Soyez là où votre don sauve des vies

Kenya - Des populations toujours en mouvement

Camps de personnes déplacées dans la région de Kéricho ouest du Kenya
Camps de personnes déplacées dans la région de Kéricho, ouest du Kenya © William Martin/MSF

Les violences qui secouent le Kenya depuis fin décembre ont généré de nombreux déplacements de populations dans l'ouest du pays. La situation générale restant très imprévisible et les besoins évoluant constamment, MSF a mis en place un dispositif souple pour apporter une aide logistique et médicale aux personnes déplacées.
Dans cette interview, Juliette Thaury, médecin et responsable terrain à Kericho fait le point sur les activités menées par l'équipe mobile de MSF dans sept sites de la région.
 
 
 
 

Les violences qui secouent le Kenya depuis fin décembre ont généré de nombreux déplacements de populations dans l'ouest du pays. La situation générale restant très imprévisible et les besoins évoluant constamment, MSF a mis en place un dispositif souple pour apporter une aide logistique et médicale aux personnes déplacées.

Dans cette interview, Juliette Thaury, médecin et responsable terrain à Kericho fait le point sur les activités menées par l'équipe mobile de MSF dans sept sites de la région.

 

 

 

 

L'équipe d'urgence dont vous faites partie a été envoyée dans la région de Kericho, située dans l'ouest du Kenya. Qu'est-ce qui a motivé cette intervention ?

Juliette Thaury : Nous sommes arrivés le 8 janvier à Kericho. La ville était assez calme mais des camps de déplacés s'étaient formés, fin décembre, après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle qui avait déclenché une première vague de violences. Nous venions faire une évaluation des structures de santé ainsi qu'une donation de médicaments et de matériel médical à l'hôpital de Kericho. Et nous avons commencé à apporter une aide médicale et logistique dans plusieurs sites. Les personnes déplacées avaient fui pour se regrouper dans différents endroits, près des commissariats de police, dans une école... Ensuite, lors de la vague de violences inter-communautaires, les gens se sont rendus là où ils se sentaient protégés. A Londiani, le site de regroupement se trouve autour d'une église où vivent des prêtres irlandais. A Kamwangi 2, c'est à côté d'un camp militaire. A Kericho, dans le parc jouxtant l'église, mais aussi près d'un commissariat de police.


Le nombre de personnes déplacées dans ces camps s'est-il stabilisé ?

JT : Depuis le début de l'intervention de notre équipe mobile, nous avons vu la situation fortement fluctuer. La tension est brutalement montée après la mi-janvier, puis elle est retombée. Des jeunes, armés de machettes, ont lancé à plusieurs reprises des attaques sur les villages à flanc de collines. Ainsi à Montaragon, situé à deux heures de route de Kericho, des violences inter-communautaires ont éclaté, la nuit du 19 janvier. Il y a eu des morts et des blessés et plus de 300 maisons brûlées. La police a eu beau intervenir en tirant en l'air, ces attaques se sont répétées pendant presque huit jours. Résultat, un grand nombre de personnes déplacées se sentant menacées sont retournées dans leur région d'origine.
Dans plusieurs autres sites en revanche, le nombre de personnes déplacées n'a que légèrement diminué. Il y a moins de départs car les gens se sentent plus protégés. A Kipkelion, il reste maintenant quelque 500 personnes, à Monastry entre 500 et 600 personnes et à Londiani, le camp abrite 2 500 à 3 000 personnes.
Enfin, à Kericho, qui compte encore 2 500 à 3 000 personnes, le meurtre d'un député de l'opposition originaire de la ville a provoqué des débordements, le 31 janvier. Mais bien que la situation se soit apaisée depuis, les gens ne veulent pas rester là. Ils préfèrent partir pour leur région d'origine.

Que fait MSF dans cette situation si mouvante ?

JT : Il nous est difficile de prévoir nos activités au-delà de deux jours car la situation est instable. Notre équipe mobile se rend régulièrement sur chacun des sept sites en fonction des besoins. Mais les priorités peuvent changer lorsqu'il y a des violences. L'équipe médicale donne des consultations et voit des patients souffrant surtout d'infections respiratoires ou de diarrhées. Mais il y a peu de cas graves. Au fur et à mesure que les camps se sont constitués, nous avons lancé une campagne de vaccination contre la rougeole et la polio pour les enfants de moins cinq ans. Au total, nous avons vacciné 1200 enfants sur les sept sites.
Nous surveillons par ailleurs la malnutrition. Nous n'avons rien constaté de préoccupant pour le moment. Mais le problème de la malnutrition infantile risque de se poser si le conflit perdure.
Les logisticiens de l'équipe ont assuré quant à eux l'approvisionnement en eau potable en installant des rampes de robinets et des réservoirs sur plusieurs sites. A Kamwangi 2, ils font venir des camions qui apportent jusqu'à 15 000 litres d'eau par jour. Ils ont construit des douches et des latrines et fourni des couvertures et des bâches en plastique.
Une équipe comprenant un chirurgien, une anesthésiste et une infirmière de bloc vient d'arriver à Kericho pour intervenir à l'hôpital du district.

À lire aussi