Campagne paludisme : soigner malgré les conditions précaires

Clinique mobile MSF RDC
Clinique mobile MSF, RDC ©MSF

Chaque année, la saison des pluies provoque un pic de paludisme dans la région d'Akuem. Pour soigner les malades dans les villages isolés, Médecins Sans Frontières envoie des équipes mobiles à vélo. Les traitements utilisés, les ACT, guérissent les patients en trois jours. Un progrès très net, puisque avant, le médicament utilisé dans la région était la chloroquine, inefficace dans 95% des cas.

Il n'est pas encore 7h30 ce mardi matin et déjà une trentaine de personnes se serrent dans l'ombre du seul arbre d'une clairière de la commune de Malek, dans le Bahr El Ghazal. C'est là que vont se dérouler les consultations organisées par Médecins Sans Frontières pour soigner les malades atteints du paludisme. Pour la deuxième année consécutive, un dispositif d'équipes mobiles à vélo a été mis en place, pour la durée du pic de paludisme qui survient lors de la saison des pluies, afin que les malades dans les villages isolés de la région d'Akuem puissent bénéficier d'un traitement efficace.

"Chaque lundi c'est le même rituel, explique Jeff, le superviseur de la campagne paludisme. Distribution des sacs remplis du kit de dépistage et de traitement du paludisme, briefing de chacune des équipes, distribution de la ration hebdomadaire de biscuits protéinés et de thé, réparation des vélos. Tout ça prend pas mal de temps." En fin de matinée, les quatre équipes peuvent enfin prendre la route. Cette semaine, Joseph, Lino et Peter, le chef d'équipe, sont envoyés à Malek, à un peu plus de trois heures de vélos d'Akuem.

Soigner en conditions précaires

Le lundi est consacré au trajet et à la rencontre des autorités locales. "Nous allons voir le chef du village et il envoie aussitôt des crieurs à travers la campagne pour avertir la population du lieu et des horaires de nos consultations", raconte Peter. Pendant la campagne paludisme, les équipes mobiles sont logées chez l'habitant. Cette fois-ci, c'est un tukul (hutte traditionnelle) au toit pas encore achevé qu'on leur a attribué. Joseph et Lino préfèrent installer leur moustiquaire à la belle étoile.

Le lendemain matin, avant de pouvoir se mettre au travail, Joseph doit improviser une table à l'aide de quatre bouts de bois fichés dans le sol sablonneux et d'une grande planche dégotée chez la famille voisine. Une anecdote qui illustre bien les conditions précaires dans lesquelles les équipes mobiles doivent travailler. Vers 11 heures, une grosse averse de saison des pluies complique un peu la donne. Plus question de travailler en plein air. Joseph et Lino se réfugient dans un tukul trop sombre pour réussir à lire les résultats des tests de dépistage. Peter tente de poursuivre les consultations à l'abri de l'arbre, mais c'est vite intenable.

Du coup, un tukul qui tombe en ruine est réquisitionné. Les patients s'entassent dans les huttes pour échapper aux gouttes, et l'équipe a bien du mal à continuer son travail dans cette confusion. Heureusement, la pluie ne dure pas et, malgré les grandes flaques, Peter, Lino et Joseph peuvent poursuivre leur travail dehors.

Diagnostic clinique, dépistage et traitement

L'équipe est rodée et les rôles sont bien répartis. Peter reçoit les patients en consultation, Lino fait les tests de dépistage, et Joseph distribue les médicaments. Le rôle de Peter est crucial, car son diagnostic clinique va permettre d'opérer un premier tri parmi les patients venus consulter. Ceux qui, en plus de la fièvre, présentent au moins un autre symptôme du paludisme (gonflement de la rate, anémie, maux de tête, etc.) seront testés avec un Paracheck®. Ne faire un test qu'aux personnes susceptibles d'avoir contracté le paludisme est avant tout une question d'efficacité médicale. Mais c'est aussi du bon sens économique, puisque les Parachecks® coûtent chers (environ 70 centimes d'euros l'unité.

Le taux de tests positifs est un bon indicateur pour savoir si le diagnostic clinique a bien joué son rôle de filtre. Aujourd'hui, c'est un peu particulier, car Jeff, le superviseur de la campagne paludisme, et Ruth, la responsable de la santé materno-infantile à Akuem, tous deux infirmiers diplômés et expérimentés, sont venus observer le travail de l'équipe et assistent Peter, qui n'a d'autre formation que celle reçue à MSF. "Nous leur donnons des petits trucs pour aboutir à un diagnostic plus sûr", explique Jeff. Du coup, ce jour-là, le taux de tests positifs frôle les 90%, alors qu'il oscille d'habitude entre 60 et 70%.

La dernière étape, pour les malades dépistés, est l'administration du traitement. Pour être certains que les patients respectent bien la prescription, la première prise doit impérativement se faire sous l'oeil de l'équipe MSF. C'est Joseph qui se charge d'adapter la posologie à l'âge et à l'état de santé des patients. Comprimés à avaler pour la majorité, comprimés écrasés et dilués dans l'eau pour les plus jeunes, injection pour les cas sévères.

Guérir en trois jours : un progrès visible

Depuis l'année dernière, pour soigner le paludisme autour d'Akuem, les médicaments utilisés par les équipes MSF sont des ACT, c'est-à-dire une combinaison thérapeutique à base d'artémisinine, une plante médicinale chinoise. Etalé sur trois jours seulement, ce traitement est facile à prendre et très rapidement efficace. C'est donc un net progrès par rapport au médicament jusqu'ici utilisé par les populations autour d'Akuem, la chloroquine, inefficace chez près de 95% des malades dans cette région.

"C'est la cinquième fois que j'attrape le paludisme, mais c'est la première fois que je suis soignée avec des ACT", explique Ajur, une jeune femme qui tient dans ses bras Ajou Garang, son fils de deux ans qui a lui aussi contracté le paludisme. Les patients sont bien conscients de la différence. "On guérit plus vite", témoigne Angony Ding. Il a beau avoir tout juste quinze ans, Angony a déjà attrapé le paludisme à plusieurs reprises. Et les fois précédentes, traité à la chloroquine, il était resté cloué au lit par de fortes fièvres pendant plusieurs semaines. Et encore, il a eu de la chance de se remettre, puisqu'en l'absence de traitement, le paludisme simple peut dégénérer en paludisme sévère, susceptible d'entraîner la mort des patients, notamment des enfants de moins de cinq ans.

À lire aussi