MSF à l'hôpital de Batangafo - Juillet 2013
MSF à l'hôpital de Batangafo - Juillet 2013 © Ton Koene

Six mois après le coup d’Etat et la prise de Bangui par la coalition rebelle de la Seleka, la situation n’est toujours pas stabilisée. Alors que la France vient d’appeler les pays et institutions africaines ainsi que le Conseil de sécurité de l’ONU à se saisir de cette crise - et alors que le gouvernement français vient enfin de placer la RCA dans la liste de ses priorités en matière de politique étrangère - le pays reste plongé dans le chaos, l’incertitude, les regains de tension et de violence, y compris dans des zones jusque là épargnées.

MSF, qui depuis 1996 maintient une présence continue en République centrafricaine (RCA), continue de porter assistance aux populations et de répondre aux besoins de milliers de personnes malades, victimes des violences et privées d’assistance médicale.
 

« Ce qui se passe actuellement en RCA et l’évolution plus qu’incertaine et à venir de la situation nous inquiètent vraiment. Nos équipes de terrain constatent que la violence et les incidents de sécurité prennent de l’ampleur. Or c’est la population, nos patients, qui en pâtissent en premier lieu. En RCA, aujourd’hui, MSF doit faire face à une grave crise humanitaire et sanitaire dont nous ne savons pas comment elle va évoluer », alertent les trois* chefs de mission MSF en RCA.

Confrontée depuis des décennies au chaos politico-militaire, la RCA est au fil des ans devenue un contexte d’urgence humanitaire et sanitaire chronique. Avec le coup d’Etat de mars dernier, la situation s’est encore gravement détériorée et n’est pas revenue à la normale depuis. Au moment du pic annuel de paludisme et alors que le matériel et les personnels médicaux manquent, le système de santé, déjà très affaibli par des années de crise, est aujourd’hui dans l’incapacité de répondre aux besoins médicaux de plus en plus importants et pressants de la population. Par ailleurs, la vaccination de routine et l’approvisionnement en médicaments, notamment pour les patients tuberculeux ou vivant avec le VIH/sida, ont été interrompus. « Dans les établissements de santé où nous travaillons, nous soignons beaucoup de malades mais nous constatons aussi une très nette augmentation du nombre de blessures dues à la violence », constate Ellen van der Velden, chef de mission pour MSF.

Sur plusieurs localités du pays, MSF a adapté ses activités existantes ou ouvert  de nouveaux projets afin de pallier  les besoins. Dans la région de Paoua – une ville située au nord-ouest de la RCA et jusque-là relativement épargnée par les événements, les affrontements et les violences – la situation sécuritaire s’est nettement détériorée. Ces dernières semaines, à l’hôpital de référence de la ville, où MSF travaille depuis 2006, nous avons reçu et opéré plusieurs blessés par balle, jusqu’à six par jour. Fuyant des menaces d’attaques par des hommes en armes et craignant des exactions, des centaines de villageois ont rejoint Paoua. Cet afflux de déplacés aura un impact probable sur le volume d’activités des services de l’hôpital où nous travaillons (pédiatrie, chirurgie, maternité, hospitalisations, prise en charge de la tuberculose, du VIH et vaccination).

Le 5 août, un programme pédiatrique pour les enfants âgés de 0 à 15 ans a été ouvert à Bria, dans l’est du pays. « Dans cette zone totalement abandonnée et isolée et dont la situation sanitaire avait été évaluée par MSF en mai dernier en une semaine d’activités, nous avons reçu 788 patients en consultation. Et ce chiffre est en constante augmentation depuis », rapporte Jordan Wiley, chef de mission pour MSF. Plus des ¾ de ces malades souffraient du paludisme. 36 enfants ont été hospitalisés, principalement pour des formes sévères de la maladie, mais aussi pour des infections respiratoires ou des diarrhées. Plus de 500 enfants ont été dépistés pour la malnutrition ; ceux dont l’état le nécessitait ont été hospitalisés dans notre centre nutritionnel. Enfin, MSF va soutenir la relance de la vaccination de routine dans la zone.

Les projets de Boguila et celui qui a été ouvert en urgence à Bossangoa, tous deux situés au nord de Bangui, la capitale, font face à un afflux de cas de malnutrition et de paludisme. Des affrontements opposant différents groupes armés présents dans la région de Bossangoa – et dont les victimes sont aussi bien des combattants que des civils – sont régulièrement rapportés. Nos équipes concentrent leurs efforts sur la prise en charge du paludisme, des maladies diarrhéiques, de la malnutrition et des victimes de violences, notamment sexuelles et des blessures par balle. Depuis le début de ce projet, MSF prend en charge un nombre important de patients. Actuellement, près de 200 consultations sont menées, chaque jour, pour des enfants âgés de moins de cinq ans. Nous avons également mis en place le réapprovisionnement en antirétroviraux et en traitements anti tuberculeux pour 350 patients suivis à l'hôpital de Bossangoa et qui n’avaient plus accès à leurs médicaments depuis le coup d’Etat de mars dernier. Enfin, nous avons initié une activité de chirurgie obstétrique d'urgence à l’hôpital.

