Depuis mars 2015, le Yémen est en proie à un conflit particulièrement violent, opposant le mouvement Houthi, qui contrôle des parties importantes du nord et désormais aussi du sud, et soutenu par les partisans du Président déchu Saleh, à une coalition internationale menée par l’Arabie Saoudite, et à des mouvements armés basés principalement dans le sud.

Le conflit a déjà fait un grand nombre de victimes parmi la population civile soumise aux bombardements et à la violence des combats, et provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, dont un grand nombre vit dans des conditions très précaires, dans des espaces publics tels qu'écoles ou bâtiments abandonnés. L’embargo imposé par la coalition limite de façon drastique l’entrée et la circulation des produits de base au Yémen : carburant, nourriture, médicaments.

MSF mène des activités dans 11 hôpitaux et centres de santé, et apporte son soutien à 18 autres hôpitaux ou centres de santé dans huit gouvernorats : Aden, Al-Dhale, Taiz, Saada, Amran, Hajjah, Ibb et Sanaa.
Entre mars 2015 et mars 2016, MSF a reçu plus de 144 000 personnes dans ses services d'urgence et a pris en charge plus de 37 000 blessés de guerre.

Toutes nos actualités les plus récentes sur le Yémen dans notre dossier spécial

Les informations ci-dessous reflètent nos projets 2014-2015 tels qu'ils ont été présentés en juin 2015 dans notre dernier rapport d'activités.

Contexte

Le Yémen est toujours confronté à de très nombreuses difficultés sur le plan socioéconomique et sur celui de la sécurité : il règne dans le pays un niveau élevé de pauvreté et de chômage (ce dernier aurait atteint 35 % en 2014 ), un faible taux d’alphabétisation et une insécurité permanente, qui s’est traduite en 2014 par plus de 7 000 morts.

L’initiative du Conseil de Coopération du Golfe (GCC) en 2011 reçoit un coup fatal lors des événements de 2014-2015, lorsque la progression des Houthis leur permet de consolider leur pouvoir de Saada à Sanaa. Ils confortent également leur présence à Amran, Hodeida, Ibb et Al Bayda.

Les Houthis s’emparent de la capitale, Sanaa, le 21 septembre 2014 et le 21 janvier 2015, le président Hadi démissionne avec son cabinet, suite au rejet par les Houthis du projet de constitution et à l’assaut mené contre le palais présidentiel. Hadi gagne ensuite la ville d’Aden, au sud, avant de quitter le Yémen à la fin du mois de mars 2015, la milice houthiste, soutenue par l’ancien président Ali Abdullah Saleh, s’approchant d’Aden.

Une coalition internationale soutenant Hadi, avec l’Arabie Saoudite à sa tête, commence à mener des frappes aériennes contre les Houthis et leurs alliés le 26 mars 2015. Le conflit donne lieu à des bombardements par des forces aériennes et navales ainsi que des combats au sol entre des groupes armés dans des zones très peuplées. L’embargo imposé par la coalition limite de façon drastique l’entrée des produits de base au Yémen et leur circulation dans le pays, notamment les carburants, et restreint l’accès des acteurs humanitaires.

Les conflits émergents viennent s’ajouter et se mêler aux appels à la sécession du Mouvement du Sud, et au regain d’importance de l’AQAP (Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique) au fur et à mesure de sa progression sur de nouveaux territoires de l’Hadramaout, ainsi qu’à l’émergence apparente de mouvements liés à l’Etat Islamique au Yémen.

La tourmente à laquelle le Yémen est en proie ne peut être séparée des dynamiques de pouvoir dans le Golfe, dominées par le Royaume d’Arabie Saoudite, ni de l’influence croissante de la politique iranienne au Moyen-Orient.

