URGENCE GAZA

Tuberculose : Pour sauver des vies, accélérer la mise sur le marché de nouveaux médicaments

Face à la pénurie d'outils thérapeutiques efficaces pour soigner la
tuberculose, MSF demande que les médicaments en cours de développement
dans les laboratoires pharmaceutiques soient rendus accessibles aux
malades le plus rapidement possible, selon une procédure « d'usage
compassionnel ». En quoi consiste cette démarche ? Réponse avec Jacques Pinel, pharmacien à MSF.

En quoi consiste la démarche d'usage compassionnel dans le domaine des médicaments ?
Cette procédure est utilisée lorsque des malades sont en situation d'échec thérapeutique, promis à une mort certaine par manque de traitement efficace disponible. Dans le jargon pharmaceutique, on l'appelle aussi « fast-tracking ». Cela consiste à autoriser l'utilisation de médicaments en cours de développement dans les laboratoires, avant que soient terminées toutes les études préalables à leur mise sur le marché à plus grande échelle.

Pourquoi MSF invoque l'usage compassionnel pour la tuberculose ?
Parce que nous sommes face à une situation d'urgence ! Nous soignons dans nos programmes des patients atteints des formes multi-résistantes de la tuberculose que les antibiotiques disponibles ne peuvent pas soigner. Un nombre de plus en plus important de malades se retrouvent dans de véritables impasses thérapeutiques. Pour eux, nous avons identifié deux ou trois « pré-médicaments », c'est-à-dire des molécules actives qui sont dans les dernières étapes de leur mise au point dans les laboratoires. Mais ces dernières étapes prendront encore plusieurs années ! Nous demandons que ces « pré-médicaments » puissent être rendus disponibles de manière accélérée, selon le même modèle que celui qui fonctionne pour le sida ou le cancer.

Concrètement, qui peut mettre en oeuvre cette procédure ?
Pour mettre en oeuvre cette procédure, il faut que le laboratoire concerné, les médecins qui sont en charge des malades et les autorités de santé des pays dans lesquels vivent les patients, décident ensemble de le faire. Ce partenariat est donc forcément compliqué mais, dans les pays du Nord, les associations de malades jouent un rôle décisif pour en faciliter la mise en place. Pour la tuberculose, qui touche en grande majorité les pays les plus pauvres, les conditions ne sont pas réunies pour que ce partenariat fonctionne : les laboratoires n'ont pas d'intérêts commerciaux dans ces pays et les médecins locaux, comme les autorités de santé, sont débordés par la situation et ne sont pas en mesure de s'engager dans ce type de démarche. Les associations de malades, pour leur part, sont inexistantes !
Malgré les ravages qu'elle continue de faire chaque année, la tuberculose est une maladie gravement négligée : pas de marché, pas de volonté politique, des intervenants locaux démunis... Dans cette situation de quasi abandon, nous pensons que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) devrait prendre une vraie responsabilité et jouer un rôle moteur pour que les différents acteurs jouent le jeu du « fast tracking ».

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