En bref

Dépenses 2015 : 5 506 000 €
Financement : 100 % fonds privés
Equipe : 9 internationaux et 154 nationaux
Autres sections MSF présentes : sections hollandaise, espagnole, belge et suisse

Dossier Crise en Syrie

Retrouvez notre dossier spécial rassemblant toutes nos informations à propos de nos activités relatives au conflit qui se déroule en Syrie.

 

PUBLICATION

Joanne Liu, Présidente internationale de MSF

 

Tribune du Dr Joanne Liu, Présidente internationale de MSF :
« Aujourd'hui en Syrie, l'anormal est désormais la norme »

 

AU-DELA DE LA GUERRE

Au dela de la guerre

 

MSF tente de donner un visage à la guerre en Syrie en lançant un document multimedia sur une journée dans la vie du conflit syrien, telle qu’elle est vécue par du personnel médical, des patients et des réfugiés.

Contexte

SYRIE

Le conflit syrien est entré dans sa cinquième année en 2015. Depuis mars 2011, plus de 250 000 Syriens ont été tués et plus d’un million ont été blessés. En l’absence d’une solution politique possible, le conflit syrien est entré dans une spirale échappant à tout contrôle, car les acteurs nationaux et internationaux ont renforcé leur intervention, transformant encore davantage le conflit en une guerre par procuration. Les forces gouvernementales, avec le soutien de l’armée aérienne russe, ont débloqué la situation vers la fin de l’année et acculé à la défensive, de manière efficace, les groupes armés d’opposition dans le nord et le sud de la Syrie. Les forces  de  la  coalition  ont  réduit  leur  soutien  aérien  aux « Forces démocratiques syriennes » (FDS) kurdes mais intensifié les attaques ciblant les infrastructures clés de l’Etat Islamique (EI), bien qu’avec un impact limité sur les pertes territoriales de l’EI. Les YPG (unités de protection du peuple) kurdes, opérant sous la bannière des FDS, se sont abstenues de défier l’EI dans l’est et ont concentré leur action sur la contestation des régions du nord contrôlées par les groupes armés d’opposition et l’EI entre les cantons de Kobané et d’Afrin. Pour ce qui est de l’avenir, il semble peu probable que les prochaines négociations politiques débouchent sur une baisse d’intensité immédiate du conflit.

Le conflit a provoqué l’une des crises humanitaires les plus complexes de nos jours dans le monde, obligeant 4,3 millions de Syriens à quitter leur pays et déplaçant 6,6 millions d’autres à travers la Syrie. En outre, 11,5 millions de Syriens ont besoin de soins médicaux (UNOCHA, décembre 2015). L’accès humanitaire en Syrie est freiné par le conflit en cours, les lignes de front fluctuantes et la violence le long des routes d’accès. L’accès aux soins en particulier reste extrêmement difficile, en raison de l’approvisionnement limité et des attaques continuelles ciblant le personnel médical et les structures.

Le ciblage des structures et du personnel de santé a fait constamment partie du conflit syrien depuis ses débuts. En 2015, MSF a compté 94 frappes aériennes contre 63 structures de santé qu’elle soutenait, ce qui a entraîné la mort de 23 membres du personnel médical. Le 15 février 2016, un bombardement aérien sur un hôpital soutenu par MSF à Ma’arat Al Numan, Idlib, a complètement détruit le bâtiment et fait 25 morts et 10 blessés. Parmi les victimes, se trouvait notre collègue, le Dr Emad Nasser, agent de liaison de MSF dans le district pour le projet de soutien médical. MSF adresse ses sincères condoléances à sa famille et à ses amis.

TURQUIE

La Turquie abrite la majorité des Syriens réfugiés dans le monde, avec un nombre de personnes déclarées présentes à l’intérieur des frontières du pays s’élevant à 2 503 549 (UNHCR, décembre 2015). L’impact socio-économique de la présence des réfugiés, conjugué aux conflits en cours en Syrie et en Irak, a donné lieu à des tensions communautaires dans les régions d’accueil des réfugiés à travers le pays et à une intensification des mouvements des migrants et des réfugiés vers les frontières de l’UE. Les négociations entre l’UE et la Turquie se sont orientées vers une solution prévoyant que la Turquie retienne les demandeurs d’asile sur son sol avec pour contrepartie l’aide financière de l’UE. Les effets de ce facteur et de la montée incessante de la violence dans les pays voisins rendent incertaine l’ampleur des flux de réfugiés en provenance de la Syrie (et de l’Irak) en 2016. Cela s’ajoute à la crise interne turco-kurde dans le sud-est, qui a commencé à se dégrader en juillet 2015 à l’issue d’un cessez-le-feu en vigueur depuis 2013.

La Turquie est un partisan majeur de l’opposition syrienne mais sa politique initiale permettant aux combattants rebelles, aux convois d’armes et aux réfugiés de traverser son territoire a été exploitée par les djihadistes étrangers souhaitant rejoindre l’EI. De ce fait, les contrôles aux frontières entre la Turquie et la Syrie se sont durcis, la première fermant régulièrement ses portes au passage des Syriens déplacés fuyant le conflit. La Turquie a accepté de laisser la coalition contre l’EI conduite par les États-Unis utiliser ses bases aériennes mais a dénoncé l’aide de la coalition aux kurdes de l’YPG, affiliés au PKK (parti des travailleurs du Kurdistan), parti interdit et présumé groupe terroriste par la Turquie, l’UE et les États-Unis.

