L’accord commercial Inde-Europe : Une menace pour les médicaments destinés aux pays en développement

Près de 2 000 personnes vivant avec le VIH MSF et d'autres organisations de la société civile se sont rassemblées dans les rues de New Delhi pour protester contre l'Accord commercial Inde Europe.
Près de 2 000 personnes vivant avec le VIH, MSF et d'autres organisations de la société civile se sont rassemblées dans les rues de New Delhi pour protester contre l'Accord commercial Inde-Europe. ©Syddharth Singh

Un sommet entre l’Inde et l’Union Européenne (UE) a lieu aujourd’hui à New Delhi pour négocier un nouvel accord de libre-échange. MSF et 2000 personnes vivant avec le VIH/sida ont défilé dans les rues de la capitale indienne pour protester contre certaines dispositions de cet accord. L’accès à des médicaments à bas prix dans les pays en développement pourrait en effet être sérieusement restreint.

« Nous avons vu trop de personnes mourir à cause de traitements chers », rappelle le Dr Unni Karunakara, président international de MSF. « Nous ne pouvons pas accepter que cet accord commercial tarisse cette source de production de médicaments abordables. »

Les gouvernements, les agences des Nations Unies et MSF dépendent largement de la production de génériques indiens pour traiter les personnes dans les pays en développement. Grâce à la concurrence des médicaments indiens, le prix des premières lignes de traitement contre le VIH/sida a été réduit de 98% entre 2000 et 2012, passant de 10 000 dollars par an et par patient à environ 150 dollars aujourd’hui. La mise sous traitement de millions de patients est devenue possible. Plus de 80% des médicaments anti-sida utilisés pour les 6,6 millions de séropositifs traités dans les pays en développement et 90% des traitements pour les enfants sont produits par des entreprises indiennes. Par ailleurs, MSF et d’autres acteurs de santé utilisent également les génériques indiens pour traiter d’autres pathologies.

« Je ne suis pas d’accord avec le fait que des considérations commerciales aient un droit de vie ou de mort sur moi », explique Mundrika Gahlot du Delhi Network of Positive People. « Nous sommes ici aujourd’hui pour dire à l’Inde et à l’Union Européenne qu’on ne négocie pas avec nos vies. »

La réglementation commerciale limite déjà la production de versions génériques de médicaments récents. L’accord actuellement négocié pourrait rendre la situation encore plus difficile, en créant de nouvelles barrières. A ce sommet, les deux parties devraient donc faire des compromis. L’UE a notamment tenté de faire accepter à l’Inde des mesures touchant la production, l’enregistrement et la distribution de médicaments génériques à bas prix.

MSF s’inquiète particulièrement de certaines mesures d’application mises en avant par l’UE qui pourraient empêcher les médicaments destinés à l’exportation vers les pays en développement de quitter les ports indiens, et qui pourraient même entraîner des poursuites judicaires contre des organisations comme MSF. 

« Avec cet accord, l’UE tente réellement de restreindre la production de médicaments génériques indiens, alors qu’ils nous permettent de garder en vie des millions de personnes», explique Piero Gandini, chef de mission MSF en Inde. « Simplement en achetant des médicaments indiens destinés aux patient sque nous traitons, des acteurs de santé comme MSF pourraient être poursuivis».

Comme à New Delhi, d’autres rassemblements d’activistes et de personnes vivant avec le VIH/sida ont eu lieu cette semaine au Népal, en Malaisie, au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Cameroun.

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