Projets

AMRAN

Le projet d'Amran, initié en 2010, prend en charge 84 lits à l’hôpital général (hôpital Al-Salam de Khamer) du ministère de la Santé (MoH) et 13 lits au dispensaire de Huth (Huth HC) du MoH, ainsi que différentes activités externes visant à permettre à la population d’Amran d’accéder à des soins médicaux.

En 2014, le contexte sécuritaire et politique a radicalement changé dans la région d’Amran, avec une baisse soudaine des affrontements tribaux en raison d’une forte présence houthiste. Cependant, l’offre en soins médicaux a été réduite pendant quelques mois, l’hôpital d’Amran étant resté fermé plusieurs mois durant le conflit et certains centres médicaux ruraux tels que ceux d’Al Qafla et d’Al Ahsha ayant perdu leur personnel de santé. Ces circonstances ont entraîné un regroupement des soins à Khamer et Huth et ont très fortement accru la dépendance de la population vis-à-vis des activités de MSF.

Deux groupes de population sont affectés de manière disproportionnée dans la région d’Amran : les femmes, qui n’ont pas accès à des services gynécologiques et des services obstétricaux sans risques, et les nouveau-nés et les enfants, qui manquent de nourriture et de soins.

Hôpital Al Salam de Khamer

MSF fournit son aide aux services suivants : urgences, patients internes, unités de soins intensifs, bloc opératoire, maternité, soins prénataux, pansements, suivi des patients externes, ainsi qu'aux services de support : stérilisation, laboratoire, banque de sang. En 2014, l’hôpital Al Salam a enregistré une augmentation drastique de son activité par rapport à 2013.

En 2014, nos équipes ont admis 7 205 patients à l'hôpital (+43,3% par rapport à 2013), ont prodigué 25 390 consultations aux urgences (+15,5%), ont procédé à 2 223 opérations chirurgicales (+12,7%), à 1 709 accouchements par voie basse (+24,9%) et à 345 accouchemnts par césariennes (+39,4%).

L’hôpital de Khamer est resté le seul hôpital de référence pour toute la région pendant le conflit d’Amran, en 2014, après quoi son activité est passée de la prise en charge des hommes blessés au traitement des mères et des enfants malades. En plus d’assurer la continuité des soins pour le traitement du kala-azar, du rachitisme et de toutes les maladies déjà présentes, l’hôpital a pris en charge un nombre croissant de victimes de brûlures et de malnutrition.  

Pendant le conflit en mars 2015, MSF a accueilli plus de 40 blessés de guerre à Khamer, suite à des raids aériens menés dans les gouvernorats d’Amran et de Saada. L’équipe est également venue en aide à des personnes déplacées, qui avaient fui leur région pour se réfugier à Khamer, en déployant des cliniques mobiles et en fournissant des produits non alimentaires et de l’eau.

Dispensaire de Huth

MSF fournit son aide aux services suivants : urgences (680 consultations par mois), patients internes (57 admissions de femmes et d’enfants par mois) et maternité (42 accouchements par mois et 103 consultations prénatales). MSF intervient également dans les services suivants : stérilisation, blanchisserie, procédures de référence vers l’hôpital de Khamer, logistique (hygiène, maintenance, approvisionnement et gardiens) et alimentation des patients.

MSF a recommencé à assurer une présence internationale plus régulière à Huth à partir de février 2014, après que les Houthis ont pris le contrôle de la sécurité de la ville.

Activités de proximité

MSF avait commencé à prodiguer son aide pour la réouverture de l’unité de soins médicaux de Heitha, qui devait prendre en charge les habitants des vallées. En raison de plusieurs problèmes, y compris en termes de sécurité, cette unité a fermé en novembre 2014, après quelques mois de fonctionnement.

Saada

En mai 2015, MSF a commencé à soutenir l’hôpital Haydan, à Saada, en mettant à sa disposition un médecin, un système de référence et un approvisionnement médical.

