Donner aux réfugiées syriennes en Irak un lieu sûr où accoucher

Le petit Mohammad né dans le camp de Domiz en Irak.
Le petit Mohammad, né dans le camp de Domiz, en Irak. ©Sacha Myers/MSF

En 2013, MSF a débuté un projet de santé sexuelle, reproductive et maternelle dans le camp de réfugiés de Domiz, situé au sud de la ville de Dohuk. Initialement lancé pour proposer des soins prénataux et des services de planning familial, le projet a été étendu en 2014 afin d’inclure une unité de maternité complète dotée d’une salle d’accouchement opérationnelle 24h/24, d’un service de triage et d’un service gynécologique. Ce projet a été transféré à la direction de la Santé de Dohuk en novembre dernier.

Abla Ali, sage-femme, s’accroupit dans la tente. Elle est désespérée. L’épaule du bébé est coincée et la mère est en phase de travail depuis plusieurs heures déjà. Ne disposant d’aucun équipement ni d’aucune aide extérieure, Alba doit se contenter de ses deux mains. Elle réunit alors toutes ses forces et parvient à extraire le bébé.

C’était en 2013, Abla venait tout juste d’arriver au camp de réfugiés de Domiz, dans le nord de l’Irak. Elle a fui la Syrie avec sa famille quand les combats ont commencé dans leur ville. La maison d’un de leurs voisins a été bombardée et s’est effondrée, tuant tous ses occupants.

Abla explique qu’ils ont beaucoup de chance de s’en être sortis, mais que la vie dans le camp était difficile. « Le camp ne disposait pas des services les plus basiques – pas de toilettes, pas d’eau courante, se souvient-elle. Il faisait froid, il pleuvait, nous avions du mal à nous imaginer vivre dans une tente. »

Ayant suivi une formation de sage-femme en Syrie, Abla a tout de suite commencé à travailler dans le camp. Elle devait aider les femmes à accoucher dans leur propre tente car il n’y avait pas d’hôpital à proximité. La situation était à peu près gérable, sauf en cas de complications.

« J’étais toujours très inquiète lorsqu’une femme présentait des complications durant l’accouchement, comme lorsque l’épaule du bébé s’est coincée, explique Abla. Je faisais de mon mieux avec les ressources dont je disposais. »

Abla Ali, sage-femme syrienne. © Sacha Myers/MSF

Abla Ali, sage-femme syrienne. © Sacha Myers/MSF

Beaucoup de choses ont changé depuis au camp de réfugiés de Domiz, qui compte aujourd’hui plus de 30 000 réfugiés syriens. Les conditions de vie se sont améliorées. Des maisons en béton avec toits en tôle ont remplacé les tentes, des cafés improvisés servent des plats chauds typiquement syriens et des magasins de tapis exposent leur marchandise au bord des routes poussiéreuses.

En outre, les femmes ne sont plus contraintes d’accoucher dans leurs tentes, à même le sol. MSF a construit une maternité où les femmes peuvent donner naissance en toute sécurité et bénéficier de soins avant et après l’accouchement.

Shorash, 29 ans, est la première mère à avoir accouché à la maternité. Elle a fait l’honneur aux sages-femmes qui l’ont assistée de choisir le nom de son enfant : Isla. Depuis, Shorash a également donné naissance à Shifa au sein de cet établissement. « Mes voisins m’ont parlé de cette maternité, et un membre de MSF nous a rendu visite pour nous informer de la mise en place prochaine d’une nouvelle unité », explique-t-elle.

« Ils ont effectué des examens et un suivi avant, pendant et après mon accouchement. C’était essentiel pour moi car je voulais être sûre que l’enfant était en bonne santé. »

Le camp de Domiz en novembre 2017 © Sacha Myers/MSF

Le camp de Domiz en novembre 2017 © Sacha Myers/MSF

Depuis quatre ans, l’équipe de MSF a mis au monde plus de 3 400 bébés et effectué plus de 27 400 consultations gynécologiques. Abla a d’abord rejoint la maternité en tant que sage-femme, avant de devenir superviseur en santé sexuelle et reproductive. Elle a également accouché de son propre enfant au sein de la maternité.

« Nous fournissons à ces femmes des services de qualité, des soins complets, du début de la grossesse à la naissance, explique-t-elle. Les femmes se sentent à l’aise ici car le personnel est syrien et vit également dans le camp. »

« Ce que je préfère dans le travail de sage-femme, c’est la relation que nous entretenons avec les mères. Elles m’abordent dans le camp et disent à leurs enfants : "Voici Abla, c’est une excellente sage-femme, c’est elle qui t’a donné naissance". »

À lire aussi