Au Soudan du Sud, une nouvelle approche mobile pour soigner les populations déplacées par le conflit

L'équipe MSF se déplace avec la population pour pouvoir leur prodiguer des soins sans avoir à traverser les lignes de front. Février 2017
L'équipe MSF se déplace avec la population, pour pouvoir leur prodiguer des soins sans avoir à traverser les lignes de front. Février 2017 ©MSF

À Leer et à Mayendit, au centre du Soudan du Sud, les populations sont contraintes de fuir les combats, dont le front est en perpétuel mouvement. Suite aux attaques répétées contre son hôpital à Leer, l’équipe de MSF a compris qu’elle allait devoir trouver de nouveaux moyens pour proposer des soins médicaux à ces populations.

Le Dr Philippa Pett, médecin britannique, nous décrit comment son équipe locale parvient à proposer des soins aux populations en mouvement grâce à un réseau flexible de cliniques mobiles.

« Quand je suis arrivée à Leer, en mars dernier, l’hôpital venait tout juste de rouvrir après avoir été saccagé cinq mois auparavant. C’était seulement quelque temps avant que l’hôpital doive de nouveau être évacué pour des raisons de sécurité. Notre équipe sud-soudanaise souhaitait continuer de soigner et d’apaiser les souffrances de leurs communautés et de leurs familles, et je souhaitais les y aider.

La situation est très instable dans la région. Il n’existe pas d’endroit suffisamment sûr où implanter un hôpital. Et nous devions surtout nous assurer que les patients n’aient pas à traverser les lignes de front pour se faire soigner.

Des équipes mobiles intégrées à leurs communautés

Nous avons donc opté pour une approche différente. Plutôt que de construire un hôpital, nos collaborateurs communautaires se sont organisés en équipes afin de gérer des cliniques six jours par semaine dans les zones où ils vivent. Ils sont tous originaires de la communauté locale et formés à proposer des soins courants contre le paludisme, les maladies diarrhéiques et les affections cutanées. Ils contribuent à l’équilibre de la communauté ; ils sont notre projet.

Lorsque les populations sont contraintes d’abandonner leur foyer du fait de combats à proximité, nos équipes de travailleurs de la santé communautaires se déplacent avec elles, comme elles le feraient habituellement, et leur fournissent des soins de santé. Certaines populations ont dû fuir plusieurs fois rien qu’en novembre et en décembre : c’est leur quotidien. Notre personnel nous avoue se demander chaque soir s’il survivra à la nuit et chaque matin, s’il survivra à la journée.

Mais c’est précisément la raison pour laquelle cette nouvelle approche fonctionne. Lorsque une communauté locale est contrainte de se déplacer, les membres de notre équipe l’accompagnent jusqu’à un lieu sûr. Ainsi, ils ont accès aux personnes déplacées tout en restant en sécurité eux-mêmes, et proches de leurs familles. Ils me disent se sentir bien plus en sécurité depuis qu’ils n’ont plus à traverser les lignes de front pour se rendre à l’hôpital.

Le Dr Philippa Pett, lors d'une clinique mobile au Soudan du Sud, en février 2017. © MSF

Le Dr Philippa Pett, lors d'une clinique mobile au Soudan du Sud, en février 2017. © MSF

Former les communautés pour leur donner les moyens de résister au conflit

En tant que travailleurs de la santé internationaux, notre rôle est de soutenir le personnel sud-soudanais. En dix jours, nous nous rendons généralement dans deux ou trois cliniques, à pied ou par canoë à travers les marécages. Lorsque nous les atteignons, nous répondons aux questions de l’équipe, lui délivrons des stocks de médicaments, et proposons une supervision et des formations, mais c’est l’équipe qui gère la clinique et les patients. Mon rôle consiste à m’assurer que les normes sont respectées, que les patients sont en sécurité et que les travailleurs de la santé sont bien formés.

La plupart des membres de notre équipe communautaire n’a pas reçu d’éducation à proprement parler en raison des conflits, donc cette formation est particulièrement chère à leurs yeux. Ils sont extrêmement motivés et souhaitent plus que tout contribuer à améliorer la situation.

Actuellement, la principale préoccupation de la population est d’ordre alimentaire. Toutes les plantations ont été détruites en juillet et ces personnes n’ont pu replanter quoi que ce soit car elles étaient en fuite. Les marchés sont quasiment vides, les étalages ne proposant que du thé et du sel. Et là où les marchands vendent de la nourriture, les prix sont exorbitants. Les populations des îles peuvent au moins pêcher, elles, mais dans certaines régions, les gens ne vivent que de graines de nénuphars.

Je pense qu’ici, les populations endurent des choses qui passeraient pour inacceptables dans n’importe quelle autre situation, elles sont incroyablement résilientes. le conflit continue d’avoir un impact important sur leur vie et nous le voyons chez nos patients et les membres de notre personnel. »

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► Consultez notre dossier détaillé sur la crise qui frappe le Soudan du Sud

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