Réponse médicale d'urgence au Darfour

Camp de Aweil Sud Soudan
Camp de Aweil, Sud Soudan ©Yann Libessart/MSF

Après avoir survécu à une campagne de répression massive, les populations civiles du Darfour font désormais face à une crise sanitaire d'urgence. Le docteur Greg Elder, chef de mission pour MSF, fait le point sur le traitement de la malnutrition et sur la réponse médicale aux maladies infectieuses et aux violences sexuelles qui touchent les civils.

Les besoins de santé des populations du Darfour sont-ils couverts?

Les besoins médicaux sont tout simplement immenses. Plus de 1,2 million de personnes ont été chassées de chez elles et vivent désormais dans près de 140 camps ou autres lieux de regroupement. Les Nations Unies et les organisations non gouvernementales (ONG) ont seulement accès à la moitié de cette population. Dans certaines zones, les taux de mortalité sont supérieurs au seuil d'urgence qui est de un décès pour 10 000 personnes par jour, la malnutrition globale atteint environ 25%, l'approvisionnement en nourriture reste insuffisant, l'eau et les conditions sanitaires sont catastrophiques. On ne compte qu'un seul médecin pour 50 000 personnes et 50% des décès ont lieu à domicile, sans que les malades puissent avoir accès à un centre de santé.

Quelles sont les principales causes de maladie et de décès?

Les infections respiratoires, les diarrhées et le paludisme sont les trois principales pathologies dans ce type de contexte. Les mauvaises conditions sanitaires et la surpopulation des sites de regroupement font que ces trois pathologies représentent près de 80% de la morbidité et 60% de la mortalité. Elles ont encore plus d'impact chez les enfants de moins de 5 ans touchés par la malnutrition. Les cas de rougeole sont en train de disparaître, mais le paludisme fait son apparition. Enfin, l'autre cause importante de mortalité demeure la violence.

Nous sommes tous très en retard pour le traitement des diarrhées et peu préparés, car, malheureusement, la plupart des grandes organisations qui disposent d'une expertise en eau et assainissement ont à peine démarré leurs activités. Alors que creuser des latrines pour 20 personnes et fournir 20 litres d'eau par personne et par jour peuvent permettre de sauver bien plus de vies que le meilleur programme médical. Cette activité d'assainissement tout comme la vaccination contre la rougeole doivent être les deux priorités, mais cela n'est pas encore le cas. Nous avons déjà vu quelques cas de diarrhées sanglantes et si il n'y a pas de cas de choléra, ce sera seulement dû à la chance. Car si le choléra touche ces populations, la mortalité pourra être particulièrement élevée.

La couverture vaccinale contre la rougeole est-elle bonne?

Dans les camps de déplacés ou de réfugiés, la rougeole est toujours un des principaux facteurs de mortalité, surtout lorsque la situation nutritionnelle des populations est critique. La couverture vaccinale contre la rougeole dans le Darfour était estimée à moins de 20%, en tout cas insuffisante dans la plupart des sites pour prévenir des épidémies.

Pour MSF, les campagnes de vaccination contre la rougeole sont toujours une priorité et nous avons organisé des campagnes de vaccination avec les autorités sanitaires du Soudan dans tous les sites où nous avons démarré des activités, en ciblant surtout les enfants de 6 mois à 5 ans. Mais il y a eu des épidémies dans plusieurs sites et nous avons traité près de 1 500 cas sévères de rougeole dans deux de nos programmes. Comme 55% des cas étaient des enfants de moins de 5 ans, nous avons étendu la vaccination aux enfants jusqu'à 15 ans.

Les équipes MSF comptent toujours quelques cas de rougeole dans le Nord Darfour, ainsi que dans quelques lieux isolés du Ouest Darfour. L'Unicef est en train de mettre en place un grande campagne de vaccination dans les trois états du Darfour. Aujourd'hui, et après nos campagnes de vaccination, des enquêtes ont montré que la couverture contre la rougeole était de 80 à 90%, et seuls quelques cas sont identifiés chaque semaine dans nos programmes. La campagne de vaccination menée par l'Unicef est donc la bienvenue.

Quelle sera l'incidence du paludisme?

Avec la saison des pluies, nous allons assister à des " pics " de cas de paludisme qui vont entraîner une forte mortalité chez les enfants, déjà affaiblis par la malnutrition. L'année dernière, une conférence internationale qui a réuni le ministère de la Santé, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), MSF et d'autres experts internationaux a eu pour conséquence un changement du protocole de traitement du paludisme, qui inclut désormais des dérivés d'artémisinine en combinaison, le seul traitement actuellement efficace contre le paludisme.

Son utilisation permettra sans doute de réduire la mortalité liée au paludisme. Malheureusement, certaines organisations semblent toujours utiliser des traitements inefficaces, comme la chloroquine. Si c'est vraiment le cas, c'est tout simplement une insulte criminelle pour des populations qui ont déjà subi des violences massives.

Comment MSF prend-elle en charge les victimes de violence sexuelle?

Nous avons soigné 12 femmes violées dans la seule ville de Mornay en juin, signe d'une violence qui perdure. La culture et la peur empêchent probablement les femmes de chercher à se faire soigner, car partout dans le Darfour, des femmes et des agents de santé continuent de parler à nos médecins et nos infirmières de l'importance de ces violences. Ainsi, nous avons essayé de mettre en place des activités médicales pour aller au-devant de ces patients.

MSF utilise un protocole de traitement en trois phases : la prévention des maladies sexuellement transmissibles (MST), la contraception d'urgence et une prophylaxie de post-exposition au VIH utilisant des anti-rétroviraux, le lamuvidine et l'AZT.
Les deux premiers traitements sont pris en 24 heures.

Mais, en ce qui concerne le traitement après exposition, beaucoup de patientes ne vont pas jusqu'au bout de leur traitement de 30 jours. Il y a quantité de raisons à cela : les personnes se présentent tard dans nos centres, il y a un manque d'information sur le VIH/sida, les femmes sont dans une situation particulièrement difficile et le traitement est complexe. Mais nous suivons tous les patients afin de leur expliquer l'importance de l'adhérence au traitement.

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