Fonds d’urgence COVID-19

Donnez à nos équipes les moyens de faire face à l’épidémie et à ses conséquences sur nos terrains d’intervention.

Je donne

Bande de Gaza : Embargo sur la santé

Bande de Gaza janvier 2009
Bande de Gaza, janvier 2009 © Bruno Stevens/Cosmos

En juin 2007, le Hamas prend le contrôle de la bande de Gaza. L\'accès se restreint, le blocus israélien est instauré et quelques pénuries émergent, notamment en matériel chirurgical, en équipements spécialisés et en médicaments. En janvier 2008 : suite à des tirs de roquettes palestiniennes sur Israël et aux opérations militaires israéliennes de représailles, l‘embargo est renforcé.

Tous les points de passage sont fermés au carburant et aux marchandises. Le point de passage des personnes d'Erez n'est ouvert que pour les internationaux (travailleurs humanitaires et journalistes) et pour les transferts médicaux urgents. Cette fermeture aggrave une situation déjà très dégradée, notamment dans le secteur de la santé.

Pénuries médicales critiques et retard de soins. En contact régulier avec les hôpitaux, nos équipes constatent que les stocks pharmaceutiques souffrent des pénuries critiques, que la chirurgie programmable n'est plus possible et que les centres de soins de santé primaires doivent réduire leurs activités. Fin janvier 2008, environ deux tiers du mur métallique séparant l'Egypte de la bande de Gaza sont détruits à l'explosif. Des centaines de milliers de Palestiniens traversent la frontière afin de s'approvisionner dans les magasins égyptiens.

La pénurie de fuel a des conséquences. Début 2008, seuls trois hôpitaux de Gaza ont reçu un approvisionnement suffisant pour alimenter leurs groupes électrogènes. Lors des coupures de courant, le fonctionnement des services est limité aux unités de soins intensifs, aux urgences et aux blocs opératoires. Les arrivées de médicaments sont elles aussi très aléatoires. Les stations de pompage ne fonctionnent que sporadiquement et environ 50% de la population n'a plus accès à l'eau potable.

MSF pâtit de ces restrictions de carburant. En avril 2008, nos équipes doivent limiter leurs déplacements, un cinquième des visites à domicile de nos équipes de soins de réhabilitation ne peuvent plus être assurées. Nos autres patients ont du mal à rejoindre nos structures de santé.

Les entrées aléatoires de carburant entravent encore aujourd'hui l'alimentation et le bon fonctionnement de l'unique centrale électrique de Gaza encore fonctionnelle depuis « Plomb durci ». Les coupures de courant sont fréquentes et durent de 8 à 12 heures. Pour y pallier, la population s'équipe de groupes électrogènes, de bouteilles de gaz de contrebande, de bougies et de lampes à pétrole : autant de sources d'accidents domestiques graves dont les victimes sont souvent les enfants.

Un cumul de facteurs aggravants. En mars, L'offensive militaire israélienne « Hiver chaud » est lancée. Elle fera environ 120 morts et 360 blessés. Du fait des pénuries de carburant, les ambulances ont du mal à circuler. Si les problèmes d'approvisionnement ne sont pas un fait nouveau, ce pic de violence accroît encore la pression qui pèse sur des structures de santé déjà affaiblies. Alors que cette crise est largement reprise dans les médias et dénoncée par l'ensemble de la communauté internationale et des ONG, MSF rappelle que cette détérioration n'est pas nouvelle et qu'elle résulte du cumul de plusieurs facteurs, politiques et économiques.

Les destructions matérielles consécutives à l'offensive militaire israélienne « Plomb durci » de décembre 2008 - janvier 2009 sont massives. Mais là encore, l'embargo interdit toute entrée de matériel de reconstruction et limite l'approvisionnement alimentaire et médical. Le délabrement du secteur sanitaire s'en trouve aggravé.

Depuis 2006 et à plusieurs reprises, MSF a dénoncé les conséquences sanitaires et économiques de cet embargo et a exprimé sa préoccupation quant aux répercussions de ce blocus sur une population déjà très éprouvée par des années de conflit. Si actuellement on constate, sur le terrain, un allègement de cet embargo*, des difficultés persistent. En effet, donations financières et matérielles provenant de l'étranger parviennent aujourd'hui sur Gaza. Les hôpitaux se (re)construisent et les structures de santé locales ont été récemment approvisionnées en matériel médical de pointe et en médicaments. Mais les restrictions aux entrées et sorties des personnes et des biens persistent. Les pièces détachées nécessaires à la maintenance de ce matériel ne rentrent pas. Le personnel soignant ne peut toujours pas quitter Gaza pour bénéficier des formations et des remises à niveau nécessaires, notamment pour le bon usage de ces machines sophistiquées. Encore 25% des malades présentant des pathologies particulières et ne pouvant pas être soignés à Gaza, faute de personnel formé ou de matériel spécialisé, se voient refuser leur demande de référence, pour raisons médicales, à l'étranger. Quatre ans après sa mise en place, l'embargo a encore des conséquences humanitaires, médicales et sanitaires dans la bande de Gaza. En proposant des réponses à certaines nécessités médicales spécifiques et en permettant un transfert de compétences récentes de notre personnel expatrié vers le personnel sanitaire palestinien, la présence d'une ONG médicale internationale comme MSF permet aujourd'hui de pallier certains aspects de cet enfermement médical.

* Allègement consécutif à l'abordage par l'armée israélienne de la flottille « free Gaza » dont l'objectif était de briser le blocus, le 31 mai 2010. 


Jean-Luc Lambert, chef de mission, en 2009

Il est vraiment urgent aujourd'hui de lever le blocus. Tout manque, y compris les livres ou les crayons. Hôpitaux et écoles n'ont plus ni fenêtres ni toits. Tout doit être reconstruit : les maisons, les structures de santé, les infrastructures publiques... Ensuite la population pourra à son tour se reconstruire, physiquement et psychologiquement. »

Dr Rony Brauman, ancien président de MSF et directeur d'études au CRASH

L'énergie électrique qui arrive à Gaza diminue constamment et régulièrement. Cela a des conséquences énormes sur le fonctionnement des groupes électrogènes, des pompes à eau, de l'évacuation des déchets, de l'alimentation des équipements publics, des hôpitaux... »

Dr Annette Heinzelmann, responsable des programmes MSF dans les Territoires palestiniens depuis 2005

Aujourd'hui, la situation sécuritaire est beaucoup plus calme qu'il y a quelques mois. Il semble que beaucoup de donations médicales arrivent sur Gaza. Par contre, il y a de gros problèmes de maintenance pour le matériel reçu et surtout un problème de formation du personnel à la bonne utilisation du matériel récemment arrivé. »

Dossier spécial

Plus d'infos notre dossier "Soigner depuis 10 ans à Gaza".

À lire aussi