Depuis septembre 2015, MSF a rouvert des activités dans le nord de la France pour venir en aide aux réfugiés bloqués à Calais, Grande-Synthe près de Dunkerque, Dieppe et Lille.

CALAIS

Le démantèlement de la Jungle – « plus grand bidonville d’Europe » – s'est déroulé entre le 24 octobre et le 27 octobre 2016. 1250 policiers supplémentaires ont été mobilisés, s’ajoutant à une présence policière déjà massive sur le Calaisis. Si à Calais l’afflux de migrants souhaitant se rendre en Grande-Bretagne et construisant des abris temporaires est continu depuis la fin des années 90, l’existence de l’actuelle Jungle remonte à début 2015, lorsque la mairie décide de regrouper les camps éparpillés sur Calais dans un site unique, en périphérie de la ville. L’objectif de cette dernière action était de démanteller complètement la Jungle et ne plus laisser de camps de migrants se réinstaller.

Le plan du gouvernement est d’envoyer les migrants actuellement présent – sur une base volontaire – vers les CAO (Centres d’Accueil et d’Orientations). Ils y seront alors incités à déposer une demande d’asile. Les migrants qui refuseront de partir en CAO et continueront d’errer dans le Calaisis, risqueront rapidement l’expulsion vers le pays d’origine ou le premier pays d’Europe par lequel ils ont transité.

 

Une équipe MSF était présente à Calais depuis septembre 2015 sur le site de "la Jungle", où vivaient des exilés qui ont fui notamment le Soudan, la Syrie, l’Afghanistan, l'Erythrée, dans des conditions misérables. Face au besoin en abris devenu urgent avec l’hiver, MSF a construit plus d'une centaine d'abris en bois.

Malgré l'expulsion de près de la moitié du camp de réfugiés en février 2016, ils étaient encore entre 6000 et 8000 à vivre sur la moitié de la surface du site d'origine. Lors de la destruction et de l'évacuation de la partie sud du camp, le 29 février, MSF avait installé un dispensaire afin de prendre en charge les blessés. Le 1er mars, MSF avait transféré ses activités médicales à l'hôpital de Calais. Entre novembre 2015 et février 2016 : 8 416 consultations ont été dispensées, dont 25% pour des infections respiratoires et 20% pour des cas de gale. Beaucoup de nos patients étaient âgés de 15-18 ans. 54 consultations pour des cas de "violence non-accidentelle" avaient par ailleurs été assurées.

Au sein de la Jungle, MSF avait intensifié ses actions d’assistance auprès des groupes les plus vulnérables : les femmes, les mineurs non accompagnés et les migrants montrant des signes de troubles psychologiques. Notre intervention se concentrait sur des activités de sensibilisation et des activités de santé mentale grâce au soutien d'un psychologue et d’un psychiatre présents dans le centre médical de la Jungle.  

MSF avait également également un centre de jeunesse, en partenariat avec d’autres organisations présentes dans la Jungle, afin d’offrir aux mineurs un soutien psychologique, un accès à des informations d’ordre juridique et des activités éducatives. Selon le dernier recensement, publié le 12 octobre 2016 par France Terre D’Asile, 1291 mineurs étaient présents sur le site.

Le 25 octobre 2016, lors de l'opération de démantèlement complet, nos équipes ont constaté que le tri entre mineurs et majeurs effectué par les services d’état était réalisé de manière expéditive, exclusivement de visu.  Les impératifs de gestion des flux ont ainsi pris le pas sur l’attention et la protection individuelle qui devraient être accordées aux mineurs présents sur la jungle.


La Jungle de Calais photographiée le 30 septembre 2015

La Jungle de Calais photographiée le 30 septembre 2015. © Aurélie Baumel/MSF

 

GRANDE-SYNTHE

Le camp du Basroch à Grande-Synthe, près de Dunkerque, comptait en octobre environ 800 réfugiés. Début janvier ils étaient 2500 et parmi eux, beaucoup de familles avec de jeunes enfants. Les conditions de vie y étaient indécentes, les réfugiés vivaient dans la boue.

Ce camp ressemblait à la jungle de Calais en pire. Les équipes MSF y ont déployé des activités similaires : remise en état des installations sanitaires, pose de 20 toilettes chimiques supplémentaires, ramassage des ordures.

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Les sanitaires du camp du Basroch, à Grande-Synthe, photographiés le 8 janvier 2016, avant que MSF ne construise un camp où les réfugiés pourront vivre dans des conditions décentes. © Stéphane Roques/MSF

Face à l’inaction des pouvoirs publics, le maire de Grande-Synthe avait sollicité MSF en décembre 2015 pour répondre à l’afflux de migrants et de réfugiés dans sa commune. MSF avait répondu à cette situation d’urgence en apportant des améliorations aux infrastructures sanitaires et en dispensant des soins médicaux dans le camp du Basroch. 