A Boguila, nombre de familles fuyant les exactions et la violence vivent toujours cachées en brousse, sans moyens de subsistance et exposées aux intempéries. Tous les jours nos équipes mobiles reviennent avec un nombre élevé d'enfants malades et/ou malnutris devant être hospitalisés. En juillet dernier, 8 556 consultations ont été dispensées, contre 5 673 en juillet 2012.

A l'hôpital de Batangafo, au centre-ouest du pays, l’augmentation du nombre de blessures liées à la violence a là-aussi été soudaine. Ainsi, au cours des dernières semaines, 18 blessés par balle (combattants comme civils) y ont été admis. MSF maintient ses activités à l’hôpital et dans certains centres de santé situés en périphérie de la ville. Trois fois par semaine, des équipes MSF mobiles sillonnent la région afin de porter assistance aux personnes déplacées et toujours dans l’incapacité de rentrer chez elles. Le paludisme est encore la principale pathologie rencontrée : 31 556 cas entre janvier et juillet derniers ; 83% des 1 818 patients hospitalisés sur la même période à Batangafo sont des enfants âgés de moins de cinq ans et souffrant d’un paludisme compliqué d’une anémie et/ou d’une malnutrition sévère. Entre janvier et juillet 2013, l’hôpital a reçu davantage de patients (38 000) que l’an passé sur la même période (33 000).

Début août dernier, MSF a étendu ses activités dans la région et travaille désormais à Bouca, à environ 100 km de Batangafo , où nous proposons désormais des soins spécifiquement dédiés aux mères et à leurs enfants. Sur les 1200 patients reçus en consultation depuis l’ouverture de ce projet, plus de la moitié (700 malades) souffraient du paludisme. De même, dans les hôpitaux de Kabo et Ndélé, au nord de la RCA, la majorité des consultations dispensées par nos équipes entre janvier et juillet derniers étaient des cas de paludisme (14 268 cas sur 35 424 consultations à Kabo et 4 916 cas sur 15 774 consultations à Ndélé). Sur la même période, dans les 11 centres de santé que nous soutenons dans la région, nous avons mené 52 169 consultations au total.

Afin de lutter contre une épidémie de rougeole (69 cas enregistrés depuis le début du mois d’aout), MSF vient d’ouvrir un nouveau programme pédiatrique d’urgence à Gadzi, à l’ouest de la RCA. « Une campagne de vaccination de 12 000 enfants âgés de moins de cinq ans a été lancée. Les nourrissons seront en même temps immunisés contre la polio et recevront un traitement vermifuge car les parasitoses intestinales, sont fréquentes dans cette région », détaille Sylvain Groulx, chef de mission pour MSF. L’autre objectif de ce nouveau projet est de suivre et de surveiller l’état nutritionnel des enfants. Sept centres nutritionnels ont donc été établis sur la zone et un centre de stabilisation pour les cas les plus graves a été mis en place à Gadzi. En quelques semaines, 51 enfants ont été inscrits dans ce programme nutritionnel et 1 175 consultations ont été dispensées sans les centres de santé soutenus par MSF (60% étaient dues au paludisme). Les maladies dermatologiques ou respiratoires, également fréquentes, sont aussi prises en charge.

* Trois sections opérationnelles de MSF - française, hollandaise et espagnole - travaillent aujourd'hui en RCA


Insécurité à Bangui, y compris pour MSF

Le 27 août au soir, 4 à 5 000 personnes – fuyant de nouvelles incursions de la Seleka dans leur quartier situé au nord de Bangui, la capitale – se sont réfugiées sur le tarmac de l'aéroport de la ville, bloquant ainsi le trafic aérien.
Il y a une semaine, une équipe expatriée et un chauffeur MSF circulaient en voiture à Bangui lorsqu’ils ont été attaqués par des hommes en uniforme. Le véhicule a été volé et récupéré par la suite. MSF condamne fermement cette nouvelle agression qui vient s’ajouter à d’autres incidents de sécurité dont nous avons été les victimes comme par exemple en mars dernier, lorsque nos bureaux et véhicules de Bangui ont été saccagés, pillés, volés... MSF demande à nouveau au gouvernement centrafricain en place d’assurer la protection de sa population en capitale comme en province.