URGENCE GAZA

RD Congo - Soigner les brûlés à Rutshuru

RD Congo Nord Kivu hôpital de Rutshuru novembre 2009.
RD Congo, Nord Kivu, hôpital de Rutshuru, novembre 2009. © Brigitte Breuillac / MSF

Accidents domestiques, maisons incendiées par des hommes armés, les cas de brûlure sont divers et exigent des soins particuliers.  Pour ces patients, MSF a mis en place une unité spéciale à l'hôpital de Rutshuru, au Nord Kivu.

Depuis qu'au Nord Kivu en République démocratique du Congo (RDC), les actions de guérilla ont pris le pas sur les affrontements armés directs, il est beaucoup plus fréquent que des villages soient incendiés.

Une attaque est lancée sur un village, les combattants sèment la terreur, en pillant et mettant le feu aux maisons. C'est ainsi qu'une jeune femme s'est retrouvée prisonnière des flammes chez elle. Elle a été brûlée au deuxième degré sur 40 % de la surface de son corps. Et pendant quatre long mois, elle a été soignée à l'hôpital de Rutshuru dans l'unité des brûlés (voir encadré).

Mais les brûlures peuvent être aussi accidentelles. Il n'y a pas d'électricité dans les villages du Nord Kivu. Le soir, tout le monde est autour du feu. Et quand les épileptiques font une crise et ont des convulsions, souvent ils tombent dans le feu et se brûlent. De plus, il arrive souvent que de très jeunes enfants tombent sur la marmite de bouillie de maïs ou de manioc que leur maman a mise à cuire sur l'âtre.

Ce type d'accident se produit surtout dans les camps de personnes déplacées qui parsèment cette province de l'est de la RDC déchirée par un conflit armé et où les conditions de vie sont extrêmement rudimentaires.

Meshak a trois ans et il s'est brûlé en renversant une casserole de bouillie. Ce petit garçon a été hospitalisé fin juillet à Rutshuru où il est arrivé avec 30% de la surface du corps brûlée au deuxième degré. Il se trouve dans l'unité que MSF a spécialement mis en place pour ces patients. Mais le traitement est long. Car il a d'abord perdu beaucoup de liquides. Deux fois, il a fallu le transfuser, il a ensuite été nourri avec une sonde naso-gastrique. Comme la plupart des petits brûlés, il a souffert d'anémie, ce qui entraîne une baisse de l'immunité. Mais maintenant il mange bien, il a repris du poids.

Léonie a quelques mois de plus que Meshak, 60% de la surface de son corps a été brûlée au troisième degré. Et elle a beaucoup maigri. Alors qu'elle pesait 16 kilos à l'admission à la mi-août, deux mois plus tard elle ne fait que 9 kilos. On lui refait régulièrement ses pansements au bloc opératoire, « sous anesthésie, précise l'infirmière, sinon elle hurle ». Cependant Léonie n'est pas encore tirée d'affaire.

Le problème est que les brûlés arrivent généralement très infectés, explique Richard, le médecin anesthésiste de l'hôpital de Rutshuru qui est responsable de l'unité des brûlés. Quand on débride les plaies, c'est-à-dire qu'on les nettoie, cela devient comme une brûlure du troisième degré. Il n'y a plus d'épiderme, ni de derme, cela devient saignant.

Une fois les plaies nettoyées et les pansements faits, les chirurgiens peuvent faire une greffe de peau, mais encore faut-il que le malade ait des plages de peau saine.

L'ouverture en août de l'unité des brûlés a été un gros progrès. Cela a permis d'isoler les brûlés des autres patients et de les maintenir dans un environnement aseptique. Pour entrer dans les chambres, les mères par exemple doivent mettre des chaussures spéciales et passer une blouse de l'hôpital. Car l'unité des brûlés compte plusieurs enfants en bas âge.

Les adultes sont moins nombreux, mais ils ont tout autant besoin de soins, comme cette jeune femme dont le visage a été presque entièrement brûlé. Pour l'aider à contrôler les mouvements de sa bouche, une kinésithérapeute passe la voir régulièrement, elle vient aussi aider un jeune garçon à retrouver la mobilité de ses jambes. Quant à la psychologue de MSF, elle vient écouter ces patients très fragiles pour renforcer le fil de la vie.

Des soins très longs. Dans leur fuite après avoir pillé le village, les hommes armés ont mis le feu à sa maison. Enfermée à l'intérieur, Françoise, une jeune mère de famille, a été brûlée au deuxième degré : tout le dos, ses deux bras, la tête et la partie supérieure du visage ont été brûlés.

Un de ses deux enfants aont eux péri dans les flammes. Françoise elle a pu être transférée dans une ambulance MSF à l'hôpital de Rutshuru avec son autre enfant. Mais il est mort peu de temps après. Françoiseoù elle a passé près d'un mois au service des soins intensifs, allongée sur le ventre. Puis elle a été soignée trois mois dans l'unité des brûlés.

Le pronostic était sombre. Mais elle a reçu tous les soins que l'on pouvait lui dispenser : débridement des plaies, greffe de peau, séances de kinésithérapie, consultations avec une psychologue. Et en septembre dernier, elle a quitté l'hôpital. Elle reste handicapée. Sa main droite est peu mobile, elle a retrouvé 80% de la mobilité de son coude et de ses épaules. Mais elle marche.

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