Cambodge : améliorer la prise en charge de la tuberculose dans les prisons

A Phnom Penh au Cambodge Médecins Sans Frontières intervient dans plusieurs prisons.
A Phnom Penh, au Cambodge, Médecins Sans Frontières intervient dans plusieurs prisons. ©Brigitte Breuillac/MSF

MSF étend ses activités médicales dans trois prisons de Phnom Penh pour fournir des soins de santé primaire en plus du dépistage et du traitement du VIH et de la tuberculose.

MSF travaille dans les prisons CC1, CC2 et PJ de Phnom Penh (qui représentent 25 % de la population carcérale totale du Cambodge) depuis février 2010, pour améliorer la prise en charge de la tuberculose et du VIH. Les conditions d'incarcération dans les prisons cambodgiennes (surpopulation, ventilation insuffisante, exiguïté) sont effectivement propices à la propagation de maladies comme la tuberculose. Le Cambodge fait d’ailleurs partie des 22 pays les plus fortement touchés, et la prévalence de cette maladie chez les détenus cambodgiens est quatre à six fois supérieure à celle de la population générale. Le taux d'infection par le VIH est jusqu'à neuf fois supérieur.

Améliorer le dépistage

MSF a d'abord concentré ses efforts sur la mise en place d'un programme de dépistage complet de la tuberculose et du VIH pour tous les prisonniers. Plus de 3 600 détenus ont été dépistés entre février 2010 et juillet 2011. Une zone de quarantaine a été créée pour séparer les malades de leurs codétenus. Près de 164 patients ont ainsi pu être diagnostiqués et traités contre la tuberculose, et 94 patients suivent un traitement antirétroviral.

« Notre objectif est de mettre en place un système permettant d'isoler chaque nouveau prisonnier pour le dépister dans les 48 heures suivant son arrivée », affirme Jean-Luc Lambert, chef de mission au Cambodge. « Le prochain défi va être d’établir des procédures efficaces, viables et acceptables pour que les détenus puissent recevoir des soins de qualité une fois diagnostiqués. »

Soins continus

MSF prend en charge les patients tuberculeux et/ou séropositifs au cours de leur détention et leur facilite l'accès aux médicaments et à un suivi médical après leur libération ou leur transfert vers une autre prison. Cet aspect est essentiel pour prévenir la transmission de la tuberculose, notamment dans ses formes résistantes.

« Notre principal défi consiste à garantir que les détenus, une fois libérés, continuent à recevoir un traitement », déclare Jean-Luc. « Il est inutile de commencer un traitement en prison si le patient arrête de prendre ses médicaments une fois libéré. Au contraire, cela peut favoriser la propagation de formes plus résistantes de la maladie, qui sont bien plus difficiles à soigner. »

Diagnostic précoce

Srey*, âgée de 29 ans, a été emprisonnée en mars 2010 et dépistée séropositive pour la première fois en mars 2011 par MSF. Grâce à MSF, elle a reçu un traitement antirétroviral. En juin, des symptômes liés à la tuberculose sont apparus. Les tests ont confirmé qu’elle avait contracté la maladie, probablement auprès d'un autre détenu. Elle a donc suivi un traitement antituberculeux jusqu'à sa libération en octobre 2011.

« Je n'ai pas eu peur quand j'ai appris que j'avais la tuberculose, car une femme de l'équipe médicale de la prison m'a prise en charge et expliqué le traitement », confie Srey. « Elle m'a donné des médicaments et m'a dit que je devais tous les prendre pour que mon corps puisse se débarrasser des germes tuberculeux. Au début, je me sentais très fatiguée et je toussais beaucoup. J'avais souvent de la fièvre, des frissons, j'étais enrhumée. »

Avant la libération de Srey, MSF a fait en sorte qu'elle puisse continuer son traitement dans un centre médical local de son quartier. « Je n'arrêterai pas mon traitement tant que je ne serai pas complètement guérie, car j'habite avec mon enfant et ma sœur, et je ne veux pas mettre leur vie en danger. Si d'autres y arrivent, pourquoi pas moi ? », déclare Srey.

« Srey illustre parfaitement l'importance du dépistage et du traitement des détenus au sein des prisons, pour le patient, mais aussi d'un point de vue de santé publique », affirme Christine Wagari, coordinatrice du projet dans les prisons. « Pendant la courte durée de son incarcération, elle a été infectée par la tuberculose. Sans diagnostic, éducation et traitement, elle aurait transmis la maladie à ses proches à son retour. Et si elle n'avait pas terminé son traitement dans ce centre de santé local, elle aurait peut-être développé et propagé une forme plus virulente de tuberculose résistante ».

Patients négligés

En plus de continuer à prendre en charge les prisonniers infectés par le VIH et/ou la tuberculose, MSF élargit ses activités médicales pour répondre aux principaux problèmes de santé des détenus des trois prisons, en fournissant notamment des soins infirmiers et des traitements contre les MST et les maladies de peau.

*Le nom a été modifié.

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