Unité de prise en charge du paludisme à Dan Issa, district de Madarounfa.
© Halimatou Amadou / MSF

Au Niger, de juillet à novembre, les équipes MSF doivent faire face à deux urgences simultanées : malnutrition et paludisme. En 2010, alors qu'une crise nutritionnelle particulièrement sévère affecte le pays, le nombre de cas de paludisme est aussi particulièrement élevé. MSF a traité près de 130 000 cas dans les régions de Maradi, Zinder, Tahoua et Agadez.

Vendredi, 22 octobre. Comme une vingtaine d'autres mères, Zainab vient du Nigeria avec sa fille âgée de 16 mois: elles ont parcouru 200 kilomètres pour rejoindre le centre de santé de Dan Issa. « Ma fille a été prise de convulsions et nous avons pris la route, avec une moto cabou cabou, puis trois taxis-brousse », raconte Zainab. Dès son arrivée, un infirmier procède au test du paracheck. Le paludisme est confirmé : il envenime l'anémie aiguë dont souffre la fillette.

Au Niger, la saison des pluies s'étale de juillet à novembre. On observe alors une recrudescence de cas de paludisme. Les flaques d'eau stagnante favorisent la prolifération des moustiques qui, par leurs piqûres, transmettent le Plasmodium falciparum, l'agent pathogène du paludisme. Depuis juillet, le district de Madarounfa, dans le sud du Niger, a enregistré 8 676 cas.

Dès leur arrivée au centre de santé, les enfants sont dépistés et pris en charge gratuitement. S'il s'agit d'un cas simple, l'enfant est renvoyé à son domicile avec son traitement. En cas de paludisme compliqué (paludisme neurologique) ou lors de complications comme une anémie ou une insuffisance respiratoire, l'enfant est référé dans l'unité de soins de Danissa. Les enfants malnutris qui développent une forme grave de paludisme sont soignés dans un centre d'hospitalisation pour les deux maladies, la malnutrition - avec des aliments thérapeutiques prêts à l'emploi - et le paludisme.

La malnutrition engendre une immuno-dépression relative : les enfants sont confrontés à un risque plus fort de développer un paludisme compliqué et perdent toute envie de se battre contre les maladies. Ainsi, un enfant malnutri aura deux fois plus de risques de décéder qu'un enfant présentant un statut nutritionnel normal.

« L'une des raisons qui rendent le paludisme tellement meurtrier est qu'il provoque une anémie, tout comme la malnutrition », observe le docteur Susan Shepherd, coordinatrice du groupe de travail sur la nutrition à MSF. De plus, le paludisme provoque souvent une perte de poids chez les enfants, les exposant ainsi à un risque accru de malnutrition.

Avec plus de 2 millions de cas de paludisme recensés depuis le début de l'année, soit plus du double qu'en 2009, l'épidémie poursuit sa progression. « Les services de pédiatrie des hôpitaux sont complètement débordés. Dans certains centres nutritionnels, plus de 70% des enfants ont le paludisme », explique le docteur Laouali, un des responsables de l'ONG nigérienne Forsani dans la ville de Maradi. Ses équipes, qui apportent depuis juin un soutien au centre de soins nutritionnels intensif sde l'hôpital général, épaulent désormais le service pédiatrique, submergé par l'afflux de malades.

Au Niger, MSF mène des activités médicales et nutritionnelles dans les régions de Tahoua, Maradi, Zinder et Agadez. Plus de 100 000 enfants atteints de malnutrition aigüe et 130 000 cas de paludisme ont été pris en charge depuis le début de l'année dans les structures médicales gérées par MSF et ses partenaires. Depuis le mois de juillet, MSF distribue également des suppléments nutritionnels à 143 000 enfants en bas âge.