Les profondes répercussions du conflit libyen sur le système sanitaire

Médicaments fournis par MSF à l'hôpital d'Al Abyar
Médicaments fournis par MSF à l'hôpital d'Al-Abyar ©MSF

Colin Watson, infirmier australien, a fait sept missions avec Médecins Sans Frontières. Il est rentré récemment d’une mission de trois mois en Libye où il a travaillé comme infirmier superviseur dans l’hôpital d’Al-Abyar, à l’est de Benghazi. Il décrit ici les répercussions du conflit sur le système de santé libyen.

C’est ma deuxième mission en Libye avec MSF. La première fois où j’y suis allé, c’était en 2011 pendant la révolution, je travaillais au service chirurgie d’un hôpital de Misrata. Cette fois-ci, j’ai occupé un poste de responsable des soins infirmiers à l’hôpital d’Al-Abyar, dans le service des urgences. Al-Abyar est une petite ville d’environ 30 000 habitants qui se trouve à 60 kilomètres à l’est de Benghazi.

MSF est présente dans l’est et aussi dans l'ouest de la Libye, et fait des évaluations dans le sud du pays. A Al-Abyar, nous apportons un soutien à l’hôpital de la ville en réhabilitant l’équipement de la salle des urgences et en assurant une formation à la prise en charge des patients souffrant de traumas pour les infirmières et les médecins.

Le conflit en Libye a eu de profondes répercussions sur le système sanitaire. Avant 2011, la Libye possédait un système de soins moderne et fonctionnel. Il était toutefois très dépendant du personnel étranger, en particulier des infirmières. La Libye faisait appel depuis longtemps à des infirmières étrangères et le recrutement de spécialistes à l’extérieur a eu pour effet de fortement dévaloriser les infirmières libyennes et de les exclure des soins au chevet du patient. Quand le conflit armé a éclaté en 2011, de nombreux travailleurs étrangers ont quitté le pays. Cela a provoqué une grave pénurie d’infirmières et le système de santé est aujourd’hui dans un état critique.

Entre 2011 et 2016, peu de choses ont changé en Libye. Le pays est pas sé de la révolution à la guerre civile. Les infirmières étrangères ne sont pas revenues et le système de santé fonctionne de manière chaotique. Cinq ans de conflit armé ont mis à mal les circuits d’approvisionnement, et les stocks de médicaments et de matériel médical sont maintenant au plus bas. Les pénuries de médicaments, de matériel chirurgical et de matériel pour les laboratoires restreignent l’offre de soins médicaux. En particulier, les personnes souffrant de maladies chroniques se trouvent dans une situation de plus en plus précaire.

La Libye s’est efforcée d'établir son propre vivier d'infirmières. Il n’y a pas de cursus reconnu au niveau national pour la formation des infirmières et les formations peuvent durer de trois mois à quatre ans. Dans les hôpitaux dispensant des soins secondaires comme celui d’Al-Abyar, des infirmières ayant une formation insuffisante ou lacunaire sont employées pour répondre aux besoins de recrutement sans qu’il soit fait attention à la formation reçue ou à l’expérience pratique.

Ce sont là quelques-uns des problèmes auxquels nous sommes confrontés quotidiennement dans la salle des urgences de l’hôpital d’Al-Abyar. Des patients arrivaient continuellement aux urgences, tout au long de la journée, il pouvait s’agir d’affections mineures ou de traumas graves. Un des axes de mon travail était de former les infirmières au triage et à la prise en charge des traumas.

Malgré la barrière de la langue, j’ai pu nouer des bonnes relations de travail avec mes collègues libyennes. En usant de patience, de respect et d’humour, il était possible de dépasser le fossé culturel et linguistique et de poser les bases d’une prise en charge sérieuse et sûre des patients aux urgences.

Mais avec ce conflit qui ne semble pas s’arrêter et cette guerre civile qui se poursuit, les besoins en soins de santé vont perdurer. J’ai travaillé avec un médecin de Benghazi qui parlait des conséquences tragiques de l’impossibilité d’avoir accès à des médicaments essentiels.

« Que devrais-je faire ? m’a-t-il demandé. Je sais que mon patient va mourir s’il ne reçoit pas de médicaments mais tout ce que j’ai à lui donner, ce sont mes larmes. »

Au cours des six derniers mois, MSF a pu apporter un soutien à plusieurs hôpitaux en Libye, souvent dans des contextes difficiles. Sans nul doute, les activités que nous menons vont contribuer à alléger les besoins en soins médicaux et à permettre au personnel médical d’avoir à la fois les compétences et les ressources nécessaires pour traiter les patients.

Colin Watson, infirmier australien

Colin Watson
infirmier australien

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