué des consultations médicales dans les centres de détention d’Anjila, d’Abou Salim, de Sabaa et de Tadjourah, et procédé à des distributions d’eau potable à Tadjourah. Bien que les membres de la communauté distribuent de la nourriture au centre de détention de Tadjourah, aucune solution permanente n’a été identifiée par les autorités libyennes, ce qui préoccupe particulièrement MSF concernant le bien-être des plus de 600 personnes détenues à l’intérieur.

Dans le centre de détention de Sabaa, outre la fourniture de consultations médicales, les équipes MSF procèdent à des distributions essentielles de rations de nourriture, incluant des légumes frais, qui permettent aux détenus de tenir cinq jours. Ces derniers jours, environ 200 personnes ont été transférées du centre de détention d’Ain Zara, qui se situe à seulement 1,5 kilomètre de la ligne de front, au centre de détention de Sabaa, à 6,5 kilomètres de la ligne de front. Ces nouvelles arrivées ont fait passer la population de Sabaa à près de 540 personnes, aggravant encore la situation et les conditions de vie sur place. Après le transfert la semaine dernière de 150 réfugiés supplémentaires au centre de rassemblement et de départ du HCR, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, le centre de détention d’Ain Zara est désormais supposé vide.

Bien que le nombre de détenus varie quotidiennement dans chaque centre, on compte actuellement 135 personnes dans le centre de détention d’Anjila, qui se situe à 5,5 kilomètre des affrontements. Il y a quelques jours, on dénombrait environ 910 personnes à Abou Salim, à 6,5 kilomètres de la ligne de front. Ce centre de détention devrait être le plus directement touché par les affrontements dans les prochains jours, après le pilonnage du quartier d’Abou Salim durant la nuit du 16 avril. Le HCR procède donc à des transferts pour déplacer les détenus les plus vulnérables d’Abou Salim vers le centre de rassemblement et de départ, mais la capacité sur place ne permet pas de tous les accueillir.

Jusqu’à présent, les équipes médicales de MSF ont également distribué des kits d’hygiène dans différents abris pour familles déplacées qui ont dû fuir leurs foyers, ainsi que des kits pour blessés de guerre (sutures, pansements et médicaments essentiels) à deux hôpitaux, un à Tripoli et un autre dans le sud de la ville.

Les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale doivent être accrues de toute urgence

Les affrontements actuels

- la troisième série en sept mois - sont une nouvelle preuve de l’insécurité qui règne en Libye, malgré les tentatives irrationnelles des gouvernements européens de prétendre le contraire.

Pour les Libyens et non-Libyens cherchant à échapper aux violences, l’une des seules options envisageables reste la traversée de la mer Méditerranée. MSF ne peut vérifier si les départs en mer depuis la Libye ont augmenté depuis le début des combats, mais nous pensons que partir en quête de sécurité n’est pas un crime, mais bien une réponse humaine face au danger de mort que présente le conflit actuel. Toutefois, étant donné l’absence d’opérations de recherche et de sauvetage dédiées en Méditerranée centrale, ces personnes sont autant en danger en mer qu’elles ne le sont dans les zones de combats à Tripoli.

Les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale doivent être accrues de toute urgence, et les personnes secourues en mer doivent être amenées à un port sûr, comme le requiert le droit international. Pour ce faire, les États membres européens doivent immédiatement convenir de solutions pour débarquer les survivants dans des ports sûrs, et mettre fin aux actions punitives empêchant les ONG de proposer une réponse humanitaire efficace en mer.

Pendant que nous suivons de près la situation sur place, nos équipes poursuivent leurs activités en dehors de Tripoli, où elles proposent une assistance humanitaire à plus de 800 personnes détenues de façon arbitraire à Khoms, à Zliten et à Misrata. MSF continue également de mener des consultations médicales à Beni Ulid.

Nous sommes inquiets du sort de plus de 80 patients qui ont été transférés il y a environ deux mois dans un centre de détention à Syrte car nous ne pouvons plus les suivre ni les soigner, et beaucoup souffrent de maladies graves. Tous les transferts médicaux organisés par les équipes de MSF vers les hôpitaux de Tripoli depuis Khoms, Zliten, Misrata, Beni Ulid et Syrte ne sont plus possibles à cause du conflit actuel.

 

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