Contexte

En 2011, dans le sillage du printemps arabe, le Yémen a vu éclore des mouvements de protestation, tout comme l’Egypte, la Tunisie, La Libye et la Syrie. Inquiets à la perspective d’un embrasement incontrôlable voire même d’une contagion par-delà ses frontières, les voisins du Yémen autour du Golfe persique ont négocié un accord qui prévoyait la destitution du Président Ali Abdallah Saleh, depuis longtemps au pouvoir, et son remplacement par le Président Abd Rabbo Mansour Hadi (élu en 2012).

Prévu pour 2 ans d’après le plan du Conseil de Coopération du Golfe pour une transition politique, le mandat de Hadi, début 2014, a été prolongé de 2 années supplémentaires.

2014 a vu le mouvement houthiste conquérir du terrain dans tout le pays ; en septembre 2014, la rébellion houthiste arrive jusqu’à Sanaa.

Début 2015, après la démission de Hadi et de son gouvernement, les Houthis annoncent en février la dissolution du parlement et la création d’un “Conseil présidentiel”. Hadi quitte alors Sanaa pour Aden, qu’il décrète capitale du pays, et il appelle à un front de résistance yéménite unie contre les Houthis et les troupes d’Al Saleh. Fin mars, les rebelles s’étaient rapprochés d’Aden (30 km), Hadi s’enfuit et l’Arabie saoudite annonce le lendemain la formation d’une coalition de 9 pays pour appuyer militairement le gouvernement yéménite “légitime”.

Depuis, le Yémen est en guerre, avec frappes aériennes et combats au sol, et différents degrés d’intensité, la région nord - gouvernorats de Saada, Hajjah – Hodeida, Sanaa, Marib, Taïz, étant aujourd’hui le théâtre des heurts les plus violents, de véritables zones de guerre.

Outre les ravages dus au conflit, la résolution 2216 votée en avril par le Conseil de sécurité des Nations Unies, entre autres mesures, a imposé un embargo sur les armes dans les zones contrôlées par les Houthis. Le véritable impact de cette mesure se ressent sur la situation socio-économique du peuple yéménite, qui se trouvait déjà en grande précarité.

Après des mois de combats stériles, en juillet, la coalition menée par le Royaume d’Arabie saoudite avec le soutien de la “résistance sudiste” a réussi à reprendre Aden et 5 des gouvernorats du sud, mais la situation militaire aujourd’hui est comparable à celle d’octobre : aucune avancée décisive, 3 trêves déclarées et non respectées, pourparlers politiques au point mort.

La guerre a dévasté des infrastructures déjà défaillantes : plus de 100 structures sanitaires ont été partiellement ou entièrement détruites, 600 autres dont non fonctionnelles.

En dépit de cette situation dramatique, les acteurs internationaux, humanitaires ou politiques, sont restés jusqu’ici singulièrement absents ou au mieux discrets. Les agences onusiennes n’ont jamais été capables d’assurer un volume d’opérations cohérent et efficace.

Sur le plan politique, le silence des principales chancelleries doit être interprété à la lumière de la récente affirmation de la puissance iranienne/chiite et du poids économique du Royaume saoudien.

Projets

PROJET AMRAN

En collaboration avec le ministère de la Santé, MSF soutient cinq structures médicales dans le Gouvernorat d’Amran. L’objectif global du projet est donc d’offrir et de faciliter l’accès à des soins médicaux et chirurgicaux d’urgence pour la population du gouvernorat d’Amran Nord, avec une attention particulière portée à la santé de la mère et de l’enfant.

Bien qu’Amran ait été relativement épargné par rapport à d’autres gouvernorats, l’escalade du conflit dans le pays a eu des répercussions significatives sur nos activités, notamment à Khamir et Huth, en raison d’un afflux de personnes déplacées en  provenance  des  gouvernorats de Saada et d’Al Jawf. De plus, le principal hôpital du gouvernorat d’Amran est resté fermé pendant des mois durant le conflit, et les centres de santé des régions rurales ont perdu leur personnel médical. Tous ces facteurs ont conduit la population à se reporter massivement sur Khamir et Huth pour accéder à des services de santé.

Cela nous a amenés à démarrer de nouvelles activités de proximité (cliniques mobiles et eau-hygiène-assainissement) à Khamir et Huth afin de répondre aux besoins des populations déplacées et réduire la charge de patients à l’hôpital de Khamir.

Par ailleurs nous avons renforcé notre soutien à trois centres de santé dans le nord d’Amran (Al Asha, Al Qafla, Harf Sufiyan) : appui complet aux services d’urgence, services de santé maternelle et infantile et mise en place d’un système d’orientation des cas graves par ambulance.

Soutien aux centres de santé d’Al-Qaflah, Al-Ashah et Harf Sufyan

Dans le nord du gouvernorat d’Amran, la section française de MSF apporte un soutien aux trois principaux centres de santé : urgences, maternité avec système d’orientation par ambulance vers l’hôpital Al-Salam à Khamir, gestion des déchets, salle de stérilisation, et réorganisation de la logistique.

