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Méningite : « Ils ont peur parce que cette maladie tue très vite »

Bachirou Seyne âgé de 7 ans souffre de la méningite. Il est hospitalisé à Dosso au Niger  le 21 avril 2009
Bachirou Seyne, âgé de 7 ans, souffre de la méningite. Il est hospitalisé à Dosso, au Niger , le 21 avril 2009 © Olivier Asselin

L'épidémie de méningite qui sévit cette année au nord du Nigéria a déjà coûté la vie à plus de 1500 personnes. Médecins Sans Frontières, en coopération avec le ministère de la Santé nigérian, mène une campagne de vaccination et assure la prise en charge des malades. Reportage au Nigeria.
Voir notre dossier "Urgence épidémie de méningite"

L'épidémie de méningite qui sévit cette année au nord du Nigéria a déjà coûté la vie à plus de 1500 personnes. Médecins Sans Frontières, en coopération avec le ministère de la Santé nigérian, mène une campagne de vaccination et assure la prise en charge des malades. Reportage au Nigeria.

Voir notre dossier "Urgence épidémie de méningite"

Allongé sur un lit d'hôpital dans la chaleur de la saison sèche nigériane où les températures dépassent les 40°C, Ismael ne bouge pas. Il a huit ans et vient d'être amené par son père à l'hôpital général de Musawa, dans l'État de Katsina au nord du Nigeria.

Il s'était réveillé au milieu de la nuit en se plaignant parce qu'il avait mal à la tête et ne pouvait plus la bouger. Les maux de têtes et la raideur de la nuque sont deux symptômes classiques de la méningite.

Comme il est venu très vite à l'hôpital et que les antibiotiques appropriés lui ont été rapidement administrés, il est en voie de guérison.

Un bébé de cinq mois, qui se trouve deux lits à côté de lui, n'a pas eu la même chance. Il fait beaucoup d'efforts pour respirer, son petit thorax se soulève. Son père tente de le réconforter. Ce bébé convulse et les docteurs pensent qu'il est peu probable qu'il s'en sorte.

«Vous pouvez dire quel enfant a la méningite rien qu'en les regardant de loin, à cause de leur position. Bouger serait insupportable pour eux. Ils ont les yeux cachés car la lumière leur fait mal, ils respirent rapidement à cause de la fièvre ou de la douleur», décrit Susan Umstat, infirmière MSF, qui travaille dans l'État de Zamfara depuis le début de l'urgence. « C'est vraiment une maladie atroce. Je n'aurais jamais imaginé la voir avec une telle ampleur. »

« C'est vraiment une maladie atroce. Je n'aurais jamais imaginé la voir avec une telle ampleur. »
Susan Umstat, infirmière MSF

La méningite s'est propagée dans le nord du Nigeria depuis le mois de janvier, date à laquelle les premiers cas ont été signalés. Le Nigeria se trouve dans ce que l'on nomme communément la « ceinture de la méningite » et de nombreux cas de méningites y surviennent chaque année.

« En général, cette région connaît une grande épidémie de méningite tous les dix ans », explique le docteur Idriss Halliru, directeur de la Santé publique dans l'État de Katsina, au Nigeria. « La dernière grande épidémie remonte à 1996. Depuis 2006, nous nous attendons donc à une grande épidémie. Cette année est particulièrement mauvaise. »

Cette année, le Nigeria a été le pays le plus touché parmi ceux de la « ceinture », avec plus de 50 000 cas recensés jusqu'à présent. Quelque 1 500 personnes sont mortes de cette maladie.

Chaque jour, plusieurs équipes médicales
en charge de la prise en charge des malades de méningite parcourent plusieurs heures en voiture pour atteindre quelques centres de santé, pour la plupart dans des villages isolés. Ces équipes examinent les patients, collectent les données et approvisionnent les structures de santé en médicaments et matériel médical pour le traitement de la méningite.

« Les gens ici sont bien conscients de la gravité de la méningite », assure le docteur Kingsley, un médecin nigérian membre de l'équipe de Kebbi. « En fait ils ont très peur de cette maladie à cause de la rapidité avec laquelle vous pouvez mourir. Mais le principal problème est que même si une personne reconnaît tout de suite les symptômes de la méningite, dans de nombreux cas elle risque de mourir avant d'avoir pu atteindre une structure de santé. C'est pourquoi mon équipe, comme les autres médecins, parcourons les zones isolées pour identifier les malades et les traiter tout de suite. »
La mère nous a expliqué que l'enfant avait d'abord eu mal à la tête, puis elle avait eu des convulsions. Quand nous étions arrivés, la fille était inconsciente.
docteur Kingsley

« Je me souviens bien d'une patiente, une petite fille qui se trouvait dans sa maison, dans les environs de Dandi. La mère nous a expliqué que l'enfant avait d'abord eu mal à la tête, puis elle avait eu des convulsions. Quand nous étions arrivés, la fille était inconsciente. Nous n'avions aucun doute, c'était bien la méningite et il fallait lui donner un antibiotique tout de suite. Nous avons installé une perfusion et nous sommes restés avec elle pendant une heure jusqu'à ce qu'elle commence à reprendre des forces. Ensuite nous l'avons emmené dans la structure de santé la plus proche. Quand nous y sommes retournés le lendemain, la petite fille allait bien ».

Les équipes de MSF et du ministère de la Santé travaillent sans relâche dans neuf États : Jigawa, Bauchi, Katsina, Sokoto, Kebbi, Niger, Zamfara, Kaduna et Gombe. En raison de l'efficacité de la grande campagne de vaccination associée au traitement des patients et à l'approvisionnement des centres médicaux en antibiotiques efficaces, le nombre de cas décroît progressivement.

«Cela fait plaisir de voir que parmi les patients atteints de méningite, de moins en moins de personnes meurent » se réjouit le docteur Laurentia Enesi, qui fait partie d'une équipe médicale dans l'Etat de Katsina. « Par exemple, vous visitez une structure de santé pour la première fois, ils ont une centaine de cas et cinquante décès. Vous commencez à apporter un soutien, en formation, en traitements et lors d'une autre visite, le nombre de décès peut avoir chuté, cinq morts pour une centaine de cas. Et puis cela continue, 80 cas et aucun décès. C'est assez réconfortant. ».

Le nombre de cas de méningite diminuent dans de nombreux endroits du nord du Nigéria. Mais actuellement, le nombre de cas vus chaque semaine se compte encore en milliers.

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