En bref

Dépenses 2015 : 14 404 000 €
Financement institutionnels 2015 : 1 700 000 € (SIDA, CIDA, MFA Norvège).
Equipe : 43 internationaux et 395 nationaux
Autres sections MSF présentes : section hollandaise, belge, suisse et espagnole

WEB SéRIE "ALEX & FRED"

Alex et Fred en RDC


Alex et Fred
sont deux médecins lyonnais qui partent pour la première fois avec MSF. En 13 épisodes, ils nous racontent leur mission à Rutshuru, en RDC.

Contexte

Les échéances électorales de novembre 2016 - présidentielles et législatives - sont sources de tensions au sein de la classe politique où la majorité présidentielle se divise face aux suspicions de voir le président Kabila se présenter à un troisième mandat ou repousser les échéances de quelque manière que ce soit. Les élections municipales et locales, maintes fois repoussées depuis 2006 n’ont toujours pas eu lieu en 2015, pas plus que les élections sénatoriales attendues depuis 2012. Une tentative de modification de la constitution a amené, en janvier 2015, à des manifestations à Kinshasa et Goma qui ont été réprimées violemment. Sept groupes politiques de la majorité se sont dissociés du pouvoir en demandant au président d’ouvrir le débat et de préciser ses intentions pour les présidentielles. En revanche, le redécoupage du pays en 26 provinces inscrit dans la constitution depuis 2006 a été effectif en juillet 2015. Ce découpage - principalement pour le Katanga divisé en quatre nouvelles provinces - à la veille des élections, est ressenti comme un moyen d’affaiblir politiquement et économiquement une région potentiellement contestataire. Fin septembre, Moïse Katumbi, l’homme fort du Katanga, démissionne de son poste de gouverneur et quitte le parti présidentiel.

Le contexte sécuritaire dans le pays et plus particulièrement dans les provinces du Nord-Kivu et du Katanga reste précaire même si moins volatile qu’il ne l’a été. Des combats intermilices ou avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) sont régulièrement enregistrés et occasionnent des mouvements de populations tout aussi réguliers.
Au Katanga, des combats entre milices bantous et pygmées ont amené la formation de nouveaux camps de déplacés au nord-est de la province. Les combats entre milices maï-maï et FARDC au centre sont récurrents. Néanmoins, les groupes armés les plus importants semblent « en veille », en attente d’ordre en cette période de veille électorale. Au Nord-Kivu, dans le grand nord, les Allied Democratic Forces (ADF) semblent avoir gardé leur capacité de nuisance. Les incursions meurtrières de ce groupe armé sur les civils sont restées constantes malgré les opérations conjointes de la Monusco et des FARDC. Des mouvements importants de population ont eu lieu en fin d’année suite à l’attaque de la ville d’Erengeti et de la base de la Monusco. La région du Lubero accueille des déplacés suite aux combats entre FDLR et milices maï-maï. Dans le petit nord, les incidents les plus notables se sont produits entre Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et FARDC. Des accrochages fréquents dans le Bwito sont aussi reportés entre groupes armés. L’éclatement des groupes armés, le développement du banditisme - et principalement du kidnapping comme ressource financière - ont été les éléments majeurs de l’année. Plus de 700 personnes ont été kidnappées contre rançon en 2015. Trois ONG internationales ont été prises pour cible.

La situation sanitaire en RDC est aussi fragile que la situation politique. L’accès aux soins est souvent limité pour des raisons économiques : incapacité de la population de payer les soins, manque d’infrastructures, problème d’approvisionnement en intrants ou d'acheminement vers les structures des santé, personnel de santé mal ou non payé. Le système de santé défectueux se trouve régulièrement en incapacité de faire face aux épidémies, comme cela a pu être le cas cette année face à la rougeole au Katanga.

Trois de nos collègues sont toujours retenus prisonniers par les ADF depuis juillet 2013. Une cellule de crise permanente met tout en œuvre pour tenter d’obtenir leur libération.

Projets

PROJET RUTSHURU


L’hôpital de Rutshuru continue à accueillir un nombre croissant de patients (7,5% de plus qu’en 2014). 66% des patients se présentant aux urgences nécessitent une hospitalisation.

En 2015, 33 332 passages aux urgences ont été enregistrés, dont 15 617 cas de paludisme (75 % des patients ont été hospitalisés, 66 % sont des enfants âgés de moins de 5 ans). 8 473 interventions chirurgicales ont été réalisées (9% sont liées à la violence) pour 3 723 admissions en chirurgie ; 5 184 accouchements et 1 658 césariennes.

