Combattre la rougeole en Somalie : un défi difficile à relever

Vaccination contre la rougeole dans un camp de Mogadiscio août 2011
Vaccination contre la rougeole dans un camp de Mogadiscio, août 2011 ©MSF

Aujourd’hui, en Somalie, la rougeole est une des principales menaces qui pèse sur des dizaines de milliers d’enfants malnutris et vulnérables. Dans les camps surpeuplés où les taux de malnutrition sont élevés et les niveaux d’immunité faibles, la maladie se propage rapidement.

La rougeole se manifeste généralement par une fièvre, le nez qui coule et de la toux. Puis vient une éruption cutanée. Pour les enfants qui ne sont pas vaccinés, ces symptômes sont très inquiétants.

Un cercle vicieux

En Somalie, Médecins Sans Frontières mène treize projets de traitement de la malnutrition. Près de 5 500 enfants malnutris reçoivent des aliments thérapeutiques, en ambulatoire, tandis qu’un peu plus de 500 enfants souffrant de la malnutrition et en plus de complications médicales sont hospitalisés dans huit centres nutritionnels thérapeutiques (CNT).

« La rougeole est une maladie qui se propage dans l’air et les conditions de vie dans les camps surpeuplés favorisent les épidémies. Les enfants malnutris âgés de moins de cinq ans sont les plus vulnérables. Ils se retrouvent piégés dans un cercle vicieux où malnutrition et rougeole attaquent leurs défenses immunitaires déjà affaiblies et génèrent des complications médicales comme la pneumonie ou la diarrhée. La priorité dans ces situations d’urgence est de vacciner contre la rougeole et de traiter rapidement tous les cas que l’on peut détecter, » explique le Dr Susan Shepherd, spécialiste de la malnutrition.

Un grand nombre de cas de rougeole  

Les projets que MSF mène en Somalie ont permis de dépister un nombre important de cas de rougeole : 3 049 depuis janvier dernier. Le nombre de cas a particulièrement augmenté avant que ne commence la crise nutritionnelle. De mai à septembre, en seulement quatre mois, 2 132 cas au total ont été enregistrés, soit 70% du nombre de cas annuel. Dans le district de Hodan, plus de 50% des enfants sévèrement malnutris hospitalisés dans un des trois CNT de Mogadiscio ont également la rougeole. Ces derniers sont isolés afin d’éviter toute contamination. Les équipes MSF basées dans le Sud du pays ont également constaté une flambée de rougeole à Marere où elles s’efforcent de contenir l’épidémie et de soigner les malades. Tous les programmes de Mogadiscio ont eux aussi rapporté des cas de rougeole aussi bien dans les CNT que dans les services de consultation médicale.

Pour MSF, il est essentiel que, dès leur premier contact avec nos équipes mobiles, les patients présentant des symptômes de la rougeole soient rapidement référés pour recevoir un traitement permettant de prévenir d’éventuelles complications comme des infections respiratoires.

Les séquelles de la guerre, les conflits internes, l’absence de développement et l’effondrement du système sanitaire somalien font que le taux de couverture vaccinale y est extrêmement bas, il serait de 30% selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Cela est particulièrement préoccupant et de fait, nos équipes soignent des enfants plus âgés et des adultes souffrant de la rougeole qu’elles ont réussi à identifier.  

Stopper la rougeole : difficile mais faisable

Depuis juillet dernier, malgré les difficultés, les contraintes et les préoccupations liées à la sécurité de nos équipes médicales, MSF a vacciné plus de 50 000 enfants contre la rougeole, principalement dans le cadre d’activités périphériques et de vaccinations à petite échelle.

Mettre en oeuvre une campagne de vaccination de masse, la solution qui s’impose pour lutter contre une épidémie, n’est pas chose aisée dans un contexte d’insécurité comme la Somalie. Il faut plusieurs équipes de vaccination, chaque équipe comptant jusqu’à dix personnes qui doivent être recrutées, formées, équipées et déployées, ce qui implique un support logistique important et notamment le maintien essentiel de la chaîne de froid.

Mener une telle opération en Somalie aujourd’hui est compliqué. MSF doit mener de longues négociations avec des responsables locaux, des autorités et même des groupes armés - qui contrôlent certaines zones du centre et du Sud du pays – pour pouvoir mener les campagnes de vaccination qui pourraient sauver des milliers de vies. Mais cela n’est pas tout. Dans ce pays qui est l’un des endroits les plus difficiles au monde où apporter une aide médicale humanitaire, il faut aussi négocier pour des choses plus simples comme embaucher du personnel ou louer des véhicules…

Depuis 1991, MSF travaille de manière continue en Somalie et fournit actuellement des soins médicaux gratuits dans huit régions. Plus de 1 400 Somaliens, soutenus par environ 100 autres personnes basées à Nairobi, dispensent des soins de santé primaire, de chirurgie, de traitement de la malnutrition et viennent aussi en aide aux personnes déplacées (soins médicaux, approvisionnement en eau, distributions de biens de première nécessité) dans neuf localités du sud et du centre du pays. MSF apporte également une aide médicale aux Somaliens réfugiés au Kenya et en Ethiopie.

Dossier spécial rougeole

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