En 2015, MSF continuera à permettre et faciliter l’accès de la population du gouvernorat d’Amran,notamment des mères et des enfants, aux soins médicaux et chirurgicaux d’urgence. En outre, nous plaiderons pour une offre de soins de santé primaires et préventifs plus importante et plus efficace dans différentes zones du gouvernorat d’Amran.

ADEN ET LE SUD DU YEMEN

Lancé en 2011, le projet au Sud a d’abord concerné la région d’Abyan, dans un contexte sécuritaire extrêmement délicat. Au fil des années suivantes, MSF a maintenu son aide aux installations médicales de la région d’Abyan, ouvert une unité chirurgicale d’urgence indépendante de troisième niveau au sein de la structure du ministère de la Santé à Al Sadiqa / Al Wahda (projet géré en totalité par MSF) et commencé à contribuer aux soins de santé primaires fournis aux prisonniers de la prison centrale Al Mansoura. En 2014, MSF a étendu ses activités externes aux gouvernorats de Lahj et Shabwa, sièges d’une violence accrue.

Unité chirurgicale d’urgence (ESU) d’Aden

Cette unité a été ouverte pour répondre aux cas de violence. En 2014, le niveau d’activité a été faible. Cependant, en 2015, l’escalade du conflit a modifié de façon drastique les conditions de prestation des soins de santé à Aden et aux alentours. Aden a été la proie à des combats et des bombardements intenses ainsi qu’à des attaques visant des installations et des véhicules médicaux, et à une utilisation abusive de ces équipements. En mai 2015, MSF, qui a accueilli plus de 1 000 personnes blessées depuis le 19 mars, reste l’un des seuls acteurs de la santé à poursuivre ses activités sur le terrain à Aden.

Activités externes

En 2014, suite à la révision de la nature et de la typologie des activités externes, les efforts se sont portés sur la reconstitution d’un solide réseau de référence médicale à partir d’Abyan, d’Al Dhale, de Lahj et de Shabwa. La nomination d’un membre du personnel national au poste de responsable des activités externes a réactivé l’arrivée de patients ne vivant pas à Aden, fourni des opportunités de formation (Afflux massif de blessés et stabilisation des urgences), et intensifié l’activité à la prison centrale d’Al Mansoura. L’aide à Lahj et Abyan s’est poursuivie durant le conflit de 2015. Un poste d’urgence avancé, situé dans le quartier Crater à Aden, bénéficie également d’une assistance.

Le projet de MSF au sud du Yémen remplit un rôle politique important : il affirme et défend le droit de chaque personne aux soins médicaux, indépendamment de ce qu’elle a fait avant d’être blessée, de son idéologie et de ses convictions religieuses ou politiques. À cet égard, l’énorme travail d’établissement d’un réseau et de plaidoyer effectué par l’équipe d’Aden a porté ses fruits : les autorités et la communauté acceptent mieux MSF. Malgré tout, des problèmes se sont produits en 2015 au niveau de la circulation du personnel médical, des patients et de l'approvisonnement dans Aden durant le conflit, et l’hôpital a été atteint par des balles perdues.

POOL D’URGENCE AU YÉMEN (YEP)

Le YEP (Pool d’urgence au Yémen) a été créé en septembre 2014 en vue d’augmenter la réactivité de MSF dans les situations d’urgence au Yémen avec plus de flexibilité. En 2014, le YEP a effectué 16 donations d’urgence à des installations médicales à Sanaa et dans les gouvernorats d’Ibb et Al-Baydha :

  • Intervention d’urgence à Sanaa : réponse rapide à la violence à plusieurs reprises
  • Soins aux personnes déplacées et aux blessés à Al Bayda : évaluation médicale rapide, fourniture de traitements, distribution de produits non alimentaires à des personnes déplacées bloquées dans les montagnes
  • Travail en réseau : Marib, Hadraemout
  • Don médical à AlRazeh et AlTalh, et visites régulières à Sadaa, qui permettent de consolider de bonnes relations.
     

Activités de MSF au Yémen

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