Contexte

La Jordanie a accueilli un grand nombre de réfugiés ces dix dernières années, suite au conflit irakien dans un premier temps et à présent à cause du conflit syrien. Fin 2015, le HCR a enregistré plus de 637 000 Syriens. La plupart vit hors des camps, dans des zones urbaines ou rurales. Les autres se répartissent entre le camp de Zaatari (environ 80 000) et celui d’Azraq (environ 30 000).

La plupart des Syriens en Syrie du sud savent que la frontière sud avec la Jordanie est fermée, et certains se déplacent de village en village pour éviter les bombardements. Des groupes se rassemblent à certains points de la frontière. En novembre 2015, environ 20 000 personnes, le plus important de ces rassemblements, se sont regroupées à la frontière est et n’ont pas été autorisées à entrer en Jordanie.

On sait que la Jordanie n’a pas suspendu ses procédures d’expulsions de Syriens. Tout Syrien arrêté pour un simple contrôle qui n’est pas en possession des papiers en règle est renvoyé directement en Syrie, la plupart du temps sans qu’aucune enquête ne soit menée.

Le HCR apporte un soutien financier aux réfugiés enregistrés qui nécessitent des soins d’urgence. Mais ceux qui vivent hors des camps consacrent leurs dernières économies, le cas échéant, au paiement de leur loyer et à l’achat de nourriture et n’ont donc pas les moyens de financer un traitement et des médicaments pour des soins n’ayant pas de caractère d’urgence.

L’aide du Programme alimentaire mondial n’a pas cessé de diminuer. Actuellement, seuls les réfugiés considérés comme extrêmement vulnérables reçoivent une aide alimentaire en bons d’achat (10 JOD = 12 € par personne, par foyer et par mois).

Depuis le début de la crise, les Syriens n’ont pas été autorisés à accéder au marché du travail formel en Jordanie. Suite à la pression exercée par des donateurs, le gouvernement jordanien a accepté en janvier 2016 de délivrer 4 000 permis de travail aux Syriens travaillant dans les secteurs agricole et de l’habillement.

Projets

PROJET CHIRURGIE RECONSTRUCTIVE, AMMAN

L’hôpital de chirurgie reconstructive d’Amman fournit aux victimes de guerre, de conflits ou de violence armée des pays voisins, une offre de soins complète de chirurgie orthopédique, plastique et maxillo-faciale avancée, de physiothérapie et du soutien en santé mentale.

Depuis son ouverture, MSF a traité environ 4 000 patients. Après un an de préparation et d’ateliers, le projet a été transféré en février 2015 dans un nouvel hôpital de huit étages. Des contraintes juridiques concernant la licence de l’hôpital et l’autorisation de pratiquer pour les médecins non jordaniens ont conduit à l’interruption de la plupart des activités pendant trois mois, freinant le déroulement du programme. Ces questions ont finalement trouvé une solution et l’hôpital a repris progressivement ses activités en juin.

Au mois d’août, MSF a ouvert dans l’enceinte de l’hôpital un laboratoire de microbiologie entièrement équipé.

Activité de l’hôpital :

  • Admissions : 348
  • Chirurgie : 882
  • Physiothérapie : moyenne de 94 sessions par jour
  • Psychosocial : 7380 consultations individuelles


En 2016, les objectifs sont d’augmenter le niveau d’activité de l’hôpital, d’améliorer les procédures d’hygiène et de surveillance des infections et de réviser le modèle de gestion du projet. Une gestion appropriée permettra de mieux programmer et planifier les arrivées dans le but d’atteindre 60 à 80 admissions par mois et de se mettre en relation avec des acteurs externes (universités, hôpitaux et universitaires).

Comment fonctionne notre hôpital à Amman?

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PROJET RÉSEAU

La gestion du réseau destiné à identifier des patients pour l’hôpital d’Amman s’est améliorée en 2015 grâce à un nouveau poste de responsable médical, ce qui a permis de renforcer l’identité médicale du réseau et de transmettre des informations médicales aux partenaires potentiels. Néanmoins, il a été particulièrement difficile de maintenir le niveau d’activités en 2015.

Les Syriens comptent pour plus de 58 % des patients participant au programme, tandis que les Iraniens et les Palestiniens représentent respectivement 30 % et 7 %.

La guerre civile au Yémen a commencé en février 2015, aggravée par la campagne de bombardements aériens menée par l’Arabie saoudite. Par conséquent, nous avons eu beaucoup de difficultés à rapatrier les patients yéménites déjà à Amman, et bien évidemment à les faire venir du Yémen vers Amman. Les transferts depuis le Yémen ont été affectés par la guerre et interrompus pendant plusieurs mois. Les patients yéménites ne représentaient que 5 % des admissions en 2015.

