Coronavirus, l’argument de trop du gouvernement américain pour renvoyer les demandeurs d’asile

Migrants and Refugees in Mexico shelters
Une carte du Mexique présentant les routes menant aux Etats-unis est peinte sur le mur de l'un des refuges pour migrants, au Mexique. ©Juan Carlos Tomasi

Face au coronavirus, la décision du gouvernement américain de bloquer les procédures d'asile et de fermer la frontière entre les États-Unis et le Mexique menace la santé et la sécurité de milliers de personnes. Depuis le 21 mars, les équipes MSF sont témoins de déplacements forcés systématiques de migrants et de demandeurs d'asile centraméricains renvoyés des États-Unis à Matamoros au Mexique.

L'aspect systématique de ces déplacements forcés est particulièrement inquiétant, d’autant plus qu’ils sont mis en œuvre sans plan d’urgence et sans considérer les impacts sanitaires et humanitaires.

« Utiliser le coronavirus comme argument pour échapper aux obligations internationales envers les réfugiés et les migrants est inacceptable et contre-productif en termes de contrôle de la pandémie », explique le Dr Isabel Beltrán, coordinatrice médicale pour MSF au Mexique et en Amérique centrale. « Ce type de mesures est inutile et disproportionnée car elles discriminent et stigmatisent une partie de la population qui n’a de fait aucun accès à un système de protection ».

Les mesures de santé publique fonctionnent lorsqu'elles protègent l’ensemble de la population, dont les populations vulnérables comme les migrants. Les politiques migratoires américaines mises en œuvre par le Mexique (plus connues sous le nom de protocole de protection des migrants) mettent en danger la vie de ceux qui sont forcés d'attendre le traitement de leur demande d'asile au Mexique, où ils sont sans ressources et confrontées à de multiples violences dont celles des gangs armés. Leur vulnérabilité est décuplée avec la propagation du coronavirus.

MSF répond aux besoins des personnes migrantes à Matamoros, à la frontière entre le Mexique et les Etats-unis.
MSF répond aux besoins des personnes migrantes à Matamoros, à la frontière entre le Mexique et les Etats-unis.

« Nous avons augmenté nos activités médicales à Matamoros en raison du manque de soins à l'intérieur du camp, où vivent environ 2 000 demandeurs d'asile. Malgré ces efforts, il est impossible de mettre en œuvre correctement des mesures de prévention des infections, telles que la désinfection des espaces publics, le lavage fréquent des mains et la distanciation sociale, dans un endroit où des familles entières dorment ensemble dans une seule tente », explique Isabel Beltrán.

Les gouvernements américain et mexicain ont la responsabilité d'assurer la fourniture de mesures de mitigation et de soins médicaux complets, en particulier aux personnes vivant dans des conditions dangereuses, comme les migrants et les demandeurs d'asile, et d’autant plus en période de pandémie.

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