Iran : le défi de l’observance des traitements par les femmes exclues

Photo Samantha article Iran
Photo Samantha article Iran ©Samantha Maurin/MSF

Comment assurer le suivi régulier des femmes qui vivent en marge de la société et sont exclues des soins ? Dans les quartiers Sud de Téhéran, en Iran, MSF développe un programme à base communautaire pour leur donner accès aux soins et renforcer l’observance des traitements, notamment pour les pathologies chroniques comme le VIH/Sida ou l’Hépatite C.

« Nous n’avons pas de maison ni de travail car les gens voient que nous consommons de la drogue. Quand la clinique MSF est fermée, nous sommes dans la rue, plus personne ne nous écoute ni ne nous soigne. Nous n’avons nulle part où aller », explique la jeune Banu*. Depuis deux ans, dans les quartiers Sud de Téhéran, la capitale iranienne, MSF accueille les femmes exclues pour leur offrir un suivi médical et psychologique adapté, et les accompagner dans leur parcours de soins. Certaines se droguent et ont parfois recours à la prostitution.

Sans domicile ou vivant dans des logements précaires et insalubres, souvent en rupture avec leurs familles et parfois même sans état civil, ces femmes sont stigmatisées et par conséquent – bien qu’éligibles au système de santé et aux programmes nationaux iraniens – elles sont privées d’accès aux soins.

« Elles sont très exposées par leur mode de vie dans la rue et des conditions sanitaires précaires. Or, la majorité des infections, comme le VIH/Sida ou l’Hépatite C, se transmettent soit par les transfusions sanguines soit par des pratiques à risques comme la prostitution ou l’usage de drogues. C’est le cas du VIH/Sida et de l’Hépatite C », précise Ernst Wisse, coordinateur du programme. Parmi elles, certaines présentent des pathologies chroniques dont le traitement représente un véritable défi.

Raha Mortazavi est psychologue au sein de la clinique MSF de Darvazeh Ghar, elle explique que « les hôpitaux refusent des patientes que nous leur référons quand ils découvrent qu’elles souffrent d’Hépatite C ou de VIH/Sida, parce que les traitements coûtent chers ». L'obstacle que constitue le coût des traitements contre l'Hépatite C a été dénoncé par le Dr Mego Terzian, président de MSF, lors de l'assemblée générale de l'association en juin 2014.

Recréer du lien pour rétablir l’accès aux soins

« Le vrai problème est de les faire venir à la clinique », souligne Elham*, travailleuse communautaire, dont le rôle est d’amener les patientes vers l’équipe médicale. « Pour les identifier, nous nous appuyons sur un réseau d’associations. Ensuite, je vais dans leur quartier pour les rencontrer et gagner leur confiance. Car, ce n’est pas du tout naturel pour elles de venir vers la clinique. Elles ont perdu tout contact avec les structures sociales ou collectives. » Le challenge, pour l’équipe MSF, est d’adapter la prise en charge à chaque individu afin de l’aider à suivre un traitement.

Pour ces femmes désocialisées, l’absence de soutien familial ne facilite pas le parcours de soins. Le traitement actuel contre l’Hépatite C dure de quelques mois à plus d’un an et, en agissant sur le système immunitaire, peut provoquer des effets secondaires indésirables très décourageants. Il est donc particulièrement difficile d’adhérer au traitement sans un accompagnement personnalisé et adapté.

Les travailleurs communautaires comme Maryam sont au cœur de la réussite de ce projet. Ayant eux-mêmes parfois vécu l’exclusion, ils connaissent les difficultés de celles qui sont dans la rue. C’est le cas de M**. « C’est la première femme séropositive au VIH/Sida que nous ayons suivie dans la clinique, explique Ernst Wisse. Déjà, en tant que patiente, elle aidait les autres. Elle les rassurait, répondait à leurs questions… Puis elle nous a proposé de nous rejoindre comme volontaire et elle m’a convaincu que nous pourrions créer un groupe de « pairs » pour entrer en contact avec les exclues. Alors nous l’avons formée et, aujourd’hui, elle est l’une de nos travailleuses communautaires. Elle fait un super boulot ! »

* Le nom a été changé pour préserver son anonymat.
** Pour des raisons de confidentialité M. n’a pas souhaité donner son nom.

Chiffres clefs

+ de 1 300 patients suivis sur l’année

+ de 10 000 consultations par an

À lire aussi