Soudan du Sud : trois fois plus de cas de paludisme cette année à Aweil

Hôpital d'Aweil service de pédiatrie. Mai 2012
Hôpital d'Aweil, service de pédiatrie. Mai 2012 ©Takuro Matsumoto /MSF

Depuis mai dernier, les équipes MSF d’Aweil, dans le Nord Bahr el Ghazal au Soudan du Sud, font face à un important pic de paludisme et une multiplication par trois du nombre de cas sévères en un an. Le point avec le Dr André Munger, responsable de ce programme.

Quelle est l’ampleur du pic de paludisme ?

« Entre mars et août 2012, les équipes MSF ont hospitalisé plus de 1 000 enfants atteints du paludisme, soit trois fois plus que l’année précédente à la même période. Cette explosion du nombre de cas fait suite à un accroissement régulier - depuis 2010 - du nombre d'admissions.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette augmentation. La saison des pluies a commencé plus tôt cette année et les précipitations ont été très importantes, favorisant la prolifération des moustiques.
De plus, les moustiquaires - premier moyen de prévention -  n’ont pas été distribuées cette année. Avec les fortes pluies et les inondations, des zones se sont retrouvées isolées et l’accès aux structures de santé est très difficile.
Mais encore, ces structures ont subi une rupture de stocks de médicaments pendant deux mois : les 2 millions de traitements antipaludéens attendus par le ministère de la Santé ne sont arrivés qu’en juillet.
Enfin, depuis que le Soudan du Sud est devenu indépendant, de nombreuses personnes - originaires du Soudan du Sud mais vivant jusque là au Soudan - sont revenues, et notamment à Aweil. Or ces populations sont probablement moins immunisées et donc plus susceptibles de contracter le paludisme. Entre juillet et aujourd’hui, la mortalité parmi les cas de paludisme dans le service pédiatrique où nous travaillons a explosé en raison du manque de ces traitements et des consultations trop tardives des patients gravement  malades ; ce qui a conduit, par exemple, début septembre, à  un taux exceptionnel de mortalité de 8%. Taux qui fut heureusement très rapidement ramené à des valeurs « acceptables ».

Qu’est ce que MSF a mis en place pour répondre à ce pic ?

Nous avons accru les capacités d’hospitalisation en renforçant les ressources humaines. Un soutien a aussi été apporté aux services des consultations externes et anténatales de l’hôpital, ainsi que dans certaines structures de santé.

Un dispensaire mobile a été mis en place à Maperkot, où nous avions déjà un centre de traitement ambulatoire de la malnutrition. Un soutien matériel est également apporté à 4 structures de santé, non soutenues par d’autres ONG : Arroyo, Akuem Malek Alel et Bar Mayen. En un mois, environ 3 810 personnes malades présentant les symptômes du paludisme (comme une forte fièvre) ont été examinées : environ 2 064 cas avérés ont été confirmés grâce aux tests de détection rapide. MSF aide également 5 structures de santé soutenues par d’autres organisations ; de même que trois ONG impliquées dans la lutte contre le pic de paludisme.

Nous avons aidé le ministère de la Santé à transporter 93 000 traitements antipaludéens vers le Nord Bahr el Ghazal et participé à leur distribution sur 87 structures de santé de la province. Enfin, Epicentre – centre épidémiologique de MSF –  a mis en place un système de surveillance et de collecte de données relatives au pic.

A quoi peut-on s’attendre pour les mois et années à venir ?

Les pics de paludisme débutent généralement en mai et commencent à décroître en septembre/octobre pour atteindre leur plus bas niveau en décembre. Actuellement, il y a toujours des inondations et donc des moustiques. Le niveau de nos activités a tendance à baisser mais reste supérieur aux années précédentes et il en sera probablement ainsi jusqu’en décembre.

Mais les diverses mesures que nous avons prises nous ont permis de faire diminuer la mortalité globale (adultes et enfants) à environ 5%, ce qui est « raisonnable » dans un tel contexte épidémique ».
 

MSF à Aweil
Depuis 2008, MSF travaille à Aweil, ville d'environ 40 000 habitants, capitale de l’état du Nord Bahr el Ghazal. A l’hôpital d’Aweil, structure de référence pour tout le Bahr el Ghazal, MSF soutient, entre autres, les services de pédiatrie (soins intensifs, unité de traitement du tétanos, néonatalogie et centre nutritionnel) et de gynéco-obstétrique.Nos objectifs : réduire la mortalité materno-infantile et répondre aux urgences potentielles.

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