Irak : à Hawija, soigner la population après trois années de siège

Un travailleur de santé MSF conduit une session d'information sur les maladies non transmissibles dans la salle d'attente du centre de santé d'Hawija. 2019. Irak.
Un travailleur de santé MSF conduit une session d'information sur les maladies non transmissibles dans la salle d'attente du centre de santé d'Hawija. 2019. Irak.   ©MSF

Dans le nord de l’Irak, Hawija est l'un des derniers bastions du groupe État islamique à être tombés, en octobre 2017, à la suite d’une offensive militaire des forces irakiennes et de leurs alliés. Depuis, les équipes MSF y soignent la population locale, notamment les personnes atteintes de maladies chroniques.

Ahmed [1], 35 ans, attend avec sa soeur Zainab dans une salle bondée du centre de santé primaire de Hawija, une ville située dans le gouvernorat de Kirkouk, à 140 kilomètres au sud d’Erbil. Ils y ont amené leur mère, qui souffre d’hypertension et attendent l’avis du médecin. Dans ce centre, MSF propose des consultations médicales et des soins aux personnes souffrant de pathologies chroniques, telles que le diabète, l’asthme et les maladies cardiovasculaires.

La famille vit dans un village de la région d’Al Riyadh, non loin de Hawija – un district qui est resté sous le contrôle de l’organisation État Islamique (EI) pendant plus de trois ans et a subi un long siège. Une offensive militaire des forces irakiennes et alliées a chassé l’EI hors du secteur de Hawija en octobre 2017, laissant derrière elle une région détruite.

L'offensive militaire terminée, de nombreux habitants qui avaient fui la région rentrent chez eux. Les tensions sociales et la résurgence d'épisodes de violence dans la région freinent cependant le retour de la population déplacée. L'insécurité persiste notamment le long de l'autoroute, qui est parsemée de postes de contrôle militaires.

Un bâtiment détruit à proximité du centre de santé d'Hawija. 2019. Irak. 
 © MSF
Un bâtiment détruit à proximité du centre de santé d'Hawija. 2019. Irak.  © MSF

« La situation s’est améliorée, mais il y a toujours le couvre-feu la nuit, explique Ahmed. Il y a deux jours, ma mère a fait de l'hypertension et j’ai voulu l'emmener à l'hôpital, mais je n'ai pas pu à cause du couvre-feu. Je l'ai amenée ici aujourd'hui parce qu'on m'a dit qu’il y avait un centre de santé à Hawija et qu’on pouvait l'aider. »

Le jeune homme raconte sa fuite à travers les montagnes : « Quand l’EI contrôlait le district, il était très difficile de trouver des médicaments. Une boîte de paracétamol pouvait coûter jusqu'à 25 000 dinars (environ 21 dollars) [2]. La vie était dure, mais s'enfuir l'a été encore plus. Les montagnes étaient jonchées de mines et d'explosifs. Plusieurs membres de ma famille sont morts en tentant de fuir par ces montagnes. Je suis resté auprès de ma mère parce que son état de santé est fragile et pour protéger la maison. Le reste de ma famille a réussi à s’enfuir. On aurait pu se faire exécuter pour ça. »

L’offensive militaire a occasionné des destructions importantes, et les structures de santé n'ont pas été épargnées par les combats. Selon le ministère de la Santé irakien, 35 % des centres de santé primaire du gouvernorat de Kirkouk ne sont pas opérationnels, ce qui entraîne des besoins médicaux élevés.

Un infirmier lors d'une consultation avec un patient affecté par une maladie chronique, dans le centre de santé d'Hawija. 2019. Irak. 
 © MSF
Un infirmier lors d'une consultation avec un patient affecté par une maladie chronique, dans le centre de santé d'Hawija. 2019. Irak.  © MSF

Pour permettre aux habitants d'accéder aux soins dont ils ont besoin, MSF a commencé à travailler à Hawija en décembre 2017. Dans un premier temps, les équipes de MSF ont été déployées dans le sous-district d'Abassi, où elles ont proposé des traitements contre les maladies non transmissibles et fourni de l'eau potable aux personnes revenant s’installer dans la région. Puis, en avril 2018, les équipes ont commencé à soutenir le centre de santé primaire et l'hôpital public de Hawija.

« Il y a un besoin urgent de traitements contre les maladies chroniques, car les médicaments sont rares dans les hôpitaux, et les gens n'ont pas les moyens d’en acheter, explique Gheda Jasim, infirmière MSF travaillant à Hawija. Nous recevons des patients qui souffrent de maladies chroniques telles que l'hypertension artérielle, le diabète, l'asthme, l'épilepsie et les maladies cardiaques. Nos services sont essentiels pour eux. »

Mahmoud, cinq ans, vient du village d'Al Shajara, situé à 18 kilomètres de Hawija. Diagnostiqué diabétique à l'âge de deux ans, il est, depuis quelques années, privé des soins dont il a besoin en raison du manque de structures de santé fonctionnelles et de l'insécurité dans le district. Aujourd'hui, il se rend une fois par mois à la clinique de MSF à Abassi pour consulter un médecin et recevoir son traitement.

En 2018, plus de 1 580 patients atteints de maladies chroniques ont été pris en charge par le centre de santé primaire de Hawija et plus de 1 820 personnes ont suivi des séances de sensibilisation portant notamment sur les maladies chroniques, la santé sexuelle et reproductive et les maladies endémiques.

 


[1] les noms des patients ont été modifiés.

[2] Actuellement, le prix moyen d’une boîte de paracétamol en Irak est de 500 dinars (environ 0,40 dollar).

À lire aussi