Haïti : retrouvez le tchat du 2 décembre 2013 avec Alexandre, médecin #AVECMSF

Alexandre médecin en Haïti.
Alexandre, médecin en Haïti. ©MSF

Le 2 décembre à 18h30, vous avez été nombreux à assister au tchat avec Alexandre, médecin #AVECMSF auprès des grands brûlés à l'hôpital de Drouillard, à Port-au-Prince en Haïti.

Alexandre est médecin hospitalier. A Port-au-Prince, il travaille dans l’unité des brûlés de l’hôpital de Drouillard, situé à proximité du bidonville de Cité Soleil. C’est le seul service de soins pour brûlés de Port-au-Prince. La plupart des patients présents dans ce service sont des enfants victimes d’accidents domestiques. Les  conditions de vie de la population, trois ans après le séisme restent toujours précaires.

Vous pouvez retrouver ci-dessous l'intégralité des questions-réponses échangées durant ce tchat entre Alexandre et les internautes.


Le tchat Haïti du 2 décembre 2013
avec Alexandre

 

Clemtou : Pouvez-vous nous raconter pourquoi vous avez décidé de travailler pour MSF ?

Travailler en médecine humanitaire était un projet qui me tenait à cœur depuis le début de mes études de médecine. En 2012, J'ai passé ma thèse de docteur en médecine et, avant de postuler pour un poste fixe en France, j'ai décidé de tenter l'aventure MSF.

Magali : c'est beau ce que vous faites, quel est votre motivation? il faut avoir les nerfs très solides pour faire ce que vous faites.

En fait ce qui me motive le plus c'est de pouvoir exercer la médecine dans un milieu différent.
L'utilité de ces actions est un moteur pour moi.
Je suis aussi intéressé de pratiquer ce que j'ai appris dans mes études dans un contexte différent.
Enfin, je suis aussi motivé de découvrir d'autres pays et des cultures différentes.
Il faut avoir les nerfs solides : oui, mais ce n'est pas très différent des situations d'urgence rencontrées en France.

Bryan Prefere : Racontez-nous votre arrivée en Haïti, ça devait être fou !

Quand l'avion a atterri à Haïti, il ya avait de l'orage, de gros nuages et du tonnerre, l'arrivée a été très mouvementée.
J'ai traversé la ville dans une voiture MSF et j'ai découvert des routes en mauvais état, ainsi que des maisons restées détruites par le tremblement de terre, même s'il en reste encore peu.
Ensuite, je suis arrivé dans l'hôpital MSF en banlieue de Port-au-Prince, et là j'ai été agréablement surpris de trouver un établissement en très bon état et un équipement assez avancé.

Charlie : Quelles sont aujourd'hui les pathologies les plus traitées en Haïti ?

Dans le centre de traumatologie de Drouillard, nous recevons essentiellement des victimes d'accidents de la route, de victimes de plaies par balles ou armes blanches et des brûlures graves.
Les années précédentes, plusieurs épidémies de choléra ont touché Haïti et cela reste dans le pays une pathologie qui reste problématique.

Alain : Pourquoi y-a-t-il besoin d'un service "grand brûlés" à Port-au-Prince ? On n'imagine pas que l'urgence se situe sur ces problèmes là.

La prise en charge des brulés coûte cher et nécessite une prise en charge spécialisée et ni l'Etat haïtien ni la plupart des ONG ne sont en capacité de le faire.
MSF est quasiment la seule ONG à disposer du savoir faire pour prendre en charge les brûlés en situation précaire.
Actuellement, il y a de nombreux cas de brûlés et de grands brûlés du fait d'infrastructures publiques très précaires (distribution du gaz, de l'électricité et de l'essence...).
Il y a de nombreux cas de brûlures domestiques dues à la précarité de l'habitat (cuisson, chauffage...), ce sont les enfants en bas âge qui en sont les premières victimes.

Esther : Les maladies en Haïti sont elles différentes des nôtres ?

Les pathologies sont globalement les mêmes, c'est la façon de les vivre et de les interpréter qui diffère le plus par rapport à la France.
Il existe en revanche moins de pathologies chroniques (insuffisance rénale, insuffisance respiratoire), car il est difficile de les traiter.

