Cambodge : prendre en charge la tuberculose

Projet de lutte contre la tuberculose au Cambodge avril 2014.
Projet de lutte contre la tuberculose au Cambodge, avril 2014. ©Matthew Smeal/MSF

Le Cambodge n'était pas une des destinations préférées d’Helen Tindall, infirmière. Mais, il lui a été finalement difficile de quitter ce pays au point de demander que sa mission au sein du programme de prise en charge de la tuberculose soit prolongée.

« Je souhaitais aller en Afrique. Je l’avais même dit lors de mon entretien de recrutement à MSF, explique Helen. Quand MSF m’a contactée, ils m'ont proposé le Cambodge. Je me suis auto convaincue d’accepter. Mais honnêtement, en aucun cas je n’aurais refusé cette proposition ».

Depuis octobre 2013, Helen travaillait comme infirmière coordinatrice MSF dans le service de prise en charge de la tuberculose à l'hôpital provincial de Kampong Cham. « Au cours de ma mission, j’ai été confrontée, tous les jours, à une pauvreté extrême et aux décès de personnes du fait de maladies que l’on peut pourtant prévenir et éviter ».

En tant qu’infirmière coordinatrice, Hélène supervisait le service des consultations externes comme celui d’hospitalisation de la tuberculose ; ce dernier est divisé entre la zone accueillant les cas confirmés et la zone accueillant les cas non-encore confirmés ainsi que la pédiatrie (car les enfants sont isolée des adultes confirmés).

« Je travaillais également dans le programme de prise en charge de la tuberculose multi résistante, activité nécessitant davantage de soins à domicile. Je menais aussi beaucoup d’actions d’information et d’éducation dans les écoles, dans les villages etc. afin de sensibiliser les populations sur la tuberculose. » Du fait de l’importante prévalence de cette maladie au Cambodge, deuxième pays le plus touché au monde (800 malades pour 100 000 habitants), ce type d’activités est essentiel. « La tuberculose est tellement fréquente dans ce pays que tout le monde connaît cette maladie. Beaucoup disaient « oui nous en avons entendu parler, c’est une toux », mais ça n’allait pas plus loin, il fallait aller au-delà de ces connaissances basiques ».

Comme le Cambodge est également un pays très pauvre, la malnutrition y est également un réel problème. « La tuberculose est une maladie de la pauvreté et elle est étroitement liée à la malnutrition : les gens sous-alimentés ont un système immunitaire affaibli. Et, quand on est atteint de tuberculose, si on ne se nourrit pas correctement, on devient encore plus faible. Des gens qui pèsent initialement 50 kg maigrissent tellement qu'ils peuvent arriver jusqu’à 35 kg ou même 30 kg. Les enfants sont chétifs et semblent avoir 5 ans de moins que leur âge réel. Je me souviens d’un enfant âgé de 13 ans rencontré au début de ma mission. J'ai cru qu'il en avait 7 tellement il était malnutri. Chacune de ses respirations était visible, il avait la peau sur les os. Pendant une semaine, je suis allée le voir chaque matin. Un jour, quand je suis arrivée, son lit était vide. Il était si faible qu’il avait fini par mourir. C'était un vrai choc ».

La pauvreté explique aussi en partie le fait que la lutte contre les maladies transmissibles soit difficile, de même que la lente augmentation du nombre de cas de tuberculose multi-résistante qui, même si elle n’est pas encore très répandue, ne peut être ignorée. Or la prise en charge dans les pays développés diverge nettement de la prise en charge dans les pays en développement. « Dans les pays développés, lorsque vous êtes atteint d’une tuberculose multi-résistante,  vous êtes placé en isolation pour six mois ou plus, jusqu'à ce qu’il ne reste plus aucune bactérie dans votre corps – ce  qui doit être confirmé en laboratoire. Au Cambodge, une fois que votre état clinique est stabilisé, après que le traitement ait été initié et que la prise en charge soit arrangée avec la communauté, vous rentrez simplement à la maison où on vous conseille de rester loin de votre famille et de ne pas manger ni dormir avec eux ».

Malgré les nombreux défis, notre programme de dépistage et de traitement des personnes atteintes de tuberculose au Cambodge continuera. Hélène ne s’arrêtera pas non plus tout de suite. Elle a demandé que sa mission soit prolongée ; demande qui a été approuvée par MSF. « Je pense qu'il y a de l’espoir. En 2012, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a annoncé que les taux de tuberculose au Cambodge avaient diminué de moitié au cours de la dernière décennie et – même si ce pays détient encore un des taux les plus élevés dans le monde ils continuent à diminuer. Je pense que le travail mené par MSF a beaucoup contribué à ce succès. »

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