Comment fonctionne MSF : la logistique de l’aide

Base de MSF Logistique à Mérignac près de Bordeaux en France.
Base de MSF Logistique à Mérignac, près de Bordeaux, en France. ©Sergio Cecchini/MSF

Bruno Delouche est directeur général adjoint du pôle logistique de MSF basé à Mérignac, près de l’aéroport international de Bordeaux. MSF Logistique reçoit, stocke et livre du matériel médical et non médical à un grand nombre de missions MSF à travers le monde. Bruno, qui travaille depuis 17 ans pour MSF Logistique, nous décrit ici comment le matériel est acheminé sur le terrain, parfois dans un délai de 24h.

Comment MSF Logistique est-elle organisée?

MSF Logistique est une centrale d’achat et de distribution humanitaire à but non lucratif. C’est une institution détentrice d’une licence pharmaceutique, ce qui veut dire que les autorités françaises nous autorisent à travailler dans le domaine de la distribution de médicaments. C’est pour cette raison que nous avons quatre pharmaciens au sein de notre équipe. Nous sommes également agréés entrepôts sous douane. Toutes nos fournitures sont officiellement « en transit », rien dans notre entrepôt n’est destiné à être utilisé en Europe. Avec ce statut, nous évitons les frais de douanes à l’importation : nous pouvons stocker les produits aussi longtemps que nécessaire et les envoyer sur le terrain directement, en réalisant la douane export nous-mêmes.

Environ 100 personnes travaillent aux achats, à l’approvisionnement, aux contacts sièges et terrains, au stockage, à la préparation de commandes et au transport de produits médicaux et non médicaux…Tâches auxquelles s’ajoutent les démarches administratives pour s’assurer que nous sommes en conformité avec les standards nationaux et internationaux.

Comment MSF Logistique a-t-elle évolué au fil des ans?

MSF Logistique a été créée il y a 25 ans : c’était un moyen pour MSF d’avoir « à portée de main » le matériel nécessaire pour nos différentes missions sur le terrain. Aujourd’hui, nous avons près de 20 000 articles dans notre base de données et environ 4000 en stock. Environ 3000 de ces articles sont des produits médicaux, les 1000 autres sont non médicaux.

Nous ne stockons pas tout : nous distribuons certains produits depuis nos fournisseurs ou  notre filiale de Dubaï. Tout dépend des produits et du délai de livraison. Pour les projets réguliers, on peut attendre une à plusieurs semaines, mais pour les urgences, nous avons besoin que tout soit prêt à partir. Nos dispositifs de préparation et de transport permettent de fournir plus de 100 tonnes de matériel médical et non médical en 24 heures, si besoin. Au cours des cinq dernières années, nous avons livré 5 000 tonnes en moyenne chaque année.

Il n’existe nulle part ailleurs dans le monde un centre logistique civil pouvant fournir des médicaments et des produits non-médicaux et  plus de 500 kits prêts à l’emploi, conçus pour des types d’urgence spécifiques. MSF a été la première à développer cette approche et reste la seule organisation humanitaire à l’utiliser. Nous sommes souvent contactés par d’autres organisations s’intéressant à nos kits, mais nous ne possédons pas les capacités pour répondre favorablement à ces demandes.

Une exception est notre partenariat avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en ce qui concerne la maladie du sommeil. Lorsque les médicaments pour traiter cette maladie ont cessé d’être produits, l’OMS a signé un contrat avec certaines compagnies pharmaceutique pour continuer de produire ces médicaments et a demandé à MSF Logistique de les distribuer. L’OMS a réalisé qu’un médicament à lui seul ne suffit pas pour soigner un patient, c’est pourquoi nous avons créé des kits «  maladie du sommeil » que nous envoyons aux ministères de la Santé qui en ont besoin – et l’OMS finance le tout.

Vos fournisseurs de médicaments sont-ils principalement européens ?

Pas du tout ! Nos principaux fournisseurs de médicaments oraux et de vaccins sont originaires d’Inde, « la pharmacie du monde ». Notre relation avec nos fournisseurs indiens a débuté en 2000, quand MSF a commencé à traiter le VIH/sida et a lancé la Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels (CAME). Aujourd’hui, nous faisons aussi appel à des producteurs indiens pour les médicaments contre la tuberculose, le paludisme et d’autres maladies.

Pour la plupart des traitements injectables – anesthésiques, antibactériens, et parentéraux, par exemple – nous nous fournissons principalement auprès de fabricants européens car l’évaluation de qualité et la validation de ces médicaments est un processus très complexe. Nous nous appuyons sur le réseau international des pharmaciens de MSF pour valider nos médicaments, ainsi que sur l’OMS. C’est pourquoi au sein de MSF, le nombre de pharmaciens a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie.

Avec la globalisation, on peut trouver n’importe quel médicament n’importe où, mais le principal problème est la qualité. On ne peut pas se procurer des médicaments en se basant uniquement sur le coût.

Comment fonctionne le système de commande ?

Pour une urgence, nous dressons une liste d’articles d’urgence avec les centres opérationnels. Cette liste est composée principalement de kits spécialisés que nous assemblons dans notre entrepôt.

Pour les achats réguliers destinés aux projets de terrain déjà en cours, nous avons des bons de commande basés principalement sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS. Nous avons aussi des produits non-médicaux, comme les véhicules et pièces détachées, les équipements de communication radio, le matériel de traitement de l’eau, etc.

Ensuite les équipes sur place organisent la réception de ces produits : entrepôts, transports et formalités administratives.

Achetez-vous localement?

MSF achète essentiellement des produits non-médicaux localement – comme des moustiquaires, du matériel pour construire des abris, etc. Et nous avons de plus en plus recours à des producteurs locaux pour les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi. Une personne travaille de manière internationale au contrôle qualité de ces produits, elle a notamment audité et approuvé des producteurs d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi au Niger, en République Dominicaine, au Kenya, et en Afrique du Sud.

Est-ce qu’il y a des cas qui se distinguent des autres selon vous?

Le dernier exemple de taille était Haïti. Normalement, lorsqu’il y a une catastrophe dans une partie du pays, nous avons toujours un support logistique quelque part ailleurs dans ce même pays. Mais dans le cas d’Haïti, dans la première phase nous ne pouvions envoyer du matériel à Port-au-Prince, nous avons tout envoyé à Saint-Domingue, en République Dominicaine, puis organisé le transport par voie terrestre jusqu’à Port-au Prince. Ce matériel comprenait un kit hôpital modulable composé de 14 tentes d’une surface de 90 mètres carrés chacune (soit à peu près 1 000 mètres carrés), avec deux salles d’opération. Nous avons travaillé en continu pendant plusieurs semaines, tout en continuant d’approvisionner les autres missions en parallèle.

Mais même quand c’est épuisant, nous savons clairement pourquoi nous existons. Du début à la fin, l’approvisionnement  est dirigé par des MSF pour des MSF. C’est pourquoi nous sommes attentifs à ce que tout soit bien fait, pour nos équipes sur le terrain et nos patients.

Comment fonctionne MSF Logistique?

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