Gerald : Haïti toujours en état d'urgence sanitaire ?
Rémi : La situation sanitaire est entrain de progresser ?

Il existe aujourd'hui à Haïti les mêmes problèmes de santé que dans les autres pays, mais avec un Etat qui peut difficilement y faire face.
L'épidémie de choléra reste un problème de santé publique, même si le nombre de cas est bien inférieur à la période qui a suivi le séisme en 2010/2011.

Esther : Bonjour Avant tout je vous félicite pour ce que vous faite Mais voila quelque questions : Les conditions de votre travail sont elles bonnes ? Avez vous tout de même du matériel convenable ? Informatique ? La misère est elle dure a accepter ? Quelles sont les difficultés majeures que vous rencontrez ?

Les conditions de travail sont très bonnes et bien supérieures à ce que j'attendais en partant en mission humanitaire.
La prise en charge par MSF se déroule selon des protocoles de traitement axés sur les recommandations internationales.
J'avais à disposition quasiment tous les médicaments dont j'avais besoin, surtout ceux qui sont les plus efficaces et que j'utilisais fréquemment en France, en particulier les antibiotiques très puissants réservés aux bactéries hautement résistantes, et qu'on utilise en France surtout en réanimation.

Esther : En dehors de l’hôpital votre vie est elle facile ? Qu'elles sont les différences majeures avec chez nous ?

Pour des raisons de sécurité, nous étions contraints de rester à l'hôpital de façon quasi-permanente.
Les seuls lieux autorisés étaient des lieux hautement sécurisés et probablement pas représentatifs de la vie quotidienne de la plupart des Haïtiens.

Alain : Hello Alexandre, combien de temps es-tu resté en Haïti ? Le retour à la réalité française n'est pas trop difficile ? La transition ne doit pas être évidente...

Je suis resté 6 mois, c'est la durée minimale lors d'une première mission.
Il existe un gros décalage lors du retour en France, et il faut du temps pour se réhabituer à la vie quotidienne ici.

JOJO_Frizouille : Bonjour Toubib, je soutiens l'action de MSF depuis plusieurs années. Je trouve l'initiative de discuter en direct avec les hommes et les femmes de terrain vraiment importante. Aussi, peux-tu nous dire comment sont vécues les actions de MSF dans le pays d'intervention auprès de la population locale?

Après la déferlante de l'aide post-séisme, il y a eu un certain ressentiment vis à vis des ONG en général. Les Haïtiens trouvent que l'aide internationale n'a pas été bien coordonnée et qu'ils n'en ont pas bénéficié pleinement. Mais MSF garde une image plutôt positive car elle est présente dans le pays depuis longtemps.
J'ai été personnellement remercié dans la rue par des passants qui reconnaissaient le logo MSF de la voiture.

Jean-Yves Richard : D'où nous parlez-vous là ?

Je suis actuellement dans mon bureau à l'Hôpital de Montpellier, et j'ai encore quelques malades à voir après le chat avant de rentrer chez moi.

Alain: Oh mais vous êtes un tout jeune médecin ! Quel âge avez-vous ?

J'ai 30 ans et j'exerce depuis décembre 2012.
Il y a des médecins plus jeunes que moi, car on peut partir au cours de son internat lorsque l'on a sa licence de remplacement.

Emilie : C'est un peu personnel comme question mais est-ce possible de concilier mission humanitaire et vie de couple ? Tu étais célibataire quand tu es parti ? Et maintenant ?

J'étais célibataire avant de partir.
Il y a de nombreux couples qui se forment en mission, je n'en dirai pas plus ;)

Floflo : Avez-vous eu le choix de votre lieu de mission ?

Non, à MSF, on ne choisit jamais ses missions, on attend que l'ONG nous propose des missions qu'on est libre d'accepter ou de refuser.

Claire : Y a-t-il un temps de césure obligatoire entre les différentes missions ?

Je ne sais pas s'il y a une durée réglementaire, mais pour des raisons de récupération physique et psychologique, on laisse plusieurs semaines, voire plusieurs mois entre deux missions.

