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Tchad - MSF à N'Djamena et au Cameroun

Une femme de 35 ans blessée pendant les combats est hospitalisée dans un des hôpitaux de N'Djamena 9 février 2008.
Une femme de 35 ans, blessée pendant les combats, est hospitalisée dans un des hôpitaux de N'Djamena, 9 février 2008. © Benedicte Kurzen

Une semaine après la fin des combats, la vie reprend peu à peu à N'Djamena. Aujourd'hui, la plupart du personnel médical est revenu et les services ont repris. La préoccupation, à présent, se porte sur la situation des réfugiés au Cameroun et à l'Est du Tchad. Bien qu'un bon nombre de personnes soient revenues à N'Djamena, des milliers de familles n'osent pas rentrer et continuent de survivre dans des conditions précaires à quelques pas de la frontière.

Les rues commencent à se remplir à nouveau, même si de nombreux commerces du centre ville restent encore fermés. Dans les hôpitaux aussi, le plus dur de la crise est passé. Au plus fort des combats et durant les jours qui ont suivi, les quelques établissements qui étaient restés ouverts ont dû faire face à un afflux important de blessés.

Le bilan des combats à N'Djamena est très lourd : plus de 270 morts et près d'un millier de blessés. A l'Hôpital Bon Samaritain, dans le quartier de Walia, l'équipe chirurgicale de MSF a traité plus de 110 blessés en une semaine. Ahmed K., le père d'une jeune fille de 6 ans qui a reçu des éclats d'obus, revient sur les événements : «Je me dirigeais vers la maison de ma belle-mère lorsqu'un obus s'est abattu sur le bâtiment. Quand je suis entré, j'ai vu trois cadavres. Il y avait aussi trois blessés : ma fille et deux autres enfants. L'un d'eux avait le bras coupé. La clinique la plus proche était fermée et l'Hôpital Général saturé. Finalement, nous avons arrêté un motocycliste et, pendant que j'enterrais les morts, il a emmené les blessés à Walia, car nous savions que l'Hôpital fonctionnait. » Le reste de la famille s'est réfugié dans un village plus au sud. C'est la quatrième fois que Ahmed et sa famille doivent fuir N'Djamena. « Cette fois était la pire », assure-t-il, « c'est la première fois qu'il y a des combats dans la capitale. Tous veulent gouverner, mais s'il n'y a plus de peuple, que vont-ils gouverner ? ».

L'Hôpital Général s'est retrouvé au cœur des combats. Les quelques médecins et infirmières qui étaient restés en poste ont dû faire face à un afflux de plus de 250 blessés. Ce n'est que lundi que les équipes de MSF ont pu y accéder. « L'hôpital se trouvait trop proche des combats, ils ont même dû le fermer durant quelques heures», explique Meinhard Kritzinger, un médecin anesthésiste de MSF, venu avec un chirurgien renforcer le service des urgences. «Il a fallu parer au plus pressé : souvent ils n'ont pas pu opérer, juste stopper l'hémorragie, appliquer des bandages et renvoyer les patients chez eux. C'est pourquoi nous voyons revenir, aujourd'hui, de nombreux patients qui avaient été traités rapidement auparavant». L'hôpital semble à présent être revenu à la normale. La plupart du personnel médical est de retour et les services ont réouvert. MSF a réalisé une donation de médicaments et de matériel chirurgical pour faire face aux besoins les plus urgents, et les équipes sont constituent actuellement un stock au cas où une nouvelle crise se produirait.

Un certain nombre de personnes qui avaient fui les combats sont déjà revenues à N'Djamena. Dans les quartiers, plusieurs hôpitaux qui avaient fermé sont en train de réouvrir. Pour faire face à un éventuel afflux de patients, MSF a décidé de renforcer plusieurs structures de santé périphériques avec du personnel et des médicaments. Dans l'immédiat, cependant, les besoins les plus urgents se trouvent à quelques kilomètres de là, au Cameroun, où des milliers de personnes se sont réfugiées. La plupart n'osent pas rentrer, encore effrayés par les combats qu'ils ont vécu la semaine dernière. Les réfugiés vivent éparpillés dans la ville de Kousseri, à deux pas de la frontière. De nombreuses familles se sont installées sous les arbres ou dans des écoles, avec le peu de biens qu'ils ont pu emporter dans leur fuite. Ils manquent d'eau, de nourriture et d'abris.

Les équipes de MSF étaient parmi les premières à intervenir au Cameroun. Plusieurs dispensaires ont été mis en place sur les sites où les réfugiés se sont regroupés, notamment à Madana, le plus grand site, juste à côté de la frontière. Lors des consultations, les équipes médicales observent de nombreux cas de diarrhées, d'infections respiratoires et de paludisme, dont certains cas sévères, qui sont transférés à l'hôpital central de Kousseri, où MSF a renforcé le service des urgences. Une équipe chirurgicale y travaille depuis mercredi et la gratuité des soins est garantie pour tous les réfugiés. D'autre part, des points de distribution d'eau ont été installés sur plusieurs sites et la distribution de biens de première nécessité commence cette semaine : couvertures, jerrycan, moustiquaires et bâches en plastique. MSF prévoit également de réaliser cette semaine une campagne de vaccination contre la rougeole.

Dans le reste du Tchad et plus particulièrement à l'Est, les équipes MSF, bien que réduites, continuent leurs programmes d'assistance aux réfugiés soudanais et aux populations tchadiennes.

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