Covid-19 dans le nord-ouest syrien : l’impossible confinement des populations déplacées

Vue du campement d'Abo Obeidah à Deir Hassan. Mars 2020. Syrie.
Vue du campement d'Abo Obeidah à Deir Hassan. Mars 2020. Syrie. © Abdul Majeed Al Qareh

Depuis le 6 novembre, les populations du nord-ouest de la Syrie sont soumises à des mesures de confinement pour lutter contre la propagation de la Covid-19. Alors que l’épidémie progresse dans la région, se prémunir contre le coronavirus est quasi impossible pour les centaines de milliers de déplacés qui vivent dans des camps.

« Je sais que sortir de chez moi est risqué à cause du coronavirus, mais je n'ai pas le choix, explique Kamal Adwan, 25 ans, qui vit dans un camp pour personnes déplacées dans le nord-ouest de la Syrie. Le virus me fait peur mais je ne peux pas laisser ma famille sans nourriture. » Kamal est le seul soutien d’une famille de 15 personnes. Ils ont fui leur ville natale de Hama en février 2019 pour échapper aux bombardements.

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« Lorsque nous avons entendu parler du coronavirus pour la première fois, nous pensions que c'était une rumeur, ou rien de plus que la grippe saisonnière, détaille Kamal. Maintenant, je sais que ce virus n'est pas une blague et qu'il m'affecte directement. »

On compte désormais plus de 7 000 personnes positives à la Covid-19 dans la région, alors que le premier cas n’a été détecté dans le nord-ouest syrien qu’en juillet 2020. Un chiffre qui indique une progression certaine du virus, sans toutefois donner une réelle idée de l’ampleur de sa propagation. En effet, les trois laboratoires opérationnels dans la région ne peuvent réaliser que 1 000 tests Covid-19 par jour. On compte quelque 2,7 millions de personnes déplacées dont 1,5 million vivent dans des camps, dans lesquels le risque de transmission du virus est très élevé et le respect des gestes barrières est impraticable.

Un médecin MSF prend la température d'un patient avant qu'il entre dans un centre MSF pour la gestion de la Covid-19. Syrie. 2020.
Un médecin MSF prend la température d'un patient avant qu'il entre dans un centre MSF dédié à la gestion de la Covid-19. Syrie. 2020.  © MSF

Oum Firas, 39 ans, est dans une situation similaire à celle de Kamal. Elle est le seul soutien de sa famille, après que son mari a été gravement blessé lors d'une frappe aérienne qui a touché leur maison il y a plus d'un an, le laissant à moitié paralysé et incapable de travailler.

« J'ai arrêté de sortir de ma tente pour me protéger et protéger ma famille, dit-elle. Mais parfois je suis obligée d'aller chercher du travail. J'ai toujours peur d'attraper le virus mais je n’ai pas le choix. » Les enfants d’Oum Firas sont également affectés par la propagation du coronavirus : on demande désormais à ses trois filles scolarisées de venir en classe avec un masque, hors de prix pour la famille. 

« L'enseignant demandait à mes filles de mettre un masque. Qu’est-ce qu’elles pouvaient répondre ? lance Oum Firas. Je n'ai jamais acheté de masque. Je peux à peine acheter du pain. Alors quand je vais faire les courses, je choisis toujours le pain. »

Oum Ahmed, 40 ans, ne peut pas travailler, en raison d’une insuffisance rénale. La situation économique de sa famille s’aggrave de jour en jour et elle a de plus en plus de mal à payer le savon et les détergents nécessaires pour se protéger un minimum contre la Covid-19.

Vue d'un camp pour personnes déplacées dans le nord-ouest de la Syrie. 2020.
Vue d'un camp pour personnes déplacées dans le nord-ouest de la Syrie. 2020.  © MSF

« Il y a encore des choses que nous pouvons faire pour éviter d'attraper le virus, dit Oum Ahmed. J’ai arrêté de sortir le plus possible et j’évite de côtoyer d’autres personnes. Cela me protège, moi et ma famille. Mais je ne peux pas interdire à mes enfants de jouer dehors avec les autres enfants. Ils sont jeunes, ils ont besoin de jouer et notre tente est très petite. Je comprends que c'est un risque, mais comment faire autrement ? »


Le camp dans lequel vit Oum Ahmed accueille une cinquantaine de familles, qui se partagent un seul réservoir d'eau et trois blocs sanitaires. « Il est impossible de se laver les mains régulièrement dans le camp sans se mettre en danger », déplore-t-elle. Récemment, elle a reçu un kit d'hygiène, contenant du savon, des détergents et des seaux, de la part des équipes de Médecins Sans Frontières, qui procèdent régulièrement à des distributions dans les camps de personnes déplacées de la région.

Après des années de conflit, le système de santé du nord-ouest de la Syrie est confronté à de nombreux défis pour faire face à l'épidémie de Covid-19. Il n'y a que neuf hôpitaux dédiés au coronavirus et seulement 36 centres d'isolement et de traitement fournissent des soins de base aux patients présentant des symptômes légers. Trop peu pour les quelque 4 millions d’habitants de la région. 


« La province d'Idlib est devenue comme une immense prison : les gens ne peuvent pas se déplacer vers le Sud ou le Nord, et ils sont coincés ici au milieu, indique Hassan, responsable logistique pour MSF. Ils sont persuadés que le virus les atteindra eux et leurs familles à un moment donné. Ils espèrent seulement que cela ne les atteindra pas tous à la fois. Le système de santé n’est pas en capacité de traiter un grand nombre de patients Covid-19 en même temps et ils le savent. »

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