Depuis le début de la crise syrienne, la Turquie maintient officiellement une aide humanitaire d’urgence qui garantit une protection et une assistance temporaires aux 270 000 réfugiés environ qui vivent actuellement dans les camps. Cependant, les 90 % de réfugiés syriens restants vivent dans les zones urbaines et rurales et disposent d’un accès extrêmement limité aux services de base, notamment à l’éducation et aux soins médicaux. En raison de leurs conditions de vie et de travail précaires, ils sont exposés à des taux de mortalité et de morbidité accrus. Selon le HCR, 75 % de ces réfugiés sont des femmes et des enfants. En outre, comme le conflit et l’insécurité entravent les capacités chirurgicales spécialisées en Syrie, les blessures dues aux violences s’aggravent fréquemment en raison de la contamination environnementale et des délais de prise en charge, soumettant ainsi les victimes à des risques de complications à long terme plus élevés. Ces patients peuvent par conséquent être dirigés vers des spécialistes en Turquie pour bénéficier de traitements chirurgicaux.

Projets

PROJET AIDE MÉDICALE SYRIENNE

Dans les gouvernorats d’Alep, Idlib et Hama, MSF apporte son soutien à 22 structures de santé dont le fonctionnement est assuré par divers réseaux ou groupes de médecins syriens. L’aide consiste à fournir du matériel médical et à couvrir les frais de fonctionnement des structures et le salaire du personnel. Sur les 22 structures, 7 sont des hôpitaux, qui représentent 11 % de l’ensemble des hôpitaux en fonctionnement répertoriés dans le nord de la Syrie. En 2016, le projet prévoit d’inclure une unité « mobile » qui sera une équipe d’urgence de MSF composée de médecins syriens. L’objectif est d’élargir la vue d’ensemble du paysage humanitaire et de renforcer la réponse aux besoins en matière de santé dans les gouvernorats grâce à des interventions mobiles (visites à domicile, système d’orientation des patients vers des spécialistes, postes médicaux avancés).

UNITÉ DE SOINS AUX BRÛLÉS D’ATMEH ET CAMPS DE DÉPLACÉS EN SYRIE

L’hôpital d’Atmeh a ouvert en juin 2012 en tant que centre de traumatologie et de chirurgie d’urgence pour les blessés de guerre. En raison du déplacement des lignes de front du conflit, l’hôpital sert aujourd’hui principalement d’unité de soins aux brûlés. Les brûlures sont très fréquentes en Syrie, en particulier parmi les populations déplacées et sont provoquées par des barils d’explosifs et autres tirs d’obus, par les explosions de maisons détruites, par le raffinage du pétrole ou par l’utilisation de carburant de qualité médiocre. L’unité de soins aux brûlés de MSF, qui comprend 15 lits, est équipée d’une salle d’urgence, d’un bloc opératoire et d’un IPD (service d’hospitalisation). Elle constitue le seul service spécialisé pour les grands brûlés existant dans le nord de la Syrie. Le programme comprend également des activités de terrain qui assurent la vaccination courante dans les camps de déplacés d’Atmeth. En 2016, il est prévu de revoir la stratégie médicale afin de renforcer la qualité des soins fournis. Le suivi de patients référés en Turquie sera également augmenté en investissant dans des ressources dédiées à cette composante.

Activités en 2015 :

  • Consultations salle d’urgence : 3 802
  • OPD (ambulatoire) : 4 031
  • IPD (hospitalisations) : 619
  • Chirurgie : 5 515
  • Consultations santé mentale : 2 749
  • Physiothérapie : 12 403
  • Vaccination PEV : 50 799


Positionnement et enjeux de MSF

MSF conduit ses projets dans les régions de Syrie contrôlées par l’opposition (qui n’est pas l’EI), à distance à partir de la Turquie. L’éventualité de la présence d’une équipe internationale à l’intérieur de la Syrie, après deux années d’absence, dépendra de l’analyse du contexte et de la situation au niveau de la sécurité, des plans de contingence mis en place et de la réussite de la négociation avec les autorités turques et les groupes armés syriens concernant l’accès.

POLYCLINIQUE SANTÉ REPRODUCTIVE ET SEXUELLE EN TURQUIE

Le centre de santé volontaire pour personnes sous protection temporaire (« Voluntary Health Centre for People under Temporary Protection »), dirigé conjointement par MSF et Physicians Across Continents (PAC), a ouvert en décembre 2015 à Gaziantep. Cette structure pallie le manque d’accès aux soins des réfugiés syriens en fournissant des soins en matière de santé reproductive aux femmes et des soins pédiatriques aux enfants en ambulatoire. En 2016, MSF prévoit d’inclure cette activité dans un projet complet relatif à la maternité consistant à fournir des soins obstétriques et néonatals d’urgence à la population réfugiée de Gaziantep.

Activités de décembre 2015 à mars 2016 :

  • Consultations prénatales : 856
  • Consultations post-natales : 58
  • Planning familial : 545
  • Consultations gynécologiques : 1 110


Positionnement et enjeux de MSF

Les interventions de MSF en Turquie sont très limitées. Leur extension en 2016 dépendra de la reconduction de l’enregistrement de MSF dans le pays, de la flexibilité de l’appareil bureaucratique turc à autoriser les ONG à intervenir dans le pays et de la capacité de MSF à remporter l’adhésion des principaux acteurs politiques au niveau régional et central. Concernant le dernier point, MSF devra s’affirmer en tant qu’organisation médicale ayant les compétences pour aider le ministère de la Santé turc dans ses projets à forte valeur médicale. En proposant des programmes en matière de chirurgie et de santé maternelle, MSF devrait atteindre cet objectif.

 

WEBDOC


Découvrez LA TERREUR ET L'EXIL, notre webdoc revenant sur cinq ans de guerre, cinq ans d'exodes

 

Activités de MSF en Syrie et dans les pays voisins en 2015 :

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