En janvier 2016, les équipes logistiques de MSF ont lancé les travaux d’aménagement d’un nouveau site pour les réfugiés, travaux entièrement pris en charge par MSF. Le déménagement vers ce nouveau site dit de "la Linière" a eu lieu en mars, mené conjointement avec la municipalité qui visait à mettre les réfugiés à l’abri et au sec et à leur offrir des conditions de vie plus acceptables. Dès son ouverture, ce nouveau camp a été géré par l’association UTOPIA 56, mandatée par la mairie.

Le gouvernement français a ensuite accepté de financer le camp de Grande Synthe et promis 3,9 millions d’euros. La mairie a choisi l’AFEJI (Association Flandres Éducation Formation Jeunes Insertion) pour prendre la direction du camp, remplaçant ainsi l’organisation UTOPIA 56. Malgré le financement du camp de Grande Synthe par le gouvernement, MSF continue de surveiller la situation et le changement de direction en cours.

MSF espère que la gestion du camp continuera de se faire dans le respect des principes convenus avec le maire lorsqu’il a été construit : donner aux gens un espace de vie propre et sec, un accès aux soins et aux besoins de base tels que l’eau potable, la nourriture et les produits d’hygiène, et créer un environnement sûr et sécurisé tout en permettant aux gens d’y entrer et d’en sortir librement. Enfin, le gouvernement doit maintenir son étroite collaboration avec les nombreuses associations qui travaillent dans le camp.

Selon les derniers chiffres datant d'octobre 2016, la population du camp a baissé et compte environ 850 personnes. MSF n'y travaille plus depuis septembre dernier.


DIEPPE

La ville portuaire de Dieppe a connu une hausse significative du nombre de migrants depuis fin 2015. Un important groupe de migrants albanais a installé un camp au bord d’une falaise, en dehors du port principal qui dessert Newhaven au Royaume-Uni.

Le 1er juin, une violente tempête a dévasté les fragiles tentes des migrants, dont les affaires ont été trempées. Des rochers ont également été délogés par les vents puissants et la pluie, et sont tombés sur le camp de fortune. Par chance, personne n’a été blessé.

Une fois la tempête passée, l'association Itinérance Dieppe, qui s’occupe des migrants, a demandé au maire de venir en aide à plus de 80 migrants laissés sans abris et exposés au froid. Le maire de Dieppe a refusé.

Le jeudi 2 juin, des représentants de MSF se sont rendus à Dieppe afin d’aider à améliorer les conditions de vie alarmantes des migrants réfugiés au bord de la Manche. MSF a mobilisé des équipes de Dunkerque et de Calais, et apporté sur le site 20 grandes tentes humanitaires, plus de 100 couvertures et 100 lits de camp métalliques. L’organisation continue également de fournir un soutien logistique à Itinérance Dieppe.

#MSF apporte un support logistique à l'association "Itinérance" qui soutient actuellement 80 migrants à #Dieppe. pic.twitter.com/oEMFCtheyY

— MSF France (@MSF_france) 1 juin 2016


LILLE – Parc des Olieux

Dans la ville de Lille, MSF soutient un groupe de 50 mineurs non accompagnés et sans abri. Ces mineurs sont principalement originaires d’Afrique de l’Ouest. Chaque semaine, on décompte de nouveaux arrivants. Ces migrants sont soutenus par un groupe de volontaires qui a créé le « Collectif des Olieux » afin de structurer la distribution d’aide et les activités, ainsi que d’interroger les autorités locales sur leur refus d’apporter de l’aide à ce groupe de mineurs (selon la loi française, ils doivent être pris en charge et protégés par l’État une fois leur âge prouvé). Les jeunes migrants dorment dans un petit parc public appelé le Parc des Olieux. Ils n’ont accès à aucun sanitaire et ont du mal à trouver de l'eau potable.

MSF leur apporte un soutien logistique et se tient prête à augmenter son aide si nécessaire. L’organisation a fait don de deux grandes tentes humanitaires, de plus de 60 kits de bienvenue (contenant des serviettes, des kits d’hygiène et un matelas de camping) et installé deux toilettes chimiques sur le site, entretenues chaque semaine.

Le département du Nord a l’obligation légale de fournir un logement et de proposer son soutien aux mineurs non accompagnés présents dans sa circonscription. Ce groupe de jeunes vit dans des conditions sanitaires déplorables, sans accès à un logement sûr ni à l’éducation.

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