URGENCE GAZA

Discours de Jérôme Oberreit, secrétaire général de MSF, sur la situation au Soudan du Sud, à l’Assemblée générale des Nations Unies

69ème session de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le Soudan du Sud, le 25 septembre à New York.
Allocution prononcée par Jérôme Oberreit, secrétaire général de Médecins Sans Frontières.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Médecins Sans Frontières apprécie d’avoir été invitée aujourd’hui à prendre la parole à cette réunion de haut niveau. Nos équipes médicales travaillent au Soudan du Sud depuis 30 ans. Nous comptons 3 800 collaborateurs médicaux et non médicaux gérant 26 projets dans neuf des dix états de ce pays. 

En bref, il s’agit là de notre plus grand déploiement dans le monde aujourd’hui. Et à juste titre, la violence contre les civils et le personnel de santé a atteint des niveaux effrayants depuis que la guerre a éclaté en décembre 2013. Les hôpitaux de MSF encore debout aux périodes de violence extrêmes pendant la guerre civile entre le Nord et le Sud, n’ont pas survécu à ce dernier conflit.   

En juillet, MSF a présenté un rapport documentant les attaques omniprésentes contre les patients, les agents de la santé et les infrastructures médicales depuis le début du conflit.

La violence contre les soins de santé n’est pas nouvelle dans le Soudan du Sud. Cette réalité, néanmoins, n’a pas relativisé le choc lié aux patients abattus dans leur lit et aux infrastructures de santé incendiées, pillées ou de toute autre manière détruites.

Malakal, Leer, Bentiu, Nasir sont quelques exemples emblématiques d’établissement médicaux qui ont été partiellement endommagés et dans certains cas, totalement détruits en début d’année. À Leer, notre personnel soignait les populations depuis vingt ans.

Des attaques délibérées contre des infrastructures médicales et du personnel constituent une violation flagrante du droit international humanitaire.

Les parties en conflit doivent s’assurer que tout le monde au Soudan du Sud peut se faire soigner sans redouter la violence. Les États qui peuvent user de leur influence sur les belligérants doivent exercer les pressions nécessaires pour veiller au plein respect de l’aide humanitaire et des civils victimes de la guerre.

Si les attaques perpétrées contre les soins de santé ont constitué un aspect préoccupant de ce conflit, les dommages causés par ces attaques contre la médicine dépassent largement ces actes de violence.

Les épidémies, l’écroulement général du système de santé, les poches de malnutrition sévère, et l’insuffisance de l’aide humanitaire apportée par la communauté internationale ont aggravé une situation déjà précaire.

Les équipes de MSF font face à une épidémie de choléra, au paludisme, à la leishmaniose viscérale, et à la malnutrition. Jusqu’à présent, nos équipes médicales ont pris en charge presque autant d’enfants malnutris que dans toute l’année 2013, soit plus de 16 000 enfants.

Àla mi-août 2014, les équipes de MSF avaient déjà traité 2 500 cas deleishmaniose viscérale, maladie mortelle si elle n’est pas soignée. Cela représente une hausse spectaculaire par rapport à 2013. Il est fort probable que la très forte détérioration de l’accès aux infrastructures médicales ait aggravé l’état de santé des patients que nos équipes doivent prendre en charge.

Malgré la dégradation de la situation et le niveau d’urgence humanitaire de niveau 3 déclaré pour le Soudan du Sud en février 2014, le système d’aide ne semble pas en mesure de s’adapter pour subvenir aux besoins les plus pressants. Bien que reconnaissant les efforts récents, le déploiement des agences onusiennes et des organisations non gouvernementales s’est largement confiné à la capital Juba et à d’autres endroits relativement faciles d’accès dans le pays.      

Les disparités sur le plan de l’aide sont frappantes dans les régions au cœur du conflit. Dans les États d’Unity et du Nil Supérieur, des villages ont été brûlés et pillés. Les populations ont dû fuir dans la brousse où elles sont livrées à elles-mêmes, ne recevant que peu ou pas du tout d’aide alimentaire ou autre aide internationale.

Il existe plusieurs îlots de personnes abandonnées à elles-mêmes vivant dans des conditions indescriptibles. Par exemple, une récente étude sur la malnutrition à Mandeng, État du Nil Supérieur, a révélé un taux alarmant de malnutrition aiguë de l’ordre de 23,5 pour cent.

Nous devons tous faire preuve de davantage de souplesse et nous adapter aux besoins sur le terrain.  

Dans les régions plus accessibles, MSF a accueilli favorablement la décision d’ouvrir des camps onusiens destinés aux victimes de la violence. Mais la protection des civils devrait également comprendre la protection contre les maladies. Non seulement le niveau d’aide dans les camps de protection des civils doit être maintenu mais aussi augmenté.

La réponse doit s’appuyer sur les besoins vitaux des personnes déplacées, peu importe où elles se trouvent.

Donc, le diagnostic est clair : les besoins humanitaires sont immenses et exponentiels mais le système d’aide est encore à la traîne.  La communauté humanitaire devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher ces pertes inutiles en vies humaines.

Alors que la saison des pluies s’achèvera dans les semaines à venir, notre plus grande priorité, en tant qu’acteurs humanitaires, est d’intensifier notre aide. Nous devons profiter du meilleur accès aux régions que nous n’avons pas pu atteindre par la route ou par d’autres moyens.

Il est essentiel que les États garantissent un financement souple et adéquat pour combler le vide en matière d’assistance.

Il faut que les parties de ce conflit cessent leur mépris total à l’égard des civils, de la mission médicale et de l’aide humanitaire.

Nous avons tous été confrontés à l’ampleur de la souffrance au Soudan du Sud. Nous aurons peut-être à faire face à des crises sur plusieurs fronts dans le monde. Mais ce n’est pas un prétexte pour manquer à notre devoir au Soudan du Sud. 

Merci.
 

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