Contexte

Depuis quelques années, en France, on assiste à une dégradation de l’offre de soins à cause d’un désengagement de l’Etat. Les populations les plus précaires ou en situation d’exclusion, parmi lesquelles les demandeurs d’asile ou les personnes sans titre de séjour, rencontrent davantage d’obstacles pour accéder aux soins médicaux.

La dégradation des conditions d’accueil et d’hébergement en France s’ajoute aux problèmes de santé. Seuls 30 % des demandeurs d’asile ont accès aux centres d’accueil et les délais de prise en charge pour les familles peuvent dépasser plusieurs mois. Les mineurs isolés et les familles demanderesses d’asile à la rue sont d’ailleurs en nette augmentation et clairement délaissés par les pouvoirs publics.

Les problèmes de santé rencontrés par ces populations restent assez représentatifs des pathologies de la rue (infections dermatologiques, infections respiratoires, douleurs articulaires, troubles du sommeil, etc.). Quant aux pathologies psychiatriques et psychologiques, elles résultent de l’accumulation de nombreux facteurs de vulnérabilité.

MSF a ouvert en mars 2007 un centre de soins médico-psychologiques à Paris, dont l'objectif était d’accueillir, orienter et apporter une offre de soins médico-psycho-sociale à des patients fortement fragilisés par leur parcours et leur situation administrative et sociale en France. L’accès de cette population aux soins psychologiques existants étant limité, sinon impossible, en raison d’une conjonction de facteurs : la nature et l’intensité des troubles, la précarité sociale et administrative et la barrière linguistique.

Le centre s’adressait principalement à des personnes ayant subi des violences traumatiques dans leur pays d’origine ou lors de leur exil, et ne pouvant être prises en charge de manière adaptée dans d’autres structures. Les Tchétchènes et Afghans représentaient respectivement 37,9 % et 16,5% des patients vus au centre, essentiellement pour des raisons psychiques. Dépression sévère, angoisse majeure, syndrome de dépression post-traumatique : l’intensité et le type de symptômes étaient évalués via les consultations cliniques. Le centre proposait également des consultations médicales, essentiellement pour des raisons liées aux troubles du sommeil, souvent associés à d’autres symptômes somatiques (céphalées, douleurs abdominales et thoraciques, vertiges, perte d’appétit…).

Les équipes assuraient également des permanences sociales destinées à aider les patients à faire valoir leurs droits, notamment en matière de couverture maladie et d’hébergement.

Notre centre de soins médico-psychologiques a été fermé en mai 2013, mais MSF a rouvert des activités en France depuis septembre 2015 pour venir en aide aux réfugiés.

Projets

CALAIS

Une équipe MSF est présente à Calais, depuis le 10 septembre, sur le site dit de la Jungle. C’est là que vivent dans des conditions misérables des exilés qui ont fui le Soudan, la Syrie, l’Afghanistan, l'Erythrée… Alors qu’ils étaient 2500 à être installés sur ce site inadapté et non aménagé en mars, en octobre ils étaient près de 6000. Début janvier, leur nombre avait diminué entre 4500 et 5000. Les pouvoirs publics s’efforcent de désengorger ce camp bidonville en les envoyant dans des centres dits « d’accueil et d’orientation » pour envisager une demande d’asile.

L’équipe logistique de MSF a organisé la collecte des déchets et sensibilisé les migrants à y participer. Une camionnette MSF passe tous les jours dans le camp pour ramasser les ordures et distribuer des sacs poubelles. 20 tonnes de déchets sont ramassées tous les jours avec le concours des services techniques municipaux qui vident les bennes. Les conditions d’hygiène restent déplorables. Il n’y a pas assez de toilettes et de douches, bien que nos équipes aient installé 45 toilettes chimiques.

MSF dispense des soins infirmiers, de kinésithérapie et des consultations médicales. Notre équipe a d’abord travaillé dans le dispensaire de Médecins du Monde. Puis pour offrir des soins dans de meilleures conditions, MSF a construit un dispensaire en dur, ouvert début décembre, où seule y travaille une équipe MSF. MDM a cessé ses activités de soins primaires dans le camp, les tentes et cabanons où nous donnions conjointement des consultations ont été démontés. Notre équipe médicale comprend médecins et infirmières ainsi qu’un kinésithérapeute et une psychologue pour offrir des soins élargis. Infections respiratoires, petits traumas (entorses, fractures, plaies) sont les principales pathologies observées.

Face au besoin en abris devenu urgent avec l’arrivée de l’hiver, MSF a commencé en novembre à construire des abris en bois dont la distribution est confiée à une association locale.

Comme les conditions d’hygiène sont très mauvaises, puisqu’il est très difficile de se laver, les dermatoses sont fréquentes, les cas de gale aussi. Autres pathologies observées, les infections respiratoires hautes en raison du froid et les entorses, fractures, plaies que les réfugiés se font quand ils tentent de rentrer dans les camions ou de sauter dans les trains qui empruntent le tunnel sous la Manche. 

Il y a une myriade d’acteurs de tous bords, professionnels ou improvisés. Ce sont des associations créées localement pour répondre à la problématique des migrants – l’une d’elles distribue des repas chauds. Des associations nationales de secours sont aussi présentes ainsi que de très nombreux bénévoles français et anglais. Les Calaisiens interviennent également le week-end. Tout ce monde apporte de la nourriture, des vêtements, des choses très diverses qu’ils distribuent gratuitement. Ces diverses initiatives visent à rendre la situation acceptable dans le camp alors que les pouvoirs publics abandonnent à leur sort ces exilés.

GRANDE-SYNTHE

Le camp du Basroch à Grande-Synthe, près de Dunkerque, comptait en octobre environ 800 réfugiés. Début janvier ils étaient 2500 et parmi eux, beaucoup de familles avec de jeunes enfants. Les conditions de vie y étaient indécentes, les réfugiés vivaient dans la boue.
 
Ce camp ressemblait à la jungle de Calais en pire. Les équipes MSF y ont déployé des activités similaires : remise en état des installations sanitaires, pose de 20 toilettes chimiques supplémentaires, ramassage des ordures.

Face à l’inaction des pouvoirs publics, le maire de Grande-Synthe a sollicité MSF en décembre pour répondre à l’afflux de migrants et de réfugiés dans sa commune. MSF a répondu à cette situation d’urgence en apportant des améliorations aux infrastructures sanitaires et en dispensant des soins médicaux dans le camp du Basroch. 

En janvier, les équipes logistiques de MSF ont lancé les travaux d’aménagement d’un nouveau site pour les réfugiés, travaux entièrement pris en charge par MSF. Le déménagement vers ce nouveau site dit de "la Linière" a commencé le lundi 7 mars et s'est terminé le 9. Cette opération menée conjointement avec la municipalité visait à mettre les réfugiés à l’abri et au sec et à leur offrir des conditions de vie plus acceptables.

Le camp ne sera pas géré par MSF mais par l’association UTOPIA 56, mandatée par la mairie. Les associations locales et internationales qui ont fourni pendant des mois aide et assistance sur le camp de Basroch continueront à intervenir sur le nouveau site (distribution de nourriture, biens essentiels etc.). Elles participent en outre à l’amélioration de son aménagement, via la construction de structures communautaires (écoles, cuisines etc.).
MSF se concentre désormais sur les activités médicales et le suivi des personnes vulnérables. Sur ce nouveau site, MSF donnera des consultations, des soins infirmiers et des soins de santé mentale dans des salles aménagées dans un bâtiment dédié, en partenariat avec Médecins Du Monde, Gynécologues Sans Frontières et la Croix Rouge Française.