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Cambodge - Le sida et la tuberculose, deux maux à combattre en prison

Cambodge 2010 consultation MSF à la prison CC1.
Cambodge, 2010, consultation MSF à la prison CC1. © Agnes Christophe/MSF

Reportage au Centre correctionnel N°1 de Phnom Penh, l'une des deux prisons où interviennent les équipes de MSF pour diagnostiquer et traiter les détenus atteints de tuberculose et du VIH.

Dans le passage ombragé qui longe le poste de santé de la prison CC1 (Centre correctionnnel N°1) à Phnom Penh, plusieurs détenus vêtus d'une chemise et d'un pantalon bleu, forment une file d'attente.

L'équipe de MSF a déjà pris place. Panha, infirmier MSF s'est aménagé un petit espace avec des paravents, et  fait signe à un détenu de rentrer. L. se présente. Il a 24 ans et est incarcéré depuis une semaine.

D'emblée, Panha lui pose une série de questions. « Tousse-t-il depuis plus de deux semaines ? A-t-il de la fièvre ? A-t-il perdu du poids ces deux derniers mois ? Crache-t-il du sang ?... »

Panha procède de la même manière avec tous les détenus pour détecter d'éventuels symptômes de la tuberculose, pathologie répandue au Cambodge. En 2008, le pays comptait pas moins de 39 820 cas de tuberculose, selon le ministère de la Santé. Et en milieu carcéral, les risques de transmission sont particulièrement élevés du fait de la promiscuité et de la mauvaise ventilation des cellules.

L. ne présente pas de signes laissant suspecter une tuberculose. Inutile donc de faire des analyses. Panha lui parle du test du sida, mais L. n'en voit pas la nécessité. La visite n'est pas finie pour autant. L. va être reçu par Sopheara, la "counsellor " de MSF pour le sida.

Sopheara lui demande ce qu'il sait du sida, de ses modes de transmission, lui explique aussi l'importance du test.
« Si tu es séropositif, nous te soignerons et te mettrons sous traitement. Et si tu ne l'es pas, tu ne te poseras pas la question si tu tombes malade. » Finalement convaincu, il accepte de faire le test de dépistage. Mais fait la grimace à la vue de la seringue ! Tous les prélèvements effectués seront envoyés dans l'après-midi au laboratoire. Une fois les résultats disponibles, le "counsellor" MSF le communiquera à chacun des détenus, tout en veillant à en préserver la confidentialité.

Dépistage systématique de la tuberculose. Depuis début février, l'équipe MSF effectue, avec l'aide des agents du poste de santé du Centre correctionnel N°1 (CC1), le dépistage systématique de la tuberculose et propose le test du sida. De manière à réduire les risques de transmission, cette opération concernera d'abord les quelque 2750 détenus de CC1 et ensuite la population carcérale de deux autres maisons d'arrêt de Phnom Penh, CC2 et PJ. Car jusque là, MSF prenait en charge seulement les détenus déjà reconnus séropositifs et ceux co-infectés par le sida et la tuberculose.

Traitement anti-rétroviral pour les détenus séropositifs. Une fois dépistés, les détenus séropositifs sont mis, si leur état le justifie, sous traitement antirétroviral. C'est le cas aujourd'hui pour cet homme marié de 25 ans, incarcéré depuis quatre mois, mais pas encore passé en jugement. Vissal, infirmier, lui prépare son traitement pour deux semaines, met les médicaments dans des sachets en plastique et lui donne aussi un réveil pour les prendre à l'heure prescrite. Le détenu suivant a lui entamé un traitement anti-tuberculeux mais a du mal à le suivre. Vissal lui rappelle donc l'importance de l'adhérence avant de lui renouveler son traitement.

Suivi quotidien pour les patients sous traitement. Tous les jours, une équipe MSF vient ainsi à CC1 faire le dépistage de la tuberculose et du HIV. Et une fois par semaine, un médecin et un infirmier MSF viennent donner des consultations pour le suivi et le traitement des détenus séropositifs ou atteints de tuberculose. « Il est très difficile, parfois même impossible, d'extraire les prisonniers pour une consultation VIH ou tuberculose, explique Agnès la coordinatrice du projet. C'est pourquoi nous intervenons à l'intérieur de la prison avec le personnel du poste de santé que nous avons formé au "counselling". »

Aujourd'hui, 12 détenus séropositifs ont été vus en consultation. Et sur les 16 autres détenus vus par l'équipe en charge du dépistage du VIH et de la tuberculose, un détenu présente des symptômes laissant suspecter une tuberculose. Un prélèvement de crachats a donc été effectué. L'analyse en labo confirmera éventuellement le diagnostic de tuberculose.

Ce diagnostic vient d'être confirmé pour trois détenus vus la semaine passée. Le test de dépistage a révélé la présence du bacille de la tuberculose dans l'échantillon de leurs expectorations. Il incombe maintenant à l'infirmier d'en informer les détenus et de les mettre sous traitement tandis que le "counsellor " veillera à la bonne adhérence au traitement.

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