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Gaza : les « meurtres silencieux » de la guerre

Une patiente dans une structure MSF de Gaza. Mars 2024.
Une patiente dans une structure MSF de Gaza. Mars 2024. © /MSF

Après plus de six mois de guerre, le système de santé de la bande de Gaza est dévasté, bombardé, attaqué et mis hors service par l’armée israélienne. Seuls 10 hôpitaux sur 36 sont encore fonctionnels, faisant peser un poids immense sur les structures de santé pouvant encore accueillir des patients. L’accès à l’eau potable et à la nourriture, restreint en raison de l’état de siège, prive la population de ressources essentielles. Dans ce contexte, et selon les observations des équipes de Médecins Sans Frontières, de nombreuses maladies se propagent et entraînent de multiples décès.

La dévastation que connait la bande de Gaza depuis octobre 2023 va bien au-delà du bilan provisoire de 34 000 décès et 76 000 blessés fourni par le ministère de la Santé local. C’est ce que décrit MSF dans son rapport « Les meurtres silencieux de Gaza : la destruction du système de santé et la lutte pour la survie à Rafah » (uniquement disponible en anglais).

L’organisation médicale humanitaire a en effet pu établir des conclusions à partir des quelque 5 000 consultations médicales que ses équipes fournissent chaque semaine dans les centres de santé primaire d’Al-Shaboura et d’Al-Mawasi, situés dans le sud de la bande de Gaza. Au cours des trois derniers mois de 2023, les cas de maladies diarrhéiques signalés chez les enfants de moins de cinq ans ont été 25 fois plus nombreux qu’au cours de la même période en 2022. Entre janvier et mars 2024, les équipes ont soigné 216 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë modérée ou sévère, une pathologie quasi absente avant le début du conflit. 

D’autre part, plus de 40 % des patients présentent des infections des voies respiratoires supérieures, liées aux conditions déplorables dans lesquelles la population est obligée de vivre, souvent après avoir fui le nord du territoire, rendu invivable par les bombardements israéliens et les combats. Les équipes MSF constatent également un nombre croissant de cas suspects d’hépatite A.  

Des hôpitaux débordés

« Combien d’enfants sont morts de pneumonie dans les hôpitaux débordés de la bande de Gaza ?, s’interroge Mari-Carmen Viñoles, responsable des programmes d’urgence de MSF. Combien de bébés sont morts à cause de maladies évitables ? Combien de personnes souffrant de diabète sont privées de traitement ? Qu’en est-il des conséquences mortelles de la fermeture des unités de dialyse dans les hôpitaux attaqués ? On ne parle jamais de ces décès silencieux à cause du chaos général. Ils sont la conséquence de l’effondrement du système de santé dans toute la bande de Gaza. »

Promiscuité et maladies 

« Nous sommes une trentaine à loger dans la même salle de classe… Il n'y a aucune intimité. Chaque famille dispose de quelques mètres carrés et l’espace est cloisonné avec des rideaux de fortune. Nous n’avons pas accès à l’eau potable et la nourriture est rare. C’est très compliqué de se laver et il fait froid. Quand nous sommes arrivés ici, nous avons dormi par terre pendant trois mois avant de recevoir des couvertures, données par des associations humanitaires. Les enfants tombent tout le temps malades. Ils ont la diarrhée ou attrapent un rhume, la grippe ou d’autres maladies. »  

Shereen, qui a trouvé refuge dans une école de Rafah. 

Les hôpitaux sont débordés par les afflux de patients victimes de traumatismes, que ce soit en raison d’une explosion, d’une blessure par balle ou de l’effondrement d’un immeuble bombardé. Dans ce contexte, les personnes ayant d’autres types de besoins médicaux, notamment les femmes enceintes présentant des complications et les personnes atteintes de maladies chroniques, sont souvent dans l’incapacité de recevoir les soins dont elles ont besoin. 

Le personnel médical présent à Gaza est souvent obligé de travailler dans des abris de fortune, devant lesquels les patients font la queue pendant des heures pour recevoir des soins. Mars 2024.
 © /MSF
Le personnel médical présent à Gaza est souvent obligé de travailler dans des abris de fortune, devant lesquels les patients font la queue pendant des heures pour recevoir des soins. Mars 2024. © /MSF

À l’hôpital émirati, où MSF soutient le service post-partum, les équipes médicales doivent faire face à près de 100 accouchements par jour, soit cinq fois plus qu’avant la guerre. Dans les cliniques MSF, les consultations pour l’hypertension, le diabète, l’asthme, l’épilepsie et le cancer ont augmenté. On compte environ 350 000 personnes souffrant de maladies chroniques à Gaza. Nombre d’entre elles sont en recherche de soins et font face à l’engorgement des hôpitaux et à la pénurie de médicaments ou d’équipements spécialisés.

Accès aux soins

« Récemment, j'ai reçu en consultation une femme au septième mois de sa grossesse. Jusque-là, elle n’avait bénéficié d’aucun soin prénatal. Elle souffrait d’hypertension et elle était anémique. Elle ne savait rien sur l’état de santé de son bébé. Elle n'avait pas eu d'échographie et je ne connaissais même pas sa date d'accouchement. J’ai rencontré beaucoup de femmes dans cette situation. Elles présentent souvent des signes de complications ou des pathologies liées à la grossesse, comme le diabète ou des infections des voies urinaires ou gynécologiques, et n’ont pas pu faire examiner leur bébé. »  

Un obstétricien MSF.

D’autre part, l’eau potable, nécessaire aussi bien pour la consommation que pour l’hygiène, manque cruellement. MSF ne peut distribuer actuellement qu’environ 200 000 litres d’eau potable par jour à plus de 6 000 familles réparties sur 10 sites de Rafah. Ces personnes reçoivent donc une quantité bien en deçà du minimum de survie de vingt litres par jour. Les actions des équipes sont notamment limitées par l’accès au carburant, essentiel pour mettre en œuvre une logistique de grande ampleur. 

Les efforts de MSF pour soutenir le système de santé dévasté de Gaza ont été compliqués par le danger qu’encourent ses équipes. Cinq de ses membres sont décédés depuis octobre 2023. MSF a également dû faire face à des difficultés considérables pour acheminer des fournitures médicales et de l’aide humanitaire à Gaza en raison des restrictions imposées par les autorités israéliennes. 

« En tant qu’organisation humanitaire d’urgence, nous pourrions faire beaucoup plus pour la population en intensifiant notre réponse, déclare Sylvain Groulx, coordonnateur d’urgence de MSF. Le personnel médical palestinien est hautement qualifié et il suffirait de lui donner les moyens de travailler dans des conditions acceptables et dignes pour qu’il puisse sauver et protéger des vies. Mais aujourd’hui, tout cela est impossible. Sans un cessez-le-feu immédiat et durable et l’entrée d’une aide humanitaire significative, nous continuerons à voir de plus en plus de gens mourir. »