Magyar : Est-ce que les actes de délinquance - pillage, racket, agressions - ont sensiblement baissé à Port-au-Prince ? La sécurité est-elle redevenue une priorité dans la capitale ?

La situation n'a plus rien à voir avec la période 2008/2009, mais il reste des quartiers très sensibles, et l'hôpital de Drouillard reçoit très souvent des victimes d'armes à feu ou d'armes blanches suite à des règlements de compte armés.
Il y a également des enlèvements d'Haïtiens aisés pour obtenir des rançons.
L'hôpital est dans une zone les moins sures du pays.
La gestion de la sécurité est encore un des mandats de la Minustah, force armée de l'ONU.

Claire : Bonjour Alexandre et merci pour votre action. Combien de temps MSF va rester en Haïti ?

La pertinence de chaque projet est évaluée tous les 6 mois par MSF.
Au vu de l'état sanitaire actuel du pays et des besoins de la population, notamment précaire, il est probable que MSF reste encore longtemps dans le pays.

Lucas : Comment arrivez-vous à arbitrer entre votre présence là-bas et votre présence dans des points chauds plus récents comme la Syrie ou les Philippines ?

En Haïti, on est sur une présence post-crise, avec un système de santé qui a été entièrement dévasté lors du tremblement de terre, suivi d'une autre catastrophe, avec l'épidémie de choléra.
Notre présence est justifiée par des besoins encore criants pour les populations haïtiennes.
L'organisation de MSF permet de gérer à la fois des projets moyen/long terme, comme de répondre à des crises humanitaires telles que les Philippines ou des situations de conflit comme en Syrie.

Frank : Pensez-vous que vous garderez contact avec des Haïtiens? N'est-ce pas trop difficile de les quitter après tout ce temps sur place?

J'ai gardé le contact avec plusieurs personnels de l'équipe avec laquelle j'ai travaillé dans le service des brûlés par mail et Facebook.
C'est vrai que le départ a été un moment émouvant pour moi comme pour ceux qui sont restés sur place, Haïtiens et expatriés.

Esther : Une expérience comme cela doit vous apporter beaucoup, qu'est ce que cela vous a apporté ?

Cette expérience m'a permis de progresser sur le plan médical mais aussi sur le plan humain et personnel.

Lou : Bonsoir ! Quels conseils donneriez-vous à des médecins qui voudraient tenter l'expérience ? Plus tard, j'aimerais bien partir comme vous l'avez fait (ce n'est pas une idée passagère).

Je vous conseille de partir, c'est possible dès l'internat lorsque vous avez acquis votre licence de remplacement et c'est bien de le faire quand on n'a pas encore d'attaches familiales ou professionnelles insurmontables.
C'est une expérience que tu ne regretteras pas.

Damdam : bonsoir Alexandre. As tu envie de repartir rapidement en mission?

Je ne repartirai pas tout de suite car j'ai un travail pour deux ans à l'hôpital de Montpellier, mais après ces deux ans, il est très probable que je repartirais.

Granola : A quoi servent concrètement les dons que vous recevez ?
FX : Je n'ai pas trop les moyens de faire un don. Comment vous aider autrement ?

Près de 90% de nos dépenses vont à notre mission sociale (achats de médicaments, du matériel chirurgical, ressources humaines et support aux missions...).
Nous soutenir moralement, c'est déjà bien.
Mais si tu n'es pas loin d'une de nos antennes en France, je t'invite à pousser la porte. Vous trouverez les adresses de nos antennes locales sur www.msf.fr/regions
Et vous pouvez aussi soutenir notre travail sur le terrain en envoyant un message sur www.avecmsf.fr

Merci Alexandre Guilhem. Un mot pour conclure ?

J'espère que j'ai répondu à la plupart de vos questions, merci de votre présence et de votre soutien, tout ce la ne peut exister que grâce à vos dons. Bonne soirée.
 

Alexandre n'a pas pu répondre à toutes vos questions. Si vous souhaitez en savoir plus sur les études à suivre pour travailler dans l'humanitaire, nous vous donnons rendez vous sur notre page Facebook : www.facebook.com/medecins.sans.frontieres

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