Au Liban, les attaques israéliennes se poursuivent malgré le cessez-le-feu
Le Liban continue d’être attaqué par l’armée israélienne, particulièrement dans la région de Nabatiyeh, dans le sud, malgré les accords de cessez-le-feu signés en novembre 2024. Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) interviennent pour apporter une aide médicale et matérielle d’urgence, tout en soutenant des communautés épuisées par des mois d’incertitude, de peur et de déplacements forcés.
Mohamad Mehdi âgé de 12 ans, se souvient du jour où sa vie et celle de sa famille a changé à jamais. « J’étais à l’école et j’ai vu les professeurs courir dans les couloirs, j’ai alors pensé qu’ils [les avions de guerres israéliens] étaient sur le point d’attaquer l’école. Mais alors qu’on fuyait notre village de Kfar Tebnit, j’ai appris que notre maison et notre quartier avaient été touchés ».
Le 2 février, Mohamad Mehdi a perdu sa maison familiale lors d’une attaque israélienne qui a touchée plusieurs villes du sud du Liban, parmi lesquelles Kfar Tebnit et Ain Qana dans la province de Nabatiyeh. Les frappes ont causé de vastes destructions dans les quartiers résidentiels, déplaçant au moins 37 familles dans la seule ville de Kfar Tebnit. Ces attaques sont parfois précédées d’ordres d’évacuation, parfois non, ce qui expose les communautés du sud et de la région de Bekaa à une peur constante.
À la suite des frappes aériennes sur Kfar Tebnit, les équipes de MSF se sont tout de suite mobilisées pour répondre aux besoins urgents en distribuant des colis alimentaires, couvertures et matelas aux familles touchées par ces attaques. Elles ont continué à offrir des soins dans les cliniques mobiles à travers toute la province pour soutenir les populations qui subissent des traumatismes répétés et des déplacements continus.
« Nos équipes sont présentes sur le terrain pour apporter une aide d'urgence et soutenir les systèmes de santé. Mais ce à quoi nous avons répondu à Kfar Tebnit n'est pas un incident isolé : cela reflète la réalité de milliers de personnes dans le sud du Liban », affirme Jeremy Ristord, chef de programmes pour MSF au Liban. « Les familles vivent dans une incertitude constante, sans jamais savoir si leurs maisons ou leurs proches seront les prochains touchés. Encore et encore, nous entendons des personnes se demander : où est le cessez-le-feu ? ».
Depuis novembre 2024, un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban a été établi. Toutefois, les attaques israéliennes ont continué dans plusieurs régions du pays et se sont intensifiées dans le sud du Liban. Les Forces Intérimaires des Nations Unies au Liban (FINUL) ont signalé plus de 10 000 violations israéliennes du cessez-le-feu et plus de 370 personnes ont été tuées par les frappes israéliennes au Liban depuis le début de l’accord. Ces attaques engendrent des vagues de déplacement répétées, détruisent les infrastructures civiles, dont des maisons et des services essentiels, et empêchent des milliers de personnes de retourner dans leur village.
À Kfar Tebnit, les équipes ont rencontré Hawraa al-Mokdad, la mère de Mohamad Mehdi. Elle est enseignante en infirmerie et a perdu sa maison durant les dernières attaques israéliennes. Elle raconte : « J’étais à l’école d’infirmier quand un de mes étudiants m’a informée que ma maison se trouvait dans une région menacée par les bombardements. D’un seul coup, j’ai réalisé que j’allais perdre ma maison, mon jardin, et tous les souvenirs de ma famille et moi avec. C’était très douloureux ».
Hawraa s’est rendue à la clinique mobile de MSF à Kfar Tebnit avec ses deux enfants en état de choc. Sa famille a tout perdu, leur maison, leurs papiers et leurs biens personnels. Elle confie : « Chaque matin, mes garçons se souviennent de leurs jouets et de tous les moments qu'ils ont passés dans notre maison avant qu'elle ne soit détruite ».
En janvier, Alice Reda, assistante Rh et Finances pour le projet Nabatiyeh de MSF, a rendu visite à ses parents à Kfar Hatta, dans le district de Saida, lorsque des ordres d'évacuation ont été soudainement émis, déclenchant un moment de panique, pour beaucoup familier. « Comment cela peut-il encore se produire, et comment sommes-nous censés vivre avec ça ? » se demande-t-elle. « Comment la destruction des maisons, le déplacement des familles et le fait de vivre dans la peur constante sont-ils devenus notre nouvelle “normalité” ? ».
Dans le sud du Liban, les cliniques mobiles de MSF continuent de prodiguer des services essentiels, parmi lesquels, des soins primaires, pédiatriques et en santé sexuelle et reproductive. En 2025, nos équipes ont réalisé à Nabatiyeh 28 000 consultations, 2800 en santé mentale et plus de 10 300 sessions de sensibilisation Nos activités continuent dans un contexte sécuritaire extrêmement précaire en raison des bombardements israéliens qui se poursuivent, mais les besoins urgents restent importants.