Face à l’augmentation constante du nombre d’hospitalisations liées au paludisme, un dépistage systématique chez les enfants âgés de moins de 5 ans de 7 aires de santé des villes de Kiwanja et Rutshuru a été organisé du 2 au 7 novembre 2015. 23 671 enfants se sont présentés et ont été soumis au test diagnostique rapide du paludisme (TDR). 7 801 (32,8%) se sont avérés positifs et 14,2 % d’enfants présentaient un TDR positif et une fièvre supérieure à 38°. Les enfants présentant un TDR positif ont reçu un traitement à prendre sur trois jours. Cette opération a été complétée par un soutien à trois centres de santé de référence de la zone (compensation de la gratuité des soins et appui logistique).

DIAPORAMA Viols en RDC : un mal qui se répand parmi les civils

Depuis les années 90, la région du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, vit des guerres successives. Les groupes armés pratiquent pillages et viols des populations de manière systématique. Désormais, les violences sexuelles ne sont plus seulement le fait de combattants. A l’hôpital de Rutshuru, l’une des rares structures sanitaires encore sur pied dans la région, on soigne des enfants, des femmes et des hommes violés par un père, un oncle ou une voisine. L’hôpital est soutenu depuis dix ans par Médecins sans frontières, un record pour l’ONG, qui s’interroge aujourd’hui sur la pertinence de rester dans la région. Reportage de Valérie Rohart, Gwen Dubourthoumieu et Adrien Pagotto.
A retrouver sur le site du Monde.fr


PROJET GOMA

La RDC est un pays de faible prévalence du VIH (1,2 % de prévalence officielle, 2% dans la ville de Goma) avec un très faible accès aux soins pour les populations touchées. Malgré une gratuité des soins affichée dans la loi, les consultations sont payantes ainsi que les examens biologiques.

Nombre de patients vivant avec le VIH sont vulnérables et ne peuvent s’acquitter des frais médicaux. Les patients sont stigmatisés et discriminés dans leur accès aux soins.

Le projet MSF a ouvert en août 2015 suite à une exploration menée dans différentes régions de RDC. La volonté d’ouvrir un projet VIH répondait aux objectifs médico-opérationnels et de plaidoyer de MSF concernant les pays à faible couverture en antirétroviraux (ARV). Les premiers mois ont consisté à affiner le niveau de connaissance de la prise en charge du VIH dans les 5 structures appuyées et à négocier le protocole d’accord avec les autorités sanitaires.

Après analyse de 1 783 dossiers patients, la file active est de 839 patients fin 2015.

PROJET KALÉMIE

La ville de Kalémie est considérée comme le sanctuaire du choléra en RDC. MSF s’est inscrit dans un projet multisectoriel préventif depuis 2011. L’approche prend en compte la réhabilitation partiel du réseau d’eau, la vaccination contre le choléra et pour les zones à fort taux d’attaque mais non couverte par l’adduction d’eau, la construction de filtres à sable communautaire ou la distribution de filtres intra-domiciliaires. Un soutien au centre de traitement des maladies diarrhéiques (CTMD) pour la prise en charge des cas complète le dispositif.
 
51 455 personnes résidant dans les deux aires de santé présentant des forts taux d’attaque ont été vaccinées contre le choléra en juillet 2014 pour une couverture vaccinale estimée à 99%. Les enquêtes d’efficacité vaccinale et d’immunogénicité initiales sont toujours en cours. Une nouvelle enquête débutée en décembre 2015 va se poursuivre sur les premiers mois de 2016. En juillet 2014, 2 619 filtres intra domiciliaires ont été distribués et 13 filtres à sables sont aujourd’hui opérationnels et bien acceptés par la population. 883 patients ont été admis au CTMD dont 876 cas de choléra et 7 cas de gastro-entérite. La surveillance épidémiologique a été renforcée.

RIPOSTE ROUGEOLE KATANGA

En 2010-2011, les équipes de MSF ont vacciné 1,5 million d’enfants sur une période de 10,5 mois, et pris en charge 51 000 cas.

Quatre ans après, en début d’année 2015, une nouvelle flambée de cas de rougeole est notifiée dans le Katanga. Les équipes MSF se sont positionnées dans 5 zones de santé du Haut Lomami et ont vacciné 317 399 enfants âgés de moins de 10 ans. 13 710 enfants ont été pris en charge en ambulatoire et 1 024 hospitalisés.

Après Malemba Nkulu, MSF est intervenue progressivement dans les zones de santé de Mukanga, Lwamba, Mulongo et Kitenge. La prise en charge des cas graves a été faite dans les 5 hôpitaux généraux de référence des zones de santé et des cas simples via le soutien de 114 centres de santé.