DNDI : Relancer la recherche sur les maladies négligées

Médecins Sans Frontières a commencé un programme de traitement des malades du sida par antirétroviraux (ARV) à la Blue House une structure de santé qui accueille des patients vivant dans le bidonville de Matharé à Nairobi.
©Chris de Bode

Après 30 ans d'abandon de R&D sur les maladies négligées, le DNDi montre qu'il est possible de développer des traitements adaptés aux besoins des malades. C'est pourquoi la DNDi lance aujourd'hui un appel aux pouvoirs publics pour qu'ils s'impliquent plus fortement en matière de R&D pour les maladies négligées.

Chaque jour, plus de 35 000 personnes meurent de maladies infectieuses telles que le sida, le paludisme, la tuberculose et de maladies négligées comme la leishmaniose, la maladie de Chagas ou la maladie du sommeil. Ces décès sont dus à l'absence de traitements efficaces ou adaptés aux besoins des malades.

"Sans diagnostics, vaccins, ou médicaments répondants aux besoins spécifiques des malades des pays pauvres, nous allons continuer à manquer des moyens de traitement efficaces", remarque le Dr Jean-Hervé Bradol, président de Médecins Sans Frontières. "Et c'est parce que nous ne disposons pas de ces outils que nous sommes parfois obligés d'adapter notre mode de prise en charge médicale", ajoute-t-il. C'est notamment le cas de nos programmes de prise en charge des malades du sida, où nous avons dû, comme au Malawi, simplifier les protocoles et décentraliser le suivi des malades, afin de prendre en charge plus de 4.000 patients. Ou pour la tuberculose, où nos équipes ont mis en place dans plusieurs programmes des protocoles de traitement de 6 mois (au lieu de 8) et proposent aux malades de venir en consultation une seule fois par mois, au lieu de se rendre quotidiennement dans une structure de santé pour prendre leur traitement sous supervision médicale, comme le recommande toujours l'OMS.

Mais ces différents aménagements ne sont que des tentatives d'améliorer la prise en charge des malades avec des méthodes diagnostiques ou des traitements qui restent obsolètes ou peu adaptés à l'environnement des malades. La recherche et le développement de nouveaux outils reste donc vitale pour répondre aux besoins spécifiques des malades des pays pauvres.

L'expérience du DNDi (Drugs for Neglected Diseases Initiative) montre pourtant qu'il est possible de rendre disponible des médicaments efficaces et répondant aux besoins des malades, rapidement et à un moindre coût. En 2006, un nouveau médicament pour traiter le paludisme, une co-formulation combinant un dérivé d'artémisinine (artésunate) et de l'amodiaquine, sera mis sur le marché. Simple d'utilisation, à un prix abordable (moins de un dollar par adulte et par traitement), cette nouvelle combinaison ne sera protégée par aucun brevet, donnant ainsi la possibilité à tout fabricant de le copier et donc de la rendre facilement disponible à un moindre coût.

Mais cette initiative privée, rendue possible par le soutien de l'Union Européenne, ne peut combler à elle seule 30 ans d'abandon total de la recherche et du développement sur les maladies négligées dont les Etats et les organismes internationaux comme l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) portent la responsabilité. Car, entre 1975 et 1999, sur près de 1400 médicaments mis sur le marché, seul 1% concerne le traitement de maladies infectieuses ou parasitaires. C'est le sens de l'appel lancé aujourd'hui par le DNDi pour plus d'implication des pouvoirs publics en matière de R&D pour les maladies négligées.

"La réalisation d'un nouveau médicament par le DNDi représente pourtant une véritable révolution pratique, note Jean-Hervé Bradol. Il constitue un bénéfice réel tant pour le patient que pour les praticiens de terrain, qui vont enfin disposer d'un traitement efficace et adapté aux besoins spécifiques des malades". De plus, les quelques cas de thérapies utilisées pour les malades des pays pauvres, comme par exemple les combinaisons à doses fixes de trithérapies pour les malades du sida, sont aujourd'hui utilisées par les malades des pays riches qui ne bénéficiaient pas jusqu'alors de ces traitements simplifiés. "On ne peut que souligner cet effet de contraste, résultat de la recherche et le développement de traitements destinés aux malades des pays pauvres, qui a notablement amélioré le confort de vie de tous les malades du sida" conclut Jean-Hervé Bradol.

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