En Irak, certaines zones du pays restent très difficiles d’accès ce qui empêche d’alimenter correctement un réseau déjà très affaibli.

Nous avons créé des passerelles avec la Palestine afin de mettre au point des procédures permettant d’admettre un plus grand nombre de patients issus de la bande de Gaza. Malgré les difficultés et les mesures de haute sécurité, 24 Palestiniens ont été admis en 2015, un nombre jusqu’alors jamais atteint.

PROJET MATERNITÉ ET NÉONATOLOGIE D’IRBID

Selon le HCR, 25 % des réfugiés syriens en Jordanie vivent dans le gouvernorat d’Irbid (estimés à 141 000). La majorité d’entre eux sont éparpillés dans des zones rurales et urbaines et vivent dans une grande précarité. Ils louent et partagent des logements, et essayent d’avoir accès à des services de base comme l’éducation et la santé. Cette situation aggrave leurs difficultés économiques et sociales.

En janvier 2015, le projet a été transféré de l’hôpital islamique à l’hôpital spécialisé d’Irbid, où nous avons pu commencer les accouchements d’urgence par césarienne en février 2015.

Le service ambulatoire pédiatrique a été fermé en mars ce qui a libéré des chambres pour les patients hospitalisés.

L’agencement des soins prénatals a été réorganisé afin d’améliorer la qualité des soins avec une chambre, un appareil d’échographie et un poste de sage-femme supplémentaires. L’unité de soins intensifs en néonatologie a accru sa capacité à huit lits, quatre incubateurs et quatre lits d’enfants. Néanmoins, les protocoles de MSF se sont très vite avérés insuffisants pour faire face à l’activité.

En septembre, l’équipe d’Irbid a reçu son premier patient pour un traitement de ventilation nasale en pression positive continue (NCPAP) et nous avons commencé à mettre en place avec succès la méthode de soins kangourou.

Activité :

  • Maternité : 3987 admissions et 224 césariennes
  • Consultations prénatales : 13 779
  • Unité de soins intensifs en néonatologie : 498 nouveau-nés admis
  • Santé mentale : 81 % des patients traités ont entre 4 et 12 ans. Avoir été témoin de morts violentes constitue le principal facteur de stress.


Les objectifs pour 2016 consistent à développer la couver- ture de soins obstétriques et de soins psychosociaux en pédiatrie dans les autres gouvernorats qui doivent faire face à un afflux important de réfugiés. Il est également prévu d’améliorer la qualité de l’accueil de l’unité de soins intensifs en néonatologie et d’augmenter sa capacité à douze lits.

SOUTIEN MÉDICAL DANS LE SUD DE LA SYRIE

La situation dans le Sud de la Syrie pose de nombreux défis à MSF, non seulement en termes de capacité à déployer des opérations mais aussi en termes de moyens.

Depuis trois ans, des dons sont envoyés tous les mois à cinq hôpitaux situés dans le Sud du pays, comprenant des kits chirurgicaux pour 30 blessés et des kits pour consultations pédiatriques. En 2015, nous avons envoyé environ 70 kits pour les cinq hôpitaux de Syrie du Sud pour une valeur totale de 260 000 euros.

Une collecte de données insuffisante, un manque de proximité et l’absence de ressources humaines dédiées ont freiné le développement des activités en 2015.

Au bout de deux ans de dons transfrontaliers, l’équipe coordinatrice et le desk se sont mis d’accord pour renforcer la collaboration, fondée sur la confiance et  l’expertise, avec au moins un hôpital de niveau secondaire dans le gouvernorat de Deraa, dans le Sud de la Syrie.

Les objectifs 2016 consistent à procéder à une évaluation des hôpitaux et des établissements de santé potentiels, et à apporter un soutien total à au moins une structure médicale de niveau secondaire, ou à un service dans plusieurs hôpitaux, dans le gouvernorat de Deera.

Les accès aux frontières syriennes ou les déplacements dans le pays sont toujours plus restreints, et il devient de plus en plus difficile d’approvisionner régulièrement les hôpitaux. Les passages aux frontières étant incertains et les hôpitaux étant pris pour cible, il est primordial de diversifier le soutien entre les différents hôpitaux et de les décentraliser en différents services.

Le besoin potentiel de mettre en place un entrepôt et d’implanter une présence avec une équipe en Syrie se fait sentir de manière plus aiguë. L’élargissement du projet dépend de la situation sécuritaire en Syrie et des changements politiques susceptibles d’intervenir au cours des prochains mois.