Malawi – SAMBA, un nouvel outil de mesure rapide de la charge virale du VIH à l’essai

Malawi 2009
Malawi 2009 ©Isabelle Merny/MSF

Le prototype d'un nouvel outil de mesure rapide de la charge virale du VIH, nommé SAMBA (Simple AMplification Based Assay), est actuellement à l'étude sur notre programme sida de Chiradzulu, au Malawi. Si sa mise à l'essai se révèle positive, la mise en œuvre de ce test représenterait une nette amélioration dans la prise en charge des patients séropositifs des pays du Sud.

La charge virale plasmatique reflète l'activité du VIH-sida, c'est-à-dire la multiplication des particules virales (encore appelées « ARN VIH » ou « copies ») circulant dans le sang. La mesure de cette charge virale permet donc de suivre l'évolution de la maladie.

Ce test biologique est essentiel pour déterminer l'efficacité des traitements antirétroviraux (ARV). Elle se mesure à partir d'une simple prise de sang, en quantité d'ARN du VIH (ou copies) par millilitre de sang (ARN-VIH/ml). Une charge virale détectable est généralement le signe d'un début de résistance aux ARV. Or il est important de détecter un échec de traitement très rapidement et ce afin d'éviter une accumulation des mutations qui rendraient les traitements de seconde ligne moins efficaces.

Dans les pays riches, la charge virale est le principal indicateur utilisé pour surveiller l'état des patients séropositifs. Dans les pays du Sud, l'analyse de la charge virale (qui doit être effectuée dans des laboratoires hautement spécialisés) est bien souvent inaccessible ou trop onéreuse. Actuellement, sur tout le Malawi, seuls deux laboratoires sont capables d'effectuer de telles analyses.

Un test de charge virale rapidement utilisable en laboratoire peu spécialisé. Fondée en 1997, l'unité de développement des diagnostics (DDU) de l'université de Cambridge, au Royaume-Uni, a pour objectif de développer des tests innovants, rapides, simples, peu coûteux, plus efficaces, et adaptés aux contextes précaires.

Dans cette optique, la DDU a développé un nouvel outil de mesure rapide de la charge virale, appelé SAMBA (Simple AMplification Based Assay) permettant de détecter la présence de virus à partir d'un certain seuil. Sa manipulation et l'interprétation des résultats (lecture d'une bandelette) sont assez simples et ne mobilisent pas l'expertise d'un technicien en biologie moléculaire. Mais, en l'état actuel de son développement, SAMBA nécessite l'emploi de trois appareils fonctionnant à l'électricité ce qui limite encore, pour le moment, sa mise en place dans un pays comme le Malawi.

En collaboration avec la DDU et avec le ministère de la Santé du Malawi, MSF a participé à un essai clinique de SAMBA, en conditions réelles, sur son programme de prise en charge du VIH-sida de Chiradzulu. Cette étude de faisabilité devra déterminer si ce test peut être utilisé par les personnels locaux des laboratoires d'hôpitaux ruraux et mesurer son efficacité auprès de patients séropositifs adultes (à l'exception des femmes enceintes et des personnes hospitalisées) qu'ils soient sous traitement ou pas. L'intégralité de l'étude se déroulera dans le cadre de l'hôpital de district de Chiradzulu, notamment dans le service de consultation VIH-sida et dans le laboratoire, sur un échantillon de 100 à 200 patients.

« Même si ce test ne peut fonctionner pour le moment qu'avec une source d'énergie conventionnelle, nous espérons disposer à terme d'une technologie encore plus simplifiée pour pouvoir l'utiliser au niveau encore plus local des centres de santé. Si l'étude de SAMBA se révèle positive, sa mise en circulation doit aller le plus vite possible. Cela va permettre une énorme amélioration de la prise en charge des patients. Ce test devrait également permettre aux techniciens de laboratoires plus qualifiés de se concentrer sur la réalisation de tests plus complexes », espère Monique Gueguen, médecin biologiste à MSF.

10 ans d'ARV...

En 1995, au Malawi, dans le district rural de Chiradzulu et en collaboration avec le ministère de la Santé, MSF initie un programme de prise en charge du VIH-sida. En 2001, les premiers ARV sont proposés. Début 2011, nous suivons plus de 27 000 patients, dont 18 000 sont sous ARV.

Aujourd'hui, MSF soutient les programmes de prise en charge du VIH-sida dans 11 centres de santé du district de Chiradzulu. MSF est également présente dans l'hôpital et plus particulièrement dans le service dédié à la tuberculose, là où le taux de mortalité est le plus élevé et où la proportion de patients séropositifs est la plus importante. Enfin, MSF vient en appui au ministère de la Santé dans la mise en place d'un service de prévention de la transmission du VIH-sida de la mère à l'enfant dans chacun de ces centres. Chaque mois, plus de 650 personnes intègrent notre programme. Parmi elles, plus de 300 débutent immédiatement un traitement ARV.

Notre équipe est composée d'une vingtaine d'expatriés en moyenne et d'environ 200 personnels nationaux. MSF verse également un supplément de salaire à environ 150 personnels du ministère de la Santé.

La section belge de MSF travaille dans le district de Thyolo où elle mène aussi un programme de prise en charge du VIH-sida.

 

À lire aussi