Soutien aux populations déplacées dans les districts de Khamir et Huth

  • Cliniques mobiles : depuis avril 2015 la section française de MSF dispense des soins de santé primaire et de protection maternelle et infantile à partir de cliniques mobiles : 21 400 consultations ont été effectuées.
  • Soutien en eau, hygiène et assainissement (EHA) : approvisionnement en camions-citernes, stockage d’eau sur les différents sites de déplacés, vidange des fosses septiques des écoles qui accueillent les enfants déplacés.
  • Distribution d’articles de première nécessité (NFI) : des kits domestiques (couvertures, ustensiles de cuisine, bâches en plastique) ont été distribués à des familles déplacées.
  • Promotion de la santé et évaluation de la situation sanitaire : une équipe d’agents de santé communautaire surveille la situation sanitaire (épidémies de maladies transmissibles, etc.) dans tous les camps de déplacés, dépiste la malnutrition et donne des conseils en matière de santé.


PROJET ADEN

En 2012, la section française de MSF a ouvert un hôpital indépendant de chirurgie traumatologique d’urgence au sein du complexe hospitalier Al Sadaaqa/Al Wahda (projet entièrement géré par MSF), tout en poursuivant les activités externes, principalement sous forme d’appui aux hôpitaux d’Abyan.

En 2015, le conflit entre les Houthis et les forces loyales à l’ancien Président Saleh d’une part et la Résistance du Sud (soutenue par la coalition conduite par l’Arabie saoudite) d’autre part, a entraîné une aggravation de l’insécurité à Aden et une hausse marquée de l’activité hospitalière. La guerre effective à Aden s’est achevée en août quand les forces pro-Houthis ont été chassées du sud. La situation actuelle à Aden se caractérise entre autres par l’escalade des dissensions internes entre les différentes factions qui représentent la résistance sudiste.

Avec l’effondrement du système de santé à Aden provoqué par le conflit, le centre de traumatologie de MSF à Aden reste le principal hôpital à offrir un service d’urgences tertiaires dans la région, et reçoit aussi de ce fait des blessés venant des lignes de front de Taïz.  MSF continue de soutenir le service de santé primaire pour les détenus de la Prison centrale d’Al Mansoura. Au cours de l’année 2015, de nouvelles activités externes ont été déployées dans les gouvernorats de Lahj, Shabwa et Hadramaout, affectés par l’intensification des violences et par des catastrophes naturelles (cyclone tropical Chapala) – parallèlement au soutien apporté à l’hôpital Lawdar à Abyan.

Centre d’urgences traumatologiques d’Aden et activités externes

Les services couvrent les activités suivantes : urgences, bloc opératoire, chirurgie ambulatoire (OPD) et soins intensifs (ICU), avec les services d’appui suivants : laboratoire, banque de sang, kinésithérapie, radiologie, santé mentale, stérilisation, ambulance, blanchisserie.

La capacité hospitalière est passée de 45 lits (dont 6 lits en ICU) en 2014 à 74 lits actuellement (dont 10 lits ICU) avec deux blocs opératoires en parfait état de fonctionnement.

La nature et la typologie des activités externes dans le projet d’Aden ont été revues début 2015, nous amenant à concentrer nos efforts sur le rétablissement d’un réseau solide d’orientation médicale depuis la région  d’Abyan mais aussi sur Al Dhale, Lahj, Shabwa, tout en continuant d’appuyer les soins de santé primaire dans la Prison centrale ; la guerre a toutefois entravé la circulation des équipes pendant presque toute l’année 2015.

Au plus fort du conflit à Aden, lorsque l’accès à l’hôpital de MSF était difficile en raison du bouclage de certains quartiers, l’activité externe a été adaptée pour offrir des soins d’urgence dans 3 polycliniques des quartiers d’Aden dont la population avait difficilement accès au centre chirurgical de MSF.

PROJET SAADA

Depuis le début de la guerre en 2015, Saada constitue une cible stratégique en tant que foyer d’origine du mouvement houthiste.

En  avril  2015, la section française de MSF a ouvert un projet à l’hôpital de Haydan et dans le centre de santé de Majz avec un service d’urgence complet, une maternité et un système d’orientation par ambulance vers le centre tertiaire (l’hôpital Al Jamhouria) soutenu par la section espagnole de MSF. En octobre 2015, l’hôpital de Haydan a été sévèrement endommagé et en partie détruit par des frappes aériennes de la coalition ; cela a entraîné la suspension de nos activités à Saada jusqu’en décembre 2015, date à laquelle elles ont pu reprendre.

La nature et la typologie des activités proposées à Saada ont été revues en 2015, pour être plus en phase avec les nouveaux besoins : soutien aux services d’urgences, versement de rétributions au personnel du Ministère de la Santé et organisation de services  ambulanciers En plus du centre de santé de Haydan, nous avons commencé à soutenir le centre de santé de Noushour dans le district de Kitaf.

 

Activités de MSF au Yémen

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