Cambodge - Pharit, la mémoire du programme sida de MSF à Phnom Penh

Pharit éducateur thérapeutique à MS auprès d'un patient hospitalisé au service des Maladies infectieuses de l'hôpital AKS  Phnom Penh 2008
Pharit, éducateur thérapeutique à MS, auprès d'un patient hospitalisé au service des Maladies infectieuses de l'hôpital AKS - Phnom Penh 2008 ©MSF

Pharit a été éducateur thérapeutique à l'hôpital de l'Amitié khméro-soviétique (AKS) à Phnom Penh pendant 12 ans. Il a participé activement à la mise en place du programme sida de MSF à l'hôpital AKS. Toutes ces années passées auprès des patients venant en consultation ou des patients hospitalisés lui ont laissé beaucoup de souvenirs, alors que MSF achève la passation de son programme.

Cela fait douze ans déjà que Pharit Chea travaille auprès des patients atteints du VIH/sida à l'hôpital de l'Amitié khméro-soviétique à Phnom Penh. Il a d'ailleurs été le premier à exercer la fonction d'éducateur thérapeutique et de travailleur social à MSF dans la capitale cambodgienne. Il a commencé en octobre 1997 quand MSF ouvrait le programme de prise en charge du VIH/sida dans le service des maladies infectieuses. « C'était un hôpital pour indigents, se souvient Pharit. Au début, mon travail consistait à aider les patients infectés par le virus du sida. Ceux qui étaient hospitalisés et se retrouvaient seuls, abandonnés par leurs proches, il fallait les nourrir, les accompagner aux toilettes. » A la sortie de l'hôpital, certains patients étaient trop faibles pour travailler et ne savaient pas où se loger.

Au-delà du traitement médical, il a donc fallu imaginer différentes mesures pour venir en aide à ces patients, notamment allouer un budget à l'éducateur thérapeutique/travailleur social pour qu'il puisse donner de l'argent aux patients sans ressources de manière que ceux-ci s'achètent de la nourriture, les repas donnés à l'hôpital étant insuffisants. Des aides-soignants ont été recrutés pour s'occuper des malades abandonnés non autonomes. Autre mesure mise en place: la recherche d'une place dans un centre d'hébergement, pour y envoyer, à la sortie de l'hôpital, le patient se retrouvant seul ou celui accompagné d'un conjoint également séropositif ou d'enfants victimes de la discrimination de la part de la famille ou de la communauté.

Car à cette époque-là, le sida faisait très peur. « Quand les gens voyaient une personne  infectée par le virus, elles ne restaient pas à côté, se souvient Pharit. La discrimination était très forte. Dans mon village, un homme était mort du sida. A son enterrement, juste quelques personnes de sa famille sont venues. »

Pharit a aussi été amené à apporter un soutien psychologique aux patients souvent déprimés et à encourager les conjoints de patients hospitalisés, et parfois aussi leurs enfants, à faire un test de dépistage du sida, de manière à les traiter au cas où eux aussi étaient porteurs du virus. Les enfants justement pouvaient exiger une attention particulière. « Je me souviens, raconte Pharit, d'une patiente qui avait trois enfants, le plus âgé avait huit ans et le plus petit trois ans. Elle s'était retrouvée seule, sans logement. Elle était gravement malade et est morte quelques semaines après son hospitalisation. Nous avons alors envoyé les enfants dans un orphelinat que nous connaissions, à 40 km de Phnom Penh. »

Au fil des ans, le nombre des éducateurs thérapeutiques a augmenté jusqu'à cinq au plus fort de l'activité. Et leur travail a évolué. Concernant la sensibilisation par exemple, les séances organisées pour les patients se limitaient initialement aux modes de contamination. Puis quand MSF a introduit les médicaments antirétroviraux (ARV) en 2001, les éducateurs thérapeutiques (ou "counsellors" en anglais) ont été appelés à jouer un rôle essentiel : veiller à ce que les patients prennent bien leur traitement ARV. Dans la pratique, cela signifie que les patients ont obligatoirement trois rendez-vous avec l'éducateur thérapeutique avant de recevoir les ARV. « Après, explique Pharit, ils doivent rencontrer le counsellor ou se réunir en groupe pour le travail d'adhérence au traitement à chaque fois qu'ils vont voir le médecin. Grâce à cela, ajoute Pharit avec un sourire, le traitement antirétroviral a connu des succès remarquables. Les personnes porteuses du virus mises sous traitement ont été sauvées de la mort alors qu'avant, si certains patients hospitalisés dans notre service ne mouraient pas à leur première hospitalisation, ils mouraient à leur deuxième ou leur troisième hospitalisation. »

De fait, l'implication des éducateurs thérapeutiques a porté ses fruits. Pour déterminer l'efficacité du traitement VIH, une évaluation avait été faite sur les patients traités entre 2003 et 2007. Il en est ressorti que seulement 4% des patients étaient en échec virologique (avec une charge virale supérieure à 1000), un bon résultat dû en grande partie à l'expertise des éducateurs thérapeutiques. Le travail qui a été réalisé pour enrichir cette fonction a d'ailleurs servi au-delà du Cambodge, dans d'autres programmes sida menés par MSF.

Autre évolution notable, alors que les antirétroviraux ont été introduits pour la première fois dans ce grand hôpital de Phnom Penh par MSF, aujourd'hui  NCHADS (Programme national de lutte contre le sida) fournit ces traitements dans de nombreux centres ARV dans le pays et veut maintenant prendre en charge les patients séropositifs. MSF va donc quitter en juin l'hôpital de l'Amitié khméro-soviétique. Dans cette perspective, Pharit et les autres éducateurs thérapeutiques de MSF ont transféré leurs compétences au personnel d'AUA, l'Association des utilisateurs d'antirétroviraux qui a été créée par d'anciens patients de l'hôpital de l'Amitié khméro-soviétique. A l'issue de cette formation théorique et pratique, les éducateurs thérapeutiques d'AUA ont pris le relais du personnel de MSF. Mais Pharit et Sopha, l'autre éducatrice thérapeutique qui travaille depuis onze ans à MSF, seront là jusqu'à la fin en juin pour superviser le travail de leurs collègues d'AUA et les conseiller en cas